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N° 293 Avril 2020

Prier pour les autorités

Par Sylvain Demierre

Origine des autorités
« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu » (Romains 13.1).
Toute autorité sur terre et dans les cieux trouve donc son origine en Dieu. Or, dans son projet de collaboration totale avec les humains, notre Père céleste a choisi d’en déléguer une partie aux hommes afin de permettre au monde et aux sociétés qui s’y développent de se structurer et de fonctionner en bonne harmonie et intelligence, et avec justice. Hélas, depuis la chute originelle jusqu’à aujourd’hui, bien des grains de sable ont endommagé les rouages de ce magnifique projet.

Jésus et l’autorité
Tout au long de son temps passé sur la terre, le Christ nous a montré comment nous comporter avec des autorités injustes. Durant son ministère, Jésus a maintes fois critiqué les autorités religieuses de son temps, qui faisaient fausse route et qui asservissaient des foules de gens, en les soumettant à des règles et des traditions humaines qu’elles-mêmes ne respectaient pas, tout en négligeant les commandements de Dieu. Il ne s’est d’ailleurs pas privé de les avertir et de leur signaler leurs errances. Mais il n’a pas pour autant soulevé les foules, ni levé d’armée céleste (ou terrestre) pour les renverser. Il a, jusqu’à la mort, respecté leurs décisions.
Sur le plan politique beaucoup de personnes voyaient en lui le libérateur de l’envahisseur romain, mais ils ont été déçus, car Jésus n’a pas appelé le peuple à la révolte. Il lui est plutôt arrivé de saluer la foi d’un officier romain, ou de nous dire de rendre à César ce qui était à César et à Dieu ce qui était à Dieu car, comme il le dit à Pilate, son royaume ne fonctionne pas selon les principes de ce monde.
Mais nous pouvons aussi considérer le ministère terrestre de Jésus comme un modèle quant à la manière d’exercer l’autorité. Car l’autorité du Christ était et demeure absolue : n’a-t-il pas ordonné à la tempête de se calmer, n’a-t-il pas chassé des démons (y compris celui que ses disciples n’étaient pas parvenus à chasser), ou encore expulsé les marchands du temple ? Cette autorité lui venait directement du Père, et Jésus l’exerçait conformément à sa divine volonté. Cependant, jamais notre Seigneur n’a fait usage de son autorité pour son propre intérêt, jamais il n’a abusé de son pouvoir pour se glorifier au détriment des autres ou en cherchant à les humilier.

Exercice de l’autorité au sein de l’Église
Si aujourd’hui il est un lieu où l’exemple donné par le Christ à ses disciples est particulièrement à suivre, c’est bien dans l’Église.
Ainsi, si Jésus a parfois fait preuve de fermeté à l’égard de ses disciples, il les a toujours enseignés avec amour. Il ne les a jamais humiliés, n’a jamais fait usage de la force à leur encontre, n’a jamais abusé de leurs biens matériels. Il s’est toujours abaissé pour les rejoindre, allant même jusqu’à leur laver les pieds.
Ayons toujours cela à l’esprit lorsque nous occupons une position d’autorité dans notre église ! Restons toujours conscients de notre redevabilité à Dieu et aux hommes ! L’exercice de l’autorité est indissociable de celui du service. Et souvenons-nous encore que la responsabilité des bergers du troupeau est immense et que ceux qui enseignent seront jugés plus sévèrement (lire Jacques 3).

Position de l’Église par rapport aux autorités civiles
Dans l’histoire de l’Église, il est arrivé, et il arrive encore, que les autorités religieuses soient également détentrices du pouvoir politique ou alors que les détenteurs du pouvoir politique aient la main sur les affaires religieuses.
Le Premier Testament n’institue ni n’encourage ce mélange des pouvoirs, et nous ne trouvons aucune velléité de cette sorte chez Jésus ou chez les Apôtres.
Car ce n’est pas le rôle de l’Église de détenir et d’administrer le pouvoir politique. Je crois que le rôle premier de l’Église est de témoigner de l’amour de Dieu au reste du monde, en actes et en paroles, en annonçant l’heureuse nouvelle de l’Évangile. Il s’agit de ne pas mettre la charrue avant les bœufs ! L’Église ne conduira pas une nation à la conversion par l’exercice du pouvoir politique.
Par contre, si à titre individuel de citoyen, des chrétiens s’engagent en politique avec leurs compétences et leur désir de servir le Seigneur et leur prochain dans ce domaine, tant mieux. Leur témoignage touchera sans doute l’un ou l’autre de leurs collègues ou de leurs électeurs et la société ne pourra que mieux s’en porter.
Ces personnes ont particulièrement besoin de la prière de leur communauté afin de ne pas se faire piéger par la redoutable griserie du pouvoir auxquelles elles seront immanquablement confrontées dans l’exercice de leurs fonctions.

Être nous-mêmes en position d’autorité
Tout au long de notre existence, et à des degrés divers, il nous arrive de passer d’une position de soumission à l’autorité à une position où nous exerçons nous-mêmes une forme d’autorité auprès d’autres personnes. Nous pouvons par exemple être sous l’autorité d’un chef dans le cadre professionnel, mais être chef de famille sous notre toit.
J’ai le souvenir de la première autorité que j’ai eue sur un petit groupe de personnes lorsque, tout jeune homme, j’avais obtenu le grade de caporal dans l’armée suisse. Pour la première fois de ma vie, j’avais une délégation officielle, émanant d’une autorité supérieure, pour donner des ordres à d’autres hommes. Quel pouvoir !
Ce pouvoir n’était certes pas bien grand, mais il pouvait parfois déjà être le berceau de certains abus, de petites injustices ou vexations. Avec le recul que j’ai aujourd’hui, je réalise que les dérapages occasionnels ne se produisaient pas lorsque les ordres donnés découlaient d’ordres venant de l’échelon supérieur, par exemple dans le cadre d’un exercice militaire, mais plutôt lorsque l’autorité conférée par le grade était utilisée dans les espaces de liberté laissés hors des regards des supérieurs. Là, tout à coup, on avait le sentiment d’être au sommet de la pyramide du pouvoir, d’être le maître, pensant n’avoir de comptes à rendre à personne. Et je crois que depuis la nuit des temps, une racine importante du malheur des hommes se trouve précisément dans le fait de se croire le maître et de chercher à « se servir » plutôt que de « servir ». Et cela constitue hélas un principe universel valable sur toute la terre et dans les cieux.
Une chose essentielle pour tout être humain investi d’une autorité quelle qu’elle soit, consiste donc à toujours garder à l’esprit que toute forme d’autorité n’est qu’une délégation par celui qui est à la source de toute autorité, et que nous lui en sommes redevables. Jésus ne manque d’ailleurs pas de le rappeler à Pilate :

« Pilate lui dit : Est-ce à moi que tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te crucifier, et que j’ai le pouvoir de te relâcher ?
Jésus répondit : Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut »
(Jean 19.10-11).


La séparation des pouvoirs dans l’Ancien Testament
Le principe de séparation des pouvoirs est clairement exprimé dans la Bible, et cela dès l’institution des autorités religieuses par Dieu lui-même, avec Moïse et Aaron (voir Exode 28.1-3). Un autre exemple remarquable est celui du roi Josaphat définissant clairement les pouvoirs politiques, judiciaires et religieux dans le pays de Juda (Voir 2 Chroniques 19). Ce principe de séparation est capital afin d’éviter les abus inhérents à une concentration des pouvoirs en une seule et même personne.


Quelques questions pour notre réflexion
– Suis-je témoin du Christ lorsque je suis confronté à une autorité « difficile » ?
– Dans quelles situations suis-je en position d’autorité ?
– M’arrive-t-il d’abuser de cette position à mon profit personnel ?
– Ai-je des amis ou des proches qui ont un droit de regard sur ma manière d’exercer cette autorité ?


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