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N° 296 Janvier 2021

Les quatre persévérances

Par Jacques-Daniel Rochat

« Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières » (Actes 2.43).
Après avoir créé l’univers, la terre et la vie, Dieu a donné aux hommes le « souffle » de son Esprit. Grâce à ce cadeau divin, l’homme est devenu un être spirituel.
En tout lieu, cette conscience du monde invisible a conduit les hommes à élever des temples pour y accomplir des sacrifices et des cultes.
Cependant, et l’exemple de la tour de Babel, toutes ces tentatives pour s’élever vers Dieu sont illusoires, car celui qui a créé l’univers n’habite pas dans la « poussière » de ce monde. Ainsi, et comme Jésus le dit à la Samaritaine , Dieu est Esprit et l’on ne peut l’adorer sans être conduit en vérité dans sa présence.
Dans l’Église primitive, ce vrai culte s’exprimait par quatre « persévérances » :

1. L’enseignement des apôtres.
2. La communion fraternelle.
3. La fraction du pain.
4. Les prières.


1. L’enseignement des apôtres

Cette première persévérance nous invite à garder le contact avec la Parole de Vie. Dans l’Église primitive, les paroles du Christ étaient « écrites » dans le cœur de ceux qui avaient vécu avec lui. Ce sont ces très précieux témoignages que les apôtres nous ont donnés en rédigeant les différents livres du Nouveau Testament. Aujourd’hui, avec la Bible, nous pouvons vivre cette écoute personnelle et communautaire. Le rôle de cette ressource est souligné dans le Psaume 1. En effet, lire et méditer la Bible nous permet de plonger nos racines en Dieu, de grandir et de porter du fruit.
L’accès à ces ressources joue un rôle déterminant, car grâce au modèle du Christ et aux paroles inspirées par l’Esprit, je vais m’imprégner des vérités divines. Progressivement, ces révélations vont habiter et transformer mes pensées et ma manière de vivre.
Tout cela est très important, et une part déterminante de l’Église se construit dans le temps que nous consacrons à lire et à écouter la Bible.

2. La communion fraternelle

Dieu est Amour  … Ainsi, et comme le résume le commandement suprême, le vrai culte c’est aimer Dieu de tout notre être et c’est aimer les autres.
Il faut évidemment être plusieurs pour aimer, et c’est à cause de cette exigence que le Corps de Christ commence à se former à partir de deux personnes.
« Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18.20).
Les bâtiments, la forme juridique, les statuts… Toutes ces choses sont utiles, toutefois, elles sont faites avec la « poussière » de ce monde et sont donc incapables de former le Corps de Christ.
Ainsi, et contrairement aux autres religions, le vrai culte ne consiste pas à monter vers Dieu, mais à accepter qu’Il descende pour nous sauver. C’est ce renversement inouï de l’Amour qui nous permet de considérer les autres comme des êtres de même valeur que nous. Dès lors, et à l’exemple de Jésus, les plus forts peuvent servir et soutenir les plus faibles. C’est cette humilité qui permet à de nombreuses communautés d’avoir une direction collégiale, où plusieurs ministères servent ensemble.
Pas facile toutefois de vivre l’unité, car les ressentiments peuvent facilement empoisonner nos relations. Aimer est donc bien plus que des sentiments, c’est un combat de tous les jours, contre soi-même, contre les séductions, la jalousie, la paresse, la cupidité…
Par exemple, parler durement à son conjoint avant de célébrer le Seigneur est un non-sens, car le Christ est déjà présent là où deux ou trois sont ensemble…

3. La fraction du pain

L’Évangile n’est pas un concept théologique, il est la manifestation réelle de l’amour qui conduit Dieu à se décentrer pour se donner à l’autre. En écho au repas de la Pâque, c’est donc par un repas que Dieu a choisi de nous transmettre sa révélation suprême.
« Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâce, il le rompit, et le leur donna, en disant : ceci est mon corps, qui est donné pour vous » (Luc 22.19).
Malheureusement, beaucoup de communautés ont réduit cette fête à un acte liturgique et solennel. Cet assèchement et les divergences de doctrines qui conduisent à réduire la portée de ce repas en soulignent les enjeux.
En effet, et comme Paul le dit aux Corinthiens, en mangeant le pain et en buvant la coupe, nous annonçons la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne .
Le partage du corps et du sang est une fabuleuse proclamation de la victoire du Christ et de son règne à venir. De fait, lorsqu’une communauté partage ce repas, le diable sursaute et vacille.


4. La prière

La dernière persévérance nous invite à tisser des liens solides avec Dieu. Cette union en Esprit joue un rôle déterminant dans notre croissance. En effet, les prières ne consistent pas seulement à demander des choses, c’est un partage qui permet, à la maison, au travail et avec d’autres chrétiens, de vivre un échange continu avec Dieu. Cette relation permet d’exposer nos craintes, de mettre en lumière nos fautes… de lui soumettre nos projets… C’est en s’appuyant sur cette communion que l’Église s’édifie et devient un organisme vivant et solide.
Dès lors, et grâce à la relation intime des prières, le chrétien ne va pas « au culte » ; il est chaque jour le Temple dans lequel l’Esprit célèbre la gloire du Père. Sans cette vie spirituelle, l’église est condamnée à s’enfoncer dans une religiosité faite d’apparat, de discours, d’édifices et de poussières…

Conclusion

Les quatre persévérances mentionnées dans les Actes nous ramènent aux vrais fondements de l’Église. Nous pouvons remarquer que l’écoute, la communion, le partage du pain et la prière sont toutes des formes de la relation où se joue l’enjeu de l’Amour.
C’est seulement à travers ce rayonnement de l’amour de Dieu envers le prochain que le monde pourra « voir » la bonté infinie et bouleversante de son créateur. L’Église n’est pas un bâtiment, mais la source intense et jaillissante de l’Amour de Dieu.

Réflexions à partager en groupe

  • Comment donner plus de place à l’écoute de la Bible ?

  • De quelles manières renforcer la communion dans la communauté ?

  • Comment vivre la Cène / Eucharistie avec joie et avec autorité spirituelle ?

  • Comment faire de nos prières un vrai partage avec Dieu ?


Notes:
1. Jean 4.23-24.
2. Jean 4.8-16 ; Romains 2.4.
3. 1 Corinthiens 11.26.


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