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N° 290 Juillet 2019

Prière de libération : de l’échec à la victoire de la foi !

Par Jean-Pierre Besse

Nous vous exhortons à prendre votre Bible et à lire attentivement Marc 9.14-29, dont nous relevons quelques extraits ci-après.

« Un homme de la foule dit : « Maître, j’ai amené auprès de toi mon fils car il est tourmenté par un esprit mauvais qui l’empêche de parler. L’esprit le saisit n’importe où et le jette à terre, l’enfant a de l’écume à la bouche et grince des dents. Son corps devient tout raide. J’ai demandé à tes disciples de chasser cet esprit et ils ne l’ont pas pu ». Jésus leur répondit : « Gens sans foi que vous êtes… Amenez-moi l’enfant » ! Le père dit : « Aie pitié de nous et viens à notre secours si tu peux » ! Jésus répliqua : « si tu peux ? Tout est possible à celui qui engage sa confiance (en moi) ». Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « je fais confiance, aide-moi car j’ai de la peine à croire ! »… Alors Jésus menaça l’esprit mauvais… « je te le commande, sors de cet enfant et n’y rentre plus jamais » !

» Quand Jésus fut rentré à la maison et que ses disciples furent seuls avec lui, ils lui demandèrent : pourquoi n’avons-nous pas pu chasser cet esprit ? Jésus leur répondit : c’est par la prière seulement qu’on peut chasser ce genre d’esprit  ».

Des questions avec certaines réponses

Le récit de ce préadolescent agité par un esprit destructeur suscite bien des questions.

Par exemple, pourquoi certaines personnes sont-elles plus ou moins contrôlées par des esprits de mort, impurs, méchants qui s’en prennent à leur santé, perturbent gravement leur équilibre nerveux et même leur identité profonde
 ? (cf. aussi Mc 5.1-20).

Il y a un éventail d’explications possibles. Le fond de cette question est que nous avons un ennemi invisible – figuré par le serpent du jardin d’Eden 1  – à qui nous avons collectivement cédé l’autorité que le Dieu Créateur nous avait confiée au. Jésus l’appelle
le prince de ce monde, le menteur, le meurtrier dès le commencement 2. Or Jésus est venu pour renverser le pouvoir usurpé de Satan (1 Jn 3.8 ; Lc 10.19) et nous restituer l’autorité perdue ; il le fait en prenant notre place dans sa mort en notre faveur (Col 2.15).

Cet ennemi spirituel peut trouver des leviers de commande dans des êtres humains s’il a trouvé dans leur lignée familiale ou en eux des portes ouvertes à son action. Toute force et esprit invoqué comme puissance de secours ou d’adoration ouvrent de telles portes pour le monde des ténèbres.

Ce n’est pas le lieu ici d’entrer dans les détails. En lisant les Évangiles, on voit que Jésus, quand il s’agit de délivrer quelqu’un, ne s’attarde jamais aux explications, et les apôtres non plus. Quand Jésus discerne l’origine démoniaque d’un désordre quelconque, il y remédie en chassant immédiatement les esprits oppresseurs (appelés aussi démons) car il en a reçu le mandat de son Père céleste (Ps 110.2 ; Lc 11.20). Il passe à l’action sans perdre de temps, il expulse les esprits impurs car il est venu dans le monde non seulement pour nous sauver, mais aussi pour
« détruire les œuvres du diable » ! (1 Jn 3.8 ; Ap 12.9-10) et nous restituer la vie en abondance (Jn 10.10).

Des révélateurs ?

Les gens en qui se manifestent des esprits mauvais ne sont-ils pas comme les révélateurs des idolâtries dominantes de la société tout entière ? Une sorte de miroir de notre péché collectif ?

Ce qui est intéressant, c’est que la sainteté du Seigneur­, la présence du Dieu vivant en Jésus est telle que les esprits présents ne peuvent rester cachés et sont démasqués.
Lorsque le Saint de Dieu, Jésus, paraît, et avec lui le Royaume de Dieu 3, alors pour la première fois, les forces diaboliques se mettent à s’agiter spontanément. Le but n’est pas de faire du spectacle mais de libérer les captifs spirituels pour les réconcilier avec leur Père du Ciel et avec leurs frères et sœurs.

Ce récit nous place en face d’une réalité universelle : il y a guerre entre des pouvoirs d’ordre spirituel, et il importe que nous sachions avec qui nous vivons et combattons ! Il importe que nous sachions que Jésus EST VAINQUEUR
 !

Mais alors pourquoi n’avons-nous pas pu ?

Revenons donc à notre récit. La principale question que nous nous posons en tant que témoins du Christ est celle que les disciples impuissants posent à Jésus, une fois rentrés à la maison : pourquoi n’avons-nous pas pu chasser cet esprit ? Et aussi cette autre question : pourquoi Jésus reproche-t-il avec une telle véhémence à ses disciples leur incapacité à délivrer cet enfant  ?

Nous savons en effet, par les évangiles, que lorsque Jésus a envoyé ses apprentis en mission, ils chassèrent de nombreux esprits impurs avec succès et ainsi permirent la libération de nombreuses personnes au nom de Jésus 4. Alors pourquoi un échec cette fois-ci 
 ?

« Gens sans foi, jusques à quand serai-je avec vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-moi ce garçon ». C’est sévère  ! Jésus est indigné car la détresse de cette famille est grave… Et il le serait encore plus en présence de notre incapacité d’aujourd’hui malgré notre connaissance par le Nouveau Testament et l’Esprit du Christ en nous !

Essayons de saisir ce que Jésus veut nous dire.

La première attitude à imiter, c’est celle de ce papa.

Il s’engage de toutes ses forces pour son fils, parce que son fils, même infirme, est très précieux pour lui ! Il est plein de compassion ! Voilà ce qui nous manque souvent ! Voilà ce que nous, les pères, devons retrouver (et pas seulement les mères)  ! Ce père dit :

– Tes apprentis n’ont rien pu faire, mais si toi tu peux faire quelque chose, aie pitié !

Si tu peux, répond Jésus, tout est possible pour celui qui engage sa confiance (en moi) !

Voilà une parole forte ! Est-elle irréaliste ? Attention, c’est Jésus qui parle
 ! L’autorité de Dieu est avec lui ! Les résultats sont là ! Le réalisme est de son côté !

Deuxième attitude juste : reconnaître.

Ce père est grand dans la compassion mais il a le mérite de reconnaître que sa foi est faible. En tout cas, dans le cas de son fils, il doit avouer : « Je crois Seigneur, mais j’ai bien de la peine quand même, au vu des expériences négatives du passé, viens au secours de ma faible foi !  »

Je pense que c’est aussi ce que nous reconnaissons si nous sommes honnêtes
 : notre engagement de foi est faible. Pourquoi ? Dans le récit parallèle de Matthieu 17, Jésus ajoute en réponse aux disciples : « Si vous aviez de la foi juste comme un grain de moutarde (donc pas beaucoup… mais placée là où il faut) vous diriez à cette montagne (d’impossibilités) « déplace-toi d’ici là « et elle le ferait 5, rien ne vous serait impossible ! » (v. 20).

En entendant cela que pensons-nous ?

Une erreur fréquente.

Nous plaçons notre petite confiance au mauvais endroit. Savez-vous où nous la plaçons ? Dans notre foi. Nous essayons d’avoir foi dans notre foi, mais justement, notre foi est faible et cela ne marche pas, même quand nous faisons des efforts religieux pour nous persuader d’y arriver ! C’est l’échec !

Quelle serait alors la bonne manière de faire ?

Eh bien, ce serait de placer notre foi non pas dans notre foi (même chrétienne) mais directement en JÉSUS lui-même, le Messie ! Dans une attitude de repos et d’écoute !

Le miracle ne passe pas de nous à quelqu’un d’autre, mais il passe de Jésus-Christ à quelqu’un d’autre ! Notre personne n’est importante que parce que nous permettons la jonction de celui ou celle pour qui nous prions avec le Seigneur qui s’est donné en rançon pour cette personne. C’est l’Esprit de Jésus qui produit le miracle, pas nous 6! Le dégagement de puissance c’est l’affaire de Jésus-Christ seul  ! Par contre il est juste de nous informer, de compatir réellement et de commander aux esprits impurs de quitter la personne au nom du Seigneur Jésus.

Foncièrement, nous ne faisons que mettre le malheureux en contact avec Jésus et c’est tout
  ! Les neuf disciples restés un moment seuls auraient pu et auraient dû le faire même si Jésus n’était pas physiquement avec eux, comme il n’est pas non plus physiquement avec nous actuellement.

Mais comment ?

Jésus donne la réponse au v. 29 : « Ce n’est possible que par la prière !  »

Réponse étonnante 
 ! Voyons-nous Jésus et son équipe élever une prière juste à ce moment-là  ? Non ! Mais ce que je crois, c’est que Jésus était intérieurement en prière de manière permanente, c’était son style de vie ! Avec des moments concentrés où Jésus écoutait et parlait avec son Père, par exemple tôt le matin. Puis, au cours de la journée et dans l’action, Jésus restait conscient de la présence de son Père en lui, même sans paroles exprimées. Mais son esprit était avec le Père et le Père avec lui ! Privilège qui est aussi le nôtre en Christ (Jn 17.21-23)  !

Pour Jésus, la prière n’est donc pas une litanie répétitive hyperémotive ni la prière machinale, codifiée, neutre et froide. Jésus nous a enseigné à demander
« en son nom » (Jn 14.14). Prier « au nom de Jésus-Christ » est donc juste mais ce n’est pas une petite formule magique vite faite et sans signification éprouvée, glissée à la fin de notre demande comme un point final superstitieux !

Prier au nom de Jésus signifie
nous mettre avec passion en accord total avec Jésus le Seigneur ! Ne pas laisser subsister des attitudes ou des comportements en contradiction avec sa volonté ni même en dehors de sa volonté ! Éliminer tout ce qui voudrait prendre la première place en nous, pour nous offrir au Seigneur seul ! Voilà ce que Jésus entend par « prière » ici  ! Aspirer à une telle prière nous permet de discerner si nous sommes dans la ligne de l’Esprit Saint ou si nous agissons par vanité ou égoïsme.

Cela veut dire
être rempli de son Esprit et agir entièrement avec son Esprit, et même par son Esprit ! Autant dire, apprendre à rester en communion avec Jésus et avec le Père en tout temps  7! Comme Jésus l’a dit : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez (car alors vous voudrez ce que Dieu veut  !) et cela vous sera accordé »  ! (Jn 15.7).

(Certains manuscrits de Matthieu, 17.21, ajoutent le jeûne à la prière. Sans être toujours indispensable, cette abstinence de ce qui nous sécurise habituellement nous met dans une position de dépendance plus grande par rapport au Maître, preuve d’une écoute dans la foi plus déterminée).

Donc si nous voulons progresser spirituellement dans le service, ne nous centrons pas d’abord sur le degré de notre foi mais plutôt sur notre relation avec notre Seigneur et notre prochain.

Il y a donc deux ingrédients essentiels :

– La confiance en Dieu comme Père par Jésus-Christ, le vainqueur du péché et du diable !
– La prière fréquente entièrement unie au Saint-Esprit de Dieu, purifiée de toute idolâtrie
 !

Question — appel :

Livrez-vous entièrement au Seigneur Jésus et à son Esprit en abandonnant toute idolâtrie !

Avec la volonté confiante et passionnée de passer de l’échec aux résultats quand vous priez pour délivrer des personnes ou subvenir à leurs besoins !

C’est une école qui peut prendre du temps (comme c’est le cas pour moi…) !

Cela en vaut la peine car c’est ainsi que le Royaume qui vient prouve sa réalité
 !

Voulez-vous glorifier le Seigneur des promesses
 ?



L’action dans le naturel et celle dans le surnaturel

L’assistance surnaturelle de Dieu démontrée en Jésus et les promesses bibliques de réponse à la prière conduisent certains Chrétiens à penser que le travail et l’effort ne sont plus vraiment nécessaires et qu’il suffit de prier avec foi pour que les ressources tombent du ciel. Des récits comme la multiplication des pains, racontée six fois pour deux événements distincts dans les 4 évangiles pourraient le laisser croire  8. C’est parfois vrai mais un examen plus poussé nous montre que la participation humaine, généreuse et intelligente, constitue tout de même le moyen le plus fréquent dont Dieu se sert pour résoudre ou améliorer des situations problématiques.

L’action sociale réfléchie qui implique le partage des ressources, organisé à large échelle avec les populations appauvries par l’exploitation et la corruption, est beaucoup plus familière à notre culture occidentale, même si elle demande des efforts. L’utilisation de nos dons « naturels » n’a rien d’inférieur aux yeux de Dieu ! Quand des mesures de justice, de recherche médicale, de tri des déchets, d’économie d’énergie sont prises, quand la créativité est mise au service des démunis et de la préservation des espèces naturelles, c’est souvent parce que la vision biblique du monde a motivé des acteurs sociaux ou politiques. Y a-t-il encore dans ces cas-là une œuvre de l’Esprit de Dieu qui pointe vers le Seigneur et son Royaume ? C’est moins évident au premier degré, il est vrai. Notre relation à Dieu et notre amour direct du prochain sont moins directement sollicités. Pourtant l’effet de telles entreprises est souvent vaste, apte à forger une culture sur le long terme, un vrai don de Dieu.

Cependant même ainsi, nombreuses sont les situations de détresse ou de persécutions ou d’urgence qui nécessitent des interventions divines hors de l’ordinaire, surtout dans ces temps qui sont les derniers ! D’ailleurs même l’évangélisation qui produit des vies humaines transformées est tout entière une action surnaturelle de Dieu au travers des témoins du Christ, malgré son côté « normal » ! Et la stratégie missionnaire enseignée aux disciples par le Seigneur comporte presque toujours des signes de vie de type miraculeux (guérisons, etc.) qui font apparaître que Dieu «
 est proche »  ! Et dans tous ces cas, le recours à la prière et à la foi est incontournable !

Ainsi donc, le manque de ressources ne devrait pas nous servir d’excuse pour ne pas agir.

Petite recherche  : « Donnez-leur vous-mêmes à manger !  » (Mt 14.16)

Les foules sont là, autour du groupe des disciples, bénies mais en manque de nourriture. Dans un autre cas, Jésus ne veut pas laisser ces gens parcourir un chemin de retour qui pouvait être très long sans qu’ils se restaurent (Mt 15.32). Il en fait part aux disciples. Mais eux ne voient pas d’autres solutions que de «
 renvoyer la foule ». Ici l’initiative vient du Seigneur, son intervention sera donc assurée (il en est de même des initiatives du Saint-Esprit en nous). Mais une telle initiative ponctuelle ne peut-elle pas devenir une forme de commandement plus général, pour toute époque, que nous pourrions entendre en nous-mêmes afin de faire face à des situations similaires ? (Lisez l’article « Une histoire de pains » au Tchad !). Avec mon épouse, nous avons vécu quelquefois des réponses divines de multiplication pour des invités inattendus.

Répondons à quelques questions à ce sujet

Quelle est la première question que Jésus pose à son groupe (Mc 6.38 ; Mt 15.34) ? Voyez aussi la demande d’Elisée à une veuve en situation désespérée en 2 R 4.1-4. Qu’en déduisez-vous pour commencer une action qui devra tenir du miracle ?

Les ressources sont là mais ma­ni­fes­tement insuffisantes.
Quelle est alors, en deuxième phase, la deuxième demande (facile) de Jésus à ses disciples (Mt 14.18-19 ; Lc 9.14-15) ? Qu’ont fait les disciples pour simplement obéir ?

Entre les deux phases,
Jésus fait ce qu’il est seul à pouvoir faire : produire le miracle ! C’est toujours le Seigneur qui donne la possibilité du miracle que ce soit quand il parut sur la terre ou depuis le Ciel maintenant. Et voilà que les pains et les poissons surabondent  !

Et voici une troisième question pour nous : Quelle est la relation entre l’engagement « naturel », logique, que des non chrétiens feraient tout aussi bien ou mieux que nous, et l’aspect propre au Royaume de Dieu que seuls ceux qui obéissent et croient en Jésus-Christ sont à même de faire ?

En d’autres mots : quelle est la condition nécessaire, de notre côté, pour que le Seigneur intervienne de manière spécifique, bien au-delà de la dimension juste humaine et administrative
 ?

Répondez avant de lire la suite
  !

Ses disciples
obéissent sans comprendre immédiatement  : ils lui donnent les pains et les poissons. C’est tout ce qu’ils ont à faire d’abord, confier leurs ressources à Christ en remerciant Dieu. Investir dans la foi même quand la demande dépasse notre logique !

Ensuite, ils peuvent participer à l’organisation (mettre la foule en rang pour une distribution équitable) et faire eux-mêmes la distribution, l’organisation, avec récupération des surplus
 !

Qu’ont-ils fait sinon être de simples intermédiaires dans
l’obéissance de la foi ?

Il y a donc trois ingrédients essentiels :

– La confiance en Dieu comme Père par Jésus-Christ, vainqueur du péché et pourvoyeur ressources et du Saint-Esprit.
– Un dialogue dans la prière avec Jésus par le Saint-Esprit
– L’obéissance de la foi : croire et faire en même temps, avant même d’avoir tout compris  
 9!



Notes:

1 - Gn 3.

2 - Jn 8.44.

3 - Cf. Mc 1.21-26.

4 - Lc 9.1-2 et 9; 10.17-19.

5 - Mais n’essayez pas de déplacer des montagnes au sens géographique, ce n’est pas ce genre d’action que Dieu attend de nous !

6 - Et ce, même si nous devons intervenir en donnant des ordres à haute voix à l’ennemi.

7 - Ceci est à la portée de tous, même de gens occupés, c’est une question d’attitude de coeur plus que d’efforts concentrés ! (Jn 5.19).

8 - Références des récits en question : Mt 14.13-21 et 15.32-39 ; Mc 6.30-44 et 8.1-10 ;Lc 9.10-17 ; Jn 6.1-14.

9 - C’est l’esprit de la révélation biblique, par opposition au rationalisme réducteur et enfermant qui a sévi en Occident ces derniers siècles, esprit parfois qualifié de « grec » qui veut «contrôler » et «voir » avant de croire et d’investir (Jn 11.40).


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