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N° 222 Juillet 2003

Une nouvelle effusion du Saint-Esprit

Par Charles-Louis Rochat

"C’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël" (Actes 2 : 16).

Ainsi s’exprime l’apôtre Pierre au début de son discours historique le jour de la Pentecôte.

La foule de Jérusalem assiste au glorieux accomplissement des prophéties annonçant l’effusion du Saint-Esprit sur toute chair; c’est un événement fondamental. La foi en Jésus-Christ n’implique donc pas seulement la découverte du salut par la repentance, mais également la réception du Saint-Esprit. Cela ressort clairement du texte faisant suite :

Après avoir entendu ce discours, ils eurent le coeur vivement touché, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres: Hommes frères, que ferons-nous?

Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, à cause du pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. (Actes 2 : 37-39)

" La promesse est pour vous": pour tous, au loin comme auprès, et pour toutes les générations!

Cette déclaration semble complètement oubliée; le christianisme d’aujourd’hui pourrait laisser penser qu’il n’y a plus de Saint-Esprit; les hommes s’ingénient à lui trouver un substitut, s’imaginant que ce n’est plus pour notre époque. Or, s’il est un temps où ce revêtement est impératif, c’est bien le nôtre!

Gérée comme une entreprise
L’oubli de la place prépondérante revenant au Saint-Esprit explique pourquoi l’Eglise semble battue en brèche (pas partout car de grands réveils existent en certains pays).

L’église est gérée comme une entreprise, sur les bases d’un management humain. Il est certes utile de bien gérer l’oeuvre, mais ce n’est que dans la mesure où les hommes de Dieu ont reçu la plénitude qu’ils sont utiles à l’oeuvre, selon les critères de Dieu, énergisés par le Saint-Esprit (1Cor. 12.)

Dans les chapitres 14 à 16 de l’Evangile de Jean, le Seigneur insiste en précisant :

"J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant."

Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce que le Père a est à moi; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera. (Jean 16 : 12-15)

Juste avant l’Ascension encore, dans ses dernières recommandations, Jésus le rappelle :

Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il; car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit. (Actes 1 : 4-5)

Recommandations péremptoires: rester à Jérusalem jusqu’à l’accomplissement de la promesse.

Les disciples ont pourtant été témoins de tout le ministère terrestre du Christ. Ils l’ont vu, Lui et ses miracles, ils ont entendu ses discours; ils l’ont touché, mangé avec Lui; de plus, ils ont encore vécu en sa compagnie 40 merveilleux jours après sa résurrection: pourtant, il leur manque encore l’essentiel!

Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. (Actes 1 : 8).

Ce n’est que lorsqu’ils auront reçu la puissance du Saint-Esprit qu’ils seront à même de témoigner et d’exercer un ministère.

La parole écrite témoignée ou prêchée deviendra une lettre de vie, les disciples seront comparés aux pierres vivantes d’un édifice divin, d’une maison spirituelle.

La foi nouvelle se répandra comme une traînée de poudre; elle portera le qualificatif de Vie!

"... annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie." (Actes 5 : 20)

Ne pas ramener le christianisme au statut d’une simple religion.

Cette Vie n’est réelle que dans la mesure où l’Esprit nous remplit. Si tel n’est pas le cas, nous ramenons tout aux dimensions d’une religion basée uniquement sur l’observance de préceptes puisés dans un livre sacré. C’est une simple tradition et la pratique d’un rituel.

Cette forme de christianisme privée de l’Esprit produit des exégèses1 qui, loin d’interpréter les écrits bibliques, suscitent toutes sortes de problèmes: oppositions, clans, disputes, polémiques, sectes.

Il en résulte de scandaleuses divisions; le doute s’installe et engendre une constante remise en question. N’étant plus sûr de rien, l’édifice s’effondre et les fondements de la foi sont ébranlés. On entend même affirmer dans l’Eglise: de quel droit peut-on prétendre détenir la vérité? toutes les religions ne se valent-elles pas? n’avons-nous pas tous le même Dieu?!

Après diverses enquêtes, la presse affirmait récemment que le christianisme était en train de s’essouffler, d’autres religions prenant la relève, tels le bouddhisme et l’islam.

Ces propos sont justifiés dans les milieux où l’Esprit ne souffle plus, car il faut reconnaître que le terme utilisé, "l’essoufflement ", est parfaitement adéquat; c’est le manque de souffle! Or aussi bien en hébreu (ruah) qu’en grec (pneuma), le mot original traduisant "Esprit" est souffle!

Le vrai christianisme n’a pas sa place dans de telles confrontations; d’ailleurs il n’en sortirait nullement avantagé: sans la mouvance de l’Esprit, il paraît plutôt falot et ne fait pas le poids face aux spiritualités orientales ou aux dangereuses sectes ésotériques.

Les citernes crevassées
Nous ne redonnerons pas le souffle par une respiration artificielle.

Avec des dirigeants doués, ayant de l’entregent, de bons orateurs, des animations artistiques, on pourra donner l’illusion de la vie. Nombre d’Eglises bien fréquentées et paraissant vivantes dépendent en fait de la présence de ces valeurs humaines. C’est peut-être mieux que rien, mais trompeur; l’édifice repose sur le sable de la sagesse humaine.

Le livre de Jérémie nous présente une métaphore saisissante à ce sujet.

Car mon peuple a commis un double péché: Ils m’ont abandonné, moi qui suis une source d’eau vive, pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, qui ne retiennent pas l’eau. (Jérémie 2 : 13)

C’est bien là l’histoire tragique de l’Eglise contemporaine. On y a creusé des citernes, et elles ne retiennent même pas l’eau! Lors du renouveau des années 70, les chrétiens jusqu’alors séparés, se retrouvaient à la source; ils chantaient avec ferveur: "tous unis dans l’Esprit"! hélas, la suite a vu surgir un temps de récupération. Chacun a voulu canaliser l’eau dans son trou, dans sa citerne. Ainsi, l’eau tombant dans nos structures devient stagnante et polluée.

Dès lors, éloignés de la source, nous avons perdu la joie et la vie. Se trouvant isolés les uns des autres dans nos diverses citernes, nous avons pensé retrouver la communion spirituelle en creusant des tunnels et en ouvrant des portes avec les citernes voisines. Certains mêmes, sont allés plus loin en disant: il faut abattre les murs séparant les chrétiens. Cette démarche semble élogieuse, mais en réalité, sans l’eau vive, elle conduit plutôt à l’élaboration d’une fosse commune!

La solution est dans le retour à la source; le Seigneur Jésus-Christ et la source d’eau vive, autrement dit à l’Esprit.

La loi de l’Esprit
Les Galates donnent l’exemple frappant de la dérive dont nous parlons. Ils "couraient bien", et ce n’est pas le péché du monde païen qui les piégerait. Au contraire, très zélés ils allaient être séduits par le piège d’une sorte d’intégrisme.

O Galates, dépourvus de sens! qui vous a fascinés, vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été peint comme crucifié? Voici seulement ce que je veux apprendre de vous: Est-ce par les oeuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la prédication de la foi? Etes-vous tellement dépourvus de sens? Après avoir commencé par l’Esprit, voulez-vous maintenant finir par la chair? (Galates 3: 1-3)

Progressivement, les Galates ont délaissé la vie de l’Esprit, et commencé à se remettre sous le joug de la loi juive! L’apôtre Paul, dans son épître, ne les incite pas à devenir des "hors la loi", mais il propose une autre loi, celle de l’Esprit de vie, ainsi qu’il l’a aussi écrit aux Romains :

En effet, la loi de l’Esprit de vie en Jésus-Christ m’a affranchi de la loi du péché et de la mort. Car chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela afin que la justice de la loi soit accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l’Esprit. (Romains 8 : 2-4)

Dans la suite du texte, il ajoute encore cette précision musclée:

Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’Esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas (v 9).

La vie selon l’Esprit n’est donc pas une option à bien plaire, pour chrétiens super spirituels!

Un chrétien vide du Saint-Esprit sonne creux comme un vase vide. Il est charnel. Et quand la chair prend le dessus, naît la prépondérance des besoins du corps.

Ainsi donc, frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez. Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. (v 12-14)

On méditera avec profit les versets 16 à 26 de Galates 5, démontrant que le fruit de l’Esprit est la conséquence de la "marche selon l’Esprit"!

Vivre rempli de l’Esprit
Le Saint-Esprit ne baptise pas des institutions ou structures. Il remplit, tels les vases d’honneur d’une maison, des hommes et des femmes purifiés. L’esprit est intimement lié à notre individualité dont il honore la vraie personnalité.

Cette plénitude ne doit donc pas être limitée à une expérience ponctuelle et isolée, correspondant à quelques moments forts de notre cheminement.

Si nous le concevions de la sorte, nous risquerions de lui donner la qualification de diplôme ou de trophée! Nous ramènerions tout à la faculté de parler en langues et exercer deux ou trois dons! Nous retiendrions exagérément les aspects émotifs, nous serions à la recherche d’un effet et tenterions d’utiliser l’Esprit au lieu d’être saisis par Lui. Nous nous attacherions plus aux dons qu’à Celui qui donne.

De nombreuses dérives de cet ordre ont affaibli et affaiblissent encore le peuple de Dieu.
Nous avons donc besoin d’une nouvelle effusion du Saint-Esprit. Ce ne sont pas des méthodes, fussent-elles importées de pays où il y a un réveil, qui vont changer quelque chose. On importe pas un réveil, on le vit par l’assistance du Saint-Esprit.

Contrairement à ce que l’on croit souvent, ce n’est pas le réveil qui va introduire le Saint-Esprit, mais c’est l’effusion sur les disciples qui va provoquer le réveil.

Le temps est venu de retourner à la source. Le temps est venu de demander à Dieu avec force, cette nouvelle effusion.

Soyez... remplis de l’Esprit; (ou: emplissez-vous de l’Esprit) (Ephésiens 5 : 18).

L’idée diabolique de "facultativer" le baptême du Saint-Esprit engendre une résignation malsaine et même la division: il y a ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Cela conduit à des enseignements passifs insistant exagérément sur la notion d’attente: on fait des réunions d’attente, on se réunit pour attendre, au lieu de le faire pour recevoir! c’est un peu comme une compagnie de chemins de fer possédant toutes les structures, rails, voies, gares, buffets, salles d’attentes, mais où il n’y aurait point de train! Ou pire encore, comme une agence de voyages n’offrant que des horaires et des catalogues!

Quelques aspects pratiques.
On veillera donc à ne pas se laisser piéger par la méprise classique confondant l’irruption du Saint-Esprit dans notre vie lors de notre conversion avec le revêtement dont nous parlons ici.

L’idée d’avoir déjà ce que l’on n’a pas encore laminerait complètement notre démarche. Quand la première Eglise, (Actes 4) a éprouvé ses premières difficultés face au monde d’alors, elle a supplié le Seigneur de lui redonner force et assurance; il y avait pourtant là tous ceux qui avaient vécu la première Pentecôte. Néanmoins, "la terre trembla et ils furent tous remplis". Rien ne nous empêche de faire la même prière. Disons même que c’est la première chose à faire!

Comment y parvenir? En le demandant!
Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. (Luc 11 : 13)

Dans ce temps où la violence destructive s’abat sur notre monde, devenons de ces violents qui s’emparent des promesses de Dieu!

La loi et les prophètes ont subsisté jusqu’à Jean; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun use de violence pour y entrer. (Luc 16: 16)

Rien ne peut remplacer l’ardeur de celui qui désire ardemment recevoir. Une prière personnelle continuelle sera donc le moteur de base de notre demande: nombre de personnes ont reçu dans l’intimité, ou, comme pour la famille de Corneille, d’une manière spontanée. (Actes 10 : 44-46) Toutefois les textes bibliques, (Actes 8 : 14-17; 19 : 1-7), indiquent aussi les interventions de ministères. Ce n’est certes pas évident aujourd’hui de pratiquer de la sorte, mais les groupes de prière peuvent justement être les lieux privilégiés où l’on pourra, d’un commun accord, adresser cette supplication. Des ministères reconnus pourront aider dans la démarche; les chants spirituels, (Col. 3 : 16), contribueront puissamment à alléger l’atmosphère. Mais il faudra veiller à ce que tout se passe avec ordre et bienséance. Il n’est pas question de "s’échauffer ", mais d’entrer dans une démarche de foi.

Nous nous souviendrons que devant "Esprit", est placé le mot "Saint "! Sans faire intervenir une notion de "mérite ", nous rappellerons que pour remplir un vase, il faut qu’il soit propre, et placé du bon côté. L’obstacle majeur est souvent une forme subtile d’orgueil, le "moi "revendicateur faisant valoir ses droits ou exigeant que les choses se passent d’une certaine manière ou que telle manifestation ne doit pas se produire; à chacun de découvrir de quoi il s’agit dans son coeur!

Le Saint-Esprit est comparable à une colombe farouche que nous pouvons fort bien avoir attristée. Il ne faudra donc pas hésiter à commencer par une exhortation biblique, introduisant un moment de confession et repentance.

Les dons du Saint-Esprit étant accordés pour l’utilité commune, on évitera de les envisager en tant que consommateurs, mais pour le service.

Que le Seigneur vous guide dans votre démarche.

1 Interprétations et explications des textes.


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