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N° 227 Octobre 2003

Devenir disciple pour faire des disciples

Par Jean-Pierre Besse

Il y a de par le monde des centaines de millions de croyants, sauvés, aimant louer Dieu dans les assemblées. Mais combien y a-t-il de DISCIPLES?… C’est-à-dire de gens qui sont à l’école d’apprentissage de Jésus SEIGNEUR? Combien y en a-t-il qui ont pris son "joug" sur eux (lequel, bien heureusement, est "doux" par rapport à ceux du monde (Mat. 11:29-30).

Il y a certes une fraction des chrétiens qui ont une vie vraiment changée, à l’image de leur Dieu et Père, avec des attitudes et comportements qui le prouvent; des chrétiens qui rayonnent autour d’eux. Mais globalement, osons voir l’écart entre la foi professée par les chrétiens de tout bord, par les églises et leurs autorités et… la réalité pratique: dans les affaires d’argent surtout, dans la façon de (mal) salarier les ouvriers, dans le peu de respect pour le travail bien fait ou l’exercice correct des responsabilités, dans l’insoumission aux lois… L’écart entre ce qui est prié ou chanté en église… et les manquements, voire l’anarchie dans les relations (sociales, économiques, sexuelles) est souvent affligeant. Le manque de parole envers les engagements conjugaux, pris pourtant assez souvent avec la bénédiction de Dieu, les concessions faites aux pratiques magiques des féticheurs et à la pratique du "secret" qui côtoient sans sourciller la prière au Dieu véritable, voilà qui offense Celui qui s’est livré pour nous. Voilà qui appelle sa sainte colère d’amour… Si les communautés chrétiennes n’ont pas plus de crédibilité aux yeux de beaucoup, c’est bien en grande partie parce qu’il y a beaucoup de croyants, de "chrétiens", mais peu de vrais DISCIPLES. Le temps actuel d’ébranlements universels est en réalité celui de la mise à l’épreuve des croyants, en vue d’une Eglise purifiée et plus à l’image de son Chef.

Jésus avertit les foules d’admirateurs: "si quelqu’un vient à moi et s’il ne me place pas loin(1) avant
1 son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas ne peut être mon disciple" (Luc 14.25-27). "Quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple" (v.33). Ces paroles peuvent sembler abruptes; comprenons qu’elles s’adressent à des enthousiastes qui pourraient se faire des illusions sur la marche du règne messianique dans le monde. Parmi eux se glissent beaucoup de gens superficiels, plus prompts aux gesticulations d’apparat qu’à un engagement réel, humble et risqué dans la durée (!). La Bible nous montre qu’un disciple n’est pas quelqu’un sans difficultés, mais un apprenti qui chemine avec son maître; il suit Jésus, sans s’accrocher à tout prix à ses possessions, ses idées, son mode de vie. Il préfère la parole du Christ à sa propre parole.

Des expressions à remettre à l’endroit.
Dans le livre des Actes des Apôtres, ch.11 v.19-26, nous voyons que les disciples, dispersés par la persécution de Judée sont allés, entre autres, dans la grande ville d’Antioche (ville païenne avec une minorité juive). Là, certains d’entre eux ne se sont pas contentés d’adresser le message de l’Evangile aux seuls juifs selon leur habitude, mais aussi aux gens de culture grecque. Et surprise!… Ces incirconcis se convertissent en grand nombre! Barnabas et Saul de Tarse, deux ministres de la Parole, sont dépêchés sur place pour les enseigner plus complètement; ces nouveaux croyants sont formés dans les assemblées de l’Eglise locale. Et au v. 26, Luc nous dit: "ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens." Pourquoi "chrétiens"? Parce que les disciples avaient tellement acquis le caractère de Christ, son état d’esprit, sa pratique, que, dans le public, on leur donna le surnom de "christ-iens", qui est devenu en français "chrétiens"! C’est leur ressemblance avec Jésus qui les fit appeler chrétiens. Ce mot s’imposa dans la suite jusqu’à nos jours.

Mais ce qualificatif magnifique s’est presque complètement dévalué. Sur une fiche d’état civil ou de recensement, à la rubrique "religion", les habitants des pays "christianisés" vont négligemment écrire "chrétien" ou "catholique" ou "protestant", etc. On parle même de "nations chrétiennes" (ce qui n’est pas un concept biblique; il n’y a que des "nations" ou "peuples" dans lesquels il y a plus ou moins de chrétiens). Or, ces mêmes nations ont fait parfois l’inverse de ce que voulait le Seigneur (croisades, inquisition, exploitation de populations, guerres, génocides, corruption politique, etc.). Le qualificatif de chrétien, le fait de porter une croix comme bijou, ne signifient plus grand chose dans les pays où le christianisme est encore reconnu officiellement et protégé. On pourrait donc inverser la phrase des Actes citée plus haut et dire: "Ce fut au cours des siècles passés que les chrétiens cessèrent peu à peu d’être des disciples".

Notre espérance est que ce 3
e millénaire connaisse comme une résurrection (cf. Osée 6.1-2, en nous rappelant qu’un "jour" est "comme mille ans"). Et qu’on puisse dire que ce fut en ce début du xxie siècle que les "chrétiens" sont redevenus des "disciples"! Ceci devrait devenir un des objectifs prioritaires des églises. En effet, Jésus, dans son dernier commandement, avant d’être élevé dans le Père, a dit: "Allez et faites de toutes les nations des disciples" (Mat. 28:19)! C’est Jésus qui parle, le Vivant pour toujours!

Pourquoi si peu de "disciples”
En réalité, il est rare qu’un membre de nos églises fasse des disciples. Pourquoi? Il y a à mon sens deux raisons principales:

1)Les membres des communautés s’attendent à ce que cette tâche soit le fait de "serviteurs de Dieu à plein-temps", pasteurs, évangélistes, curés, anciens, diacres, etc. Ainsi, les quelques-uns qui évangélisent amènent les gens accrochés à ces "spécialistes" au lieu de s’en occuper eux-mêmes, au moins pour les bases de la foi et de la vie de disciple.

2) Mais plus encore, nous ne formons pas de disciples parce que nous ne sommes jamais devenus disciples nous-mêmes. Personne, le plus souvent, n’a pris la peine de "nous prendre avec lui" (Marc 3:14) pour nous former. Tout au plus avons-nous été enseignés, instruits depuis l’estrade ou le pupitre, oui, mais pas formés comme Jésus a formé les douze en cheminant avec eux chaque jour. La démonstration pratique n’a pas accompagné l’instruction. Et le résultat a été assez déplorable. Il y a là une carence à combler, une tendance à renverser, puisque, dans la Bible, la pratique précède ou accompagne l’instruction.

Il est vrai que certains chrétiens se sont formés tout seuls, dans la compagnie du Seigneur dans leur vie intime. Tant mieux! Mais ceci est le fait d’une minorité qui a mis peut-être entre 10 et 40 ans pour y parvenir! Quel temps nous pourrions faire gagner aux chrétiens dans leur croissance en formant des disciples nous-mêmes. Et, bien sûr, en commençant par nous laisser former nous-mêmes!

Savons-nous que dans le N.T. il n’y a que 3 mentions du terme "chrétien" alors que le mot "disciple" se retrouve 274 fois? Il serait temps de retrouver cette proportion! Jésus a investi toute sa vie pour qu’il y ait, pendant son "absence" céleste, un réseau international de milliards de vrais disciples; pour cela il a consacré les 3 ans de ministère que le Père lui avait donné sur terre pour former un noyau de départ de douze (ce fut sa tâche principale). Pourquoi seulement douze? Parce qu’il est simplement impossible pour un seul homme (ou femme) de former réellement des disciples au-delà de ce chiffre. Par contre, malgré ces petits nombres, le monde sera quand même gagné parce que le moyen est la multiplication. Chaque disciple va en former lui-même plusieurs à son tour, et ainsi de suite!

Reprendre un point de départ correct
Un disciple est quelqu’un qui a changé de règne, de royaume, de régime. Or, c’est dès notre "conversion" de chrétien qu’il y a eu un malentendu. En effet beaucoup ont été invités par un prédicateur ou un chrétien de leur connaissance à "laisser entrer Jésus dans son cœur", à "recevoir Jésus comme Sauveur personnel", ou quelque chose de ce genre. Je ne dis pas que cette façon de parler ne puisse pas correspondre à certaines étapes dans la vie spirituelle de quelqu’un, dans sa découverte de Jésus. Mais alors, n’appelons pas cela une "conversion"! C’est seulement un premier pas. En réalité, qu’est-ce que de telles formulations induisent? Nous laissons croire aux gens qu’ils n’ont pas à sortir d’eux-mêmes pour opérer un déplacement, qu’ils n’ont pas à changer vraiment de régime. Ils restent là, dans leur petit royaume égocentrique et ambitieux. Ils veulent bien "recevoir Jésus dans leur cœur" (ou même "donner leur cœur à Jésus"), mais pour eux, cela n’est qu’un "plus", un luxe supplémentaire qui vient s’ajouter à ce qu’ils sont déjà, mais sans changer leur vie!

La réalité divine est que le Seigneur nous invite à entrer dans le royaume des cieux (Mat. 7:13-14). Il s’agit de sortir de notre existence sans grâce et sans Dieu, pour opérer un déplacement! Il s’agit de changer de royaume, de passer de celui de mon "égo" à celui du Roi des rois! Ce faisant, nous devenons serviteurs inconditionnels de notre nouveau Maître et Seigneur débordant d’amour. En acceptant cette position de "suivance" totale, nous nous apercevons avec émerveillement que le Seigneur ne nous appelle plus "serviteurs" mais "amis", parce qu’il nous met dans la confidence entre le Père et lui (Jean 15:14-16). Dans ces conditions, nous nous réjouissons de notre position d’apprentis dans l’atelier de notre maître, des apprentis qui s’initient à son entreprise, qui voient ce qu’Il fait et le font, qui écoutent ce qu’Il dit et le retransmettent à leur tour.

Nous n’avons donc pas – au départ de notre vie chrétienne – à inviter Jésus à venir chez nous, il l’a déjà fait il y a 2000 ans. C’est plutôt nous qui devons répondre à son ordre et aller chez lui. C’est exactement cela la repentance et ce "déplacement" ou "retournement" est bien illustré par le baptême d’eau. Faire retour, aller, changer de mentalité et de références! Par contre, celui que nous devons inviter à entrer en nous (par la suite) c’est le Saint-Esprit.

Jésus devient alors notre Seigneur!
Nous ne voyons pas dans les évangiles que Jésus proposerait des options, par exemple celle de le suivre… si cela nous convient. Nous voyons au contraire qu’il ORDONNE! (Ce qui ne signifie pas qu’il ait jamais forcé qui que ce soit à le suivre, ne confondons pas!) Mais il dit par exemple: "Zachée, descends!" "Lévi, suis-moi!" "Jeune homme, va, vends ce que tu as, donne le… et suis-moi", "Prends ton lit et marche"! "laisse les morts ensevelir… mais toi va annoncer le Royaume de Dieu" "allez guérissez les malades, chassez les démons", etc.

Jésus ne nous demande pas si nous aurions éventuellement un moment libre dans notre agenda pour prendre rendez-vous avec lui ou quel pourcentage de nos biens nous serions d’accord de lui concéder. Il nous demande la libre disposition de TOUT afin que ses projets pour le monde et avec nous puissent se réaliser. L’accepter, c’est cela être un disciple, comme les Onze l’ont été. "Esclaves de la justice" (Rom. 6:16,18-22).

 
En conclusion.
Si vous connaissez de vrais "bergers", de vrais serviteurs qui ont fait leurs preuves avec le Seigneur, qui ne cherchent pas à contrôler ni à s’accaparer des gens pour les exploiter, mais qui aiment les gens parce qu’ils aiment le Seigneur et le suivent, alors mettez-vous à l’école du Seigneur au travers de telles personnes (si elles sont d’accord). Puis, ayant appris l’exemple, la soumission, ayant commencé à pratiquer vous-mêmes sous leur supervision ce que vous avez vu et entendu, après un an ou deux, commencez à former des disciples de Jésus à votre tour (sans vous prendre trop au sérieux) dans le but qu’ils glorifient le Père et qu’ils deviennent capables d’en former eux aussi.

(1) Les traductions littérales disent "s’il ne hait pas son père, sa mère…" La pensée hébraïque n’a pas de formulation pour le comparatif et s’exprime en opposition. Il ne s’agit évidemment pas, dans la bouche de Jésus, de haïr qui que ce soit, mais, en comparaison avec l’attachement du disciple au Seigneur, les autres attaches font presque figure d’objets haïssables. Pour mieux faire comprendre ce que Jésus veut dire, dans notre façon de parler en français actuel, nous avons adopté la formulation proposée.


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