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N° 271 Octobre 2014

Pourquoi un Dieu d'amour permet-il tant de souffrances ?

Par Jean-Pierre Besse

Dans des échanges consécutifs au témoignage, n'entend-on pas très souvent cette question ou cette objection : si Dieu est amour et puissant tout à la fois, pourquoi laisse-t-il le mal continuer, voire se développer dans notre monde ?

Il est légitime de poser une telle question si c'est pour chercher réellement la vérité et non pour étayer ce qu'on a peut-être secrètement décrété à l'avance, à savoir que Dieu n'existe pas ou qu'alors il est soit injuste soit impuissant. Par exemple, pourquoi des millions d'enfants innocents sont-ils abusés et exploités ? Des bébés filles mis à mort ? Pourquoi les famines, les épidémies et les tremblements de terre frappent-ils des « innocents » ? Pourquoi les méchants triomphent-ils parfois et même souvent ? Le psalmiste, au Psaume 73, posait déjà la question.

Disons d'abord qu'une partie de la souffrance qui existe dans le monde provient déjà simplement du signal d'alarme qu'est la douleur : celle-ci est inscrite dans les organismes vivants et en particulier dans l'être humain (individuel et collectif) pour éveiller les défenses devant les agressions et les dangers extérieurs. Par exemple, si je pose ma main sur une flamme, la douleur de la brûlure m'avertit que je dois retirer ma main immédiatement. Cet aspect est positif, car il appartient à l'instinct de survie, même s'il fait mal.
Mais si quelqu'un d'autre me force à poser ma main sur le feu, ma souffrance est l'effet direct d'un mal commis volontairement par quelqu'un d'autre. Et la question posée plus haut porte en effet sur les souffrances liées aux malheurs et aux injustices produits par l'homme ou par la « nature ». La cause peut donc se trouver en nous… et même en moi !…

Qui est responsable du mal finalement ? La souffrance engendrée par le mal que nous commettons les uns à l'égard des autres, tout comme à l'égard de Dieu, est liée à la liberté que Dieu nous a laissée et nous laisse encore de choisir si nous voulons vivre unis à lui ou sans lui. Tel est ce qui ressort du message de la Bible.

(1) Soit nous nous centrons sur Celui qui nous a tous créés et qui nous appelle à être partenaires privilégiés de son Projet de Vie. Pour ceux qui répondent à cet appel, il résulte une paix intérieure et une satisfaction progressive, et donc des relations sociales meilleures qui nous épargnent beaucoup de conséquences douloureuses. Comme par exemple :
– la culpabilité existentielle (elle n'a plus lieu d'être si nous avons accepté le pardon et la justice du Dieu Sauveur par son Fils)
– les dépendances aux stupéfiants (devenus inutiles) – les continuelles agitations dues à la recherche obsessionnelle du profit financier (remplacée par la confiance)
– les désordres engendrés par une sexualité sans amour durable (le sens de la conjugalité nous a été révélé, avec sa bénédiction)
– la concurrence pour le pouvoir et donc la jalousie et le soupçon qui rongent (nous ne cherchons plus notre gloire, Dieu s'en charge, mais nous sommes heureux de servir)
– le recours aux procédés occultes (eux aussi devenus inutiles)
– la volonté de domination ou d'accaparement (perçue dès lors comme une vanité destructrice)
– l'agressivité due à la rancune et à la mauvaise conscience (l'Esprit Saint a pris leur place).

Voilà déjà beaucoup de souffrances en moins quand nous nous réconcilions avec Dieu et pardonnons à ceux qui nous ont blessés ! Ce sont autant de « tumeurs » intérieures, morales, spirituelles qui nous sont enlevées progressivement. C'est autant de mal en moins dans le monde, faisant place à autant de bien en plus !

(2) Soit nous allons nous centrer sur autre chose que le Dieu vivant qui s'est révélé lui-même aux hommes. Notre centre, alors, sera « le monde », les choses, des systèmes de pensée, les stars du pouvoir ou du spectacle, des spiritualités d'évasion, des idéologies politiques, la course au bonheur et à la réussite à tout prix, etc. Comme nous ne sommes pas créés pour ces choses-là, mais pour l'union avec Dieu et sa « Famille », son Royaume, nous allons nous tromper nous-mêmes en nous fixant sur ce qui n'apporte pas la vie, mais plutôt une mort lente. Ou alors, nous allons être insatisfaits et nous chercherons avec frénésie quelque chose toujours plus loin et plus extrême pour remplir notre besoin d'absolu et de sens à l'existence, quelque chose qui se dérobe toujours et nous jette dans la confusion, la déception.

Ou bien encore, plus subtilement, nous restons centrés sur nous-mêmes, sur notre ego (le moi). Sans nous en apercevoir, celui-ci devient notre petit dieu (il y a même des gourous qui vous diront que vous êtes divins) alors qu'en réalité nous sommes captifs de choses qui nous manipulent et nous illusionnent (Jean.8.34). Nos intérêts égoïstes sont inacceptables pour les autres qui vont réagir contre nous ! Inutile de dire qu'un tel égocentrisme nous enferme dans un orgueil souvent blessé, dans la rébellion et finalement dans le désespoir. Des problèmes sans fin résultent de cette situation :
au niveau de notre santé psychologique et physique (tensions nerveuses, perte d'identité, division intérieure, maladies psychosomatiques, fuite du réel, suicides)
au niveau des relations familiales (rejets, ressentiments, divorces, colères, avortements) 
au niveau de nos voisins et collègues de travail (méfiance chronique, autoritarisme, exploitation, absence de compassion) 
aux niveaux économique et politique (haine de classes, racisme, exploitation sociale et oppressions diverses, guerres, voire terrorisme…)

Ce n'est évidemment pas Dieu qui a voulu cela, bien au contraire (la Bible appelle cela le péché) ! Mais comme Dieu désire une libre adhésion à ses plans de paix et de justice, mieux encore : une union avec lui, par amour et non par contrainte, il ne nous oblige pas, mais nous cherche avec patience, car sans lui nous sommes perdus. Puisqu'il nous a créés à son image, il nous laisse le choix d'aimer ou non. Si c'est non, ne nous étonnons pas des douleurs et des souffrances ! Elles ne sont pas une punition de Dieu, mais une conséquence inévitable de nos choix. Nous pourrions même renverser la question du début et dire : comment se fait-il qu'avec des gens tordus comme nous sommes, il y ait encore tant de choses qui marchent bien, si ce n'est à cause de la patience bienveillante de Dieu ?

On dira peut-être : Dieu, s'il est souverain, ne pourrait-il pas favoriser ceux qui s'efforcent de faire le bien en éliminant les autres, les « méchants » ? Honnêtement, si Dieu accédait à notre désir et commençait à « faire le ménage », penses-tu que tu sortirais indemne et sans dégâts d'un tel tri ? Si Dieu réclamait justice et nous jugeait avec la même mesure que nous employons pour les autres, pensez-vous que nous en sortirions vivants, alors que nous faisons (en partie) les mêmes choses ? (Rom. 2. 2-4).

Dieu est-il resté spectateur « au balcon » ?
Il se trouve que le Dieu révélé à Israël ne veut pas exterminer le monde entier à cause de la funeste direction qu'il a prise, mais bien plutôt le sauver (Jean 3.17) ! C'est pourquoi il a trouvé une solution qu'il était seul à pouvoir imaginer et réaliser : il est venu parmi nous comme un homme, en acceptant de prendre la responsabilité de toute l'injustice du monde sur lui-même et de donner sa vie pour remettre tous les compteurs à zéro et nous inviter à la joie de la foi ! La vie juste que nous n'avons pas pu accomplir par nous-mêmes, lui s'en charge à travers l'Homme qu'il a envoyé, en qui il s'incarne : Jésus son Fils. Par sa vie sainte et sa mort sacrificielle en notre faveur, Jésus est le bras de Dieu qui entre dans notre misère pour la porter et pour nous régénérer. Voilà la réponse : non une explication, mais un fait : son triomphe sur le mal et la souffrance mise à notre disposition comme un potentiel à exploiter par la foi ! La preuve, Dieu l'a donnée en ressuscitant Jésus des morts dans un corps glorieux et spirituel ! Sur la croix, Jésus s'est chargé non seulement de toutes les fautes, mais aussi toutes les souffrances infligées par nous ou subies par nous ! Désormais Dieu est notre Père !

Il est vrai que, suite à cela, Dieu n'a pas supprimé toutes les souffrances qu'on peut rencontrer dans le monde. Mais puisque Jésus s'en est chargé, nous pouvons lui confier les nôtres et les surmonter en unissant notre vie à la sienne. Mieux encore, nous pourrons nous laisser transformer par lui, comme des vivants relevés d'entre les morts : Rom. 6.13 et 8.2 (c'est là qu'intervient l'Esprit Saint en nous). La réponse à la souffrance du monde réside donc dans une union de confiance avec ce Dieu étonnant que Jésus appelle « le Père » et qui nous invite à écouter sa voix. Nous partageons dès lors avec Dieu la capacité de changer des situations !

Mais il reste encore une énigme…
Il faut en effet ajouter qu'il existe des souffrances dont personne n'est apparemment responsable comme les tsunamis et autres catastrophes naturelles, des malformations de naissance et autres handicaps congénitaux, les maladies incurables et inexplicables, actuellement le virus Ebola… Le matérialisme rationaliste qui a marqué notre culture des derniers siècles répondra que cela fait partie de la condition d'un monde qui n'a ni sens ni finalité et qu'il faut bien s'en accommoder. Notre seule défense résiderait dans les seuls moyens techniques que nous découvrons… mais ces moyens limités n'empêchent pas l'apparition de maux nouveaux ni ne suppriment la mort ! La Bible, elle, laisse entrevoir derrière ces destructions et au-delà des causes naturelles, ce qu'elle nomme le gémissement (ou soupir) de la création encore « soumise à la vanité », et réduite à cause de l'homme, « à la servitude de la corruption » (Romains 8. 20-21).Le même passage indique que « la création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu » (v.19) (lors de la résurrection et du triomphe visible du Messie par qui Dieu fera toutes choses nouvelles). Tout se passe comme si l'humanité, en écoutant une autre parole que celle du Créateur – celle, séductrice, du serpent – n'avait pas gardé l'héritage dont elle avait la responsabilité (la garde du jardin Genèse 2.15). C'est mise à l'écart permet au chaos de régner dans bonne la création de Dieu ! Il faut bien voir que tous, même les croyants, nous sommes solidaires de cette pourriture générale qui corrompt l'environnement humain (et notre époque le montre avec plus de netteté qu'avant !). Cet état de chose prendra fin lors de l'avènement du Seigneur et du rétablissement annoncé par les prophètes : Actes 3.19-21 !

Ajoutons que derrière toute cette séduction qui pourrit beaucoup de choses, il y a ce que l'apôtre Paul appelle « le mystère de l'iniquité » (2 Thessaloniciens 2.7). Il s'agit d'un Pouvoir obscur et hideux qui se sert de l'injustice des hommes, la prolonge, l'active et la multiplie*1… Par exemple des guerres dans lesquelles des peuples ont été entraînés malgré eux ou au-delà de ce qu'ils auraient voulu au départ…

En lisant l'Ancien Testament, le lecteur peut avoir l'impression que c'est Dieu lui-même qui envoie ce genre de fléaux. Mais certains textes, comme celui de Job (ch. 1 et 2), dévoilent les actions d'une puissance mystérieuse, désignée par le terme de Satan (qui signifie l'Accusateur, l'Ennemi). Mais c'est surtout, plus tard, la venue de Jésus comme Seigneur et Sauveur qui fait clairement apparaître l'existence de cette puissance. Jésus la nommait le Prince de ce monde, ou le Meurtrier et le Menteur (Jean 8.44, 10.10). Le Nouveau Testament parle aussi du Diable (le calomniateur, le diviseur) ou le Serpent ancien (Apocalypse 12.9 et 13) avec les esprits démoniaques qui sont à son service. Cette puissance d'ordre spirituel a trouvé une porte d'entrée dans l'humanité : nous les humains (figurés par Adam et Ève, prototypes de l'humanité à qui Dieu adresse la parole) nous lui avons cédé l'autorité que Dieu nous avait confiée, en entrant dans la proposition du diable (Genèse 3) au lieu de le maîtriser par notre soumission sans faille à Dieu et notre communion avec lui*
2.

Mais au final, Dieu n'est-il pas responsable tout de même de tout ce gâchis, puisqu'il est tout-puissant ? À certains égards oui, même si ce n'est pas lui qui a péché, mais nous. En effet, dans sa révélation, Dieu ne s'esquive pas devant nos questions : il agit comme quelqu'un qui accepte de porter la responsabilité de tout. C'est pourquoi sa réponse ultime et définitive, c'est le don de son Fils bien-aimé. Par son sacrifice en faveur des pécheurs et des malheureux que nous sommes, il met fin à l'autorité du Mauvais sur nous, si nous allons à lui avec humilité et foi. C'est pour cette raison que celui qui vit en accord avec Jésus peut se réclamer de son Nom, retrouver l'autorité perdue et s'attendre à voir des victoires sur les démons surtout, mais aussi sur les maladies. La solution, quand nous sommes cernés par le mal et angoissés, c'est de se rapprocher au maximum de Jésus-Christ et donc aussi du Père !


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NOTES
1 : Et qui doit aboutir à l'apparition momentanée et finale de l'Impie (ou homme du péché) v. 9-10, l'Antichrist.

2 : On posera la question : Pourquoi cette puissance existe-t-elle ? Même si l'on répond qu'elle était une puissance angélique et glorieuse, créée bonne au départ, mais déchue parce qu'elle s'est rebellée en s'élevant contre Dieu (ce que suggère Esaïe 14. 12-17 et Ezéchiel 28. 14-19), on ne répond toujours pas pourquoi une telle folie a pu avoir lieu. Le mal n'a, en effet, aucune raison qui le justifie.


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Pour aller plus loin...

Questions pour étude en groupe...
1. Avez-vous vécu des situations dramatiques où la question posée en titre de cet article a occupé votre esprit pendant longtemps et peut-être encore maintenant ?

2. Comment avez-vous essayé d'y faire face ?

3. Cela vous a-t-il éloigné de Dieu ou, au contraire, rapproché ?

4. Si Jésus nous apparaît maître des fléaux, que signifie le fait qu'il ait apparemment renoncé à maîtriser pour lui-même celui de la croix (Jn.10.18 ; Luc 22. 52 ; Luc 23. 34) ?

5.
Dans Jean 9, les disciples demandent à Jésus si l'aveugle de naissance est dans cet état à cause de son péché ou de ceux de ces parents. Avec la réponse de Jésus, pouvez-vous en tirer une révélation qui puisse éclairer vos propres questions (v.1-3) ?
Voir aussi Luc 13. 4-6 ?

6.
Si Jésus a triomphé du mal pour nous, comme le prouve sa résurrection et son élévation, avons-nous une part active dans cette victoire sur les forces du mal ? Que pouvons-nous faire par exemple et avec quels moyens ? N'est-ce pas la meilleure réponse à la question du début ?


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