Le Lien des Cellules de Prière

N°302 - Juillet-septembre 2022

Éditorial

Le pardon est une puissance qui permet de vaincre l’emprise du mal sur les vies. Dans ce numéro du Lien vous découvrirez comment il peut agir dans des situations concrètes.

Pardonne-nous comme nous pardonnons…

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Le pardon est un acte essentiel. Il est le seul moyen pour continuer de vivre et d’avancer ensemble dans l’amour, malgré notre condition de pécheurs qui fait de nous tantôt des offensés et tantôt des offenseurs. 

En tant que chrétiens, lorsque nous entendons le mot « pardon », nous pensons tout naturellement à la prière que Jésus a transmise à ses disciples : le « Notre Père ». Nous nous souvenons alors de ce lien « conditionnel » qui y est évoqué entre le pardon de Dieu et celui des hommes. 

Les évangiles de Matthieu (6.7-13) et de Luc (11.1-4) donnent deux versions légèrement différentes de cette prière. Dans Matthieu, le texte insiste fortement sur ce lien en le reformulant aux versets 14 et 15 : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses ». 

Alors qu’en français le mot « offenses » est choisi les deux fois, en grec deux mots distincts sont utilisés : d’abord opheilema ( verset 12), q ui c ontient l a notion de dette (pas forcément pécuniaire) et puis paraptoma ( verset 15), qui implique l’idée de faute, de déviation de la vérité ou encore de chute. Cela nous dit quelque chose de la diversité de nature possible des offenses. Or, prendre conscience de la diversité des offenses dont nous pouvons être les auteurs nous aide à réaliser le besoin de demander pardon à Dieu et aux personnes qui les subissent. Pour cela, inspirons-nous de l’humilité de David qui, au verset 13 du psaume 19, avoue notre incapacité humaine de connaître toutes les fautes que nous commettons à l’égard de Dieu et qui Lui demande alors de nous pardonner celles que nous ignorons. 

Revenant au « Notre Père », considérons alors le point de pivot de cette mise en parallèle du pardon divin et du pardon humain, nous voyons que là encore la tournure n’est pas la même chez Matthieu et chez Luc. Matthieu utilise le mot « comme » qui signifie « de la même manière » ou « autant ». Le pardon accordé par Dieu est à la mesure du pardon que nous accordons à nos offenseurs. Luc, lui, utilise le mot « car » qui induit que le fait de pardonner à nos semblables nous donne la légitimité de demander à Dieu de nous pardonner. Ces deux tournures me semblent se rejoindre en se complétant dans la parabole du serviteur qui refuse de pardonner (cf. Matt. 18, 23-35). Il y a là à la fois une relation de cause à effet et une idée de similitude de principe qui apparentent pardon humain et pardon divin. 

Plus profondément, ces liens de dépendance entre le pardon de Dieu et celui des hommes me semble faire écho aux deux commandements les plus importants selon Jésus (cf. Matt. 22.37-40), et qui mettent en parallèle l’amour pour Dieu et celui pour nos prochains et pour nous-mêmes. Le coeur de cette affaire de pardon est ainsi intimement lié à la question de l’amour. ■

La bienveillance : l’art de regarder l’autre

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« L’homme dont le regard est bienveillant sera béni. » Proverbe 22.9. 

La bienveillance… un mot un peu vieillot ? 

Peut-être. Mais si je vous demande à quoi il vous fait penser, que me répondrez-vous ? A quels souvenirs associez-vous la bienveillance ? 

Pour ma part, ce mot me donne un sentiment de bien-être, de plénitude, le sentiment d’être acceptée ; une bonne odeur de gâteau aux pommes tout juste sorti du four ; un sourire et le temps… 

Bienveillance vient du latin classique « bene volens » : qui veut du bien. En italien on a gardé cette expression pour dire je t’aime : « ti voglio bene ». Ainsi la bienveillance, c’est vouloir du bien, vouloir que l’autre se sente bien, se sente accueilli, reconnu, accepté et aimé. 

« Je t’ai appelé par ton nom, je t’ai parlé avec bienveillance, avant que tu me connaisses... » Esaïe 45.4. 

Dans la Bible, Dieu nous est souvent présenté comme bienveillant ; cette bienveillance se traduit par le fait que sa colère ne dure pas toujours, mais qu’il garde son alliance et sa fidélité éternellement. La bienveillance est souvent traduite par « bonté », mais il y a cette distinction entre ces deux mots : la bonté est un fait, mais la bienveillance est un acte : je veux le bien de quelqu’un, je choisis d’être bienveillant. 

Ainsi, de même que la bienveillance de Dieu est un acte qui va au-delà de sa colère légitime face à nous, notre bienveillance est un acte réfléchi, qui va au-delà des sentiments que l’autre pourrait susciter en nous. 

Mais cela demande du temps. Cela demande que je regarde l’autre comme un être aimable (= digne d’être aimé), digne de respect envers et contre tout. Cela signifie prendre le temps de voir plus loin que l’attitude ou l’apparence : tu es bien plus que ce que tu montres. 

Si la bienveillance de Dieu est liée à sa fidélité et à son alliance, notre bienveillance est liée à notre sourire, à notre capacité à rire, à supporter et à élever l’autre. 

« Je te veux du bien », même si tu n’es pas bienveillant, même si ton visage et toute ton attitude me montrent que tu es fâché contre moi ou que tu me détestes. 

Je te veux du bien, même si je dois te dire non ou m’opposer à toi, car la bienveillance, ce n’est pas la bêtise, c’est un sens aigu de la justice : je ne peux pas accepter cette attitude, cet acte, mais je continue à te respecter. 

Être bienveillant, c’est finalement reconnaître que nous avons, nous aussi désespérément besoin de la bienveillance de Dieu et des autres. 

Ainsi, de même que la bienveillance implique un choix et une volonté : je te veux du bien, de même la bénédiction , qui signifie dire du bien (« bene dicere ») est une expression volontaire de l’amour. 

C’est pourquoi, bienveillance et bénédiction vont de pair. ■

Le pardon, une puissance de guérison

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 « Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur ; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel. » Lévitique 19.17-18.

 

 Dans un de ses livres1, Marie Balmary montre combien il est dangereux de garder en soi et de ne pas « traiter » une offense reçue. Celle-ci peut en effet engendrer de la haine qui pénètre au plus profond de l’offensé, jusque dans son subconscient, et induire des troubles psychologiques graves. 

Le pardon est donc essentiel, tout d’abord pour l’offensé et ensuite pour l’offenseur. 

Mais pardonner n’est pas une mince affaire ; le texte du Lévitique nous donne des pistes intéressantes à suivre dans cette démarche : 

Ce texte est si riche d’enseignements que je vous propose de le reprendre point par point. 

- « Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur ». Garder de la haine contre quelqu’un est une offense contre quelqu’un est une offense contre Dieu. L’apôtre Jean l’affirme avec force :

« Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. » 1 Jean 3.15. 

- « Tu auras soin de reprendre ton prochain ». Certains traduisent ce verbe par « reprocher ». Marie Balmary fait remarquer que l’hébreu utilise ici deux fois le même verbe pour le mot reprendre, une fois à la forme personnelle et une fois à l’infinitif. C’est une tournure typiquement hébraïque pour renforcer une expression : il faut que tu reprennes ton prochain… 

La parole de reproche que nous adressons à l’offenseur est importante pour deux raisons : 

1. Elle est d’abord nécessaire à notre guérison. Car mettre l’offense en mots est le meilleur moyen d’évacuer notre haine naissante. C’est tout premièrement lui donner une existence pour l’empêcher de glisser dans le subconscient, échappant ainsi à notre contrôle. C’est ensuite lui donner une forme pour pouvoir mieux la maîtriser et l’évacuer. Au contraire, garder l’offense en nous, c’est la laisser se transformer en haine contre l’offenseur. Marie Balmary résume bien la situation : « une faute qui n’est pas dite est à nouveau commise ». C’est l’escalade de la violence.

2. La parole de reproche est utile également à l’offenseur. Le verbe « reprendre, reprocher » n’est pas utilisé ici dans un sens de jugement, mais plutôt dans le sens de monter à autrui la faute dont il est l’auteur et dont il n’est pas forcément conscient. Jésus insiste aussi sur la nécessité de reprendre l’offenseur : « Prenez garde à vous-mêmes. Si ton frère a péché, reprends-le ; et, s’il se repent, pardonne-lui. » Luc 17.3. 

L’offenseur reçoit ainsi la possibilité de se mettre en ordre vis-à-vis non seulement de l’offensé, mais aussi de Dieu. 

- « Tu ne te chargeras pas d’un péché à cause de lui ». Même si notre haine reste cachée, nous nous chargeons d’un péché pour deux raisons : 

1. La haine que nous entretenons dans notre coeur est un péché aux yeux de Dieu, car d’offensés que nous étions nous devenons des offenseurs. 

2. Le mot « péché » utilisé ici pourrait aussi signifier pour nous les conséquences que cette haine peut avoir sur notre santé spirituelle, psychique et physique. Laisser la haine faire son oeuvre de destruction en nous est aussi un péché aux yeux de Dieu, car nous Lui appartenons. Et nous ne pouvons laisser détruire ce qui appartient à Dieu. 

- « Tu ne te vengeras point ». L’offensé doit reprendre l’offenseur afin que ce dernier se repente et change. C’est l’amour envers l’offenseur qui doit inspirer une telle démarche. La violence n’y a pas sa place ! 

- « et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple ». Le nettoyage des racines de rancune et d’amertume doit être complet, non seulement en surface, mais aussi et surtout en profondeur. C’est notre responsabilité d’effectuer ce travail d’assainissement et de contrôler que rien ne repousse ! Pour nous tester, rien de tel que d’examiner notre comportement vis-à-vis de l’offenseur. Continuons-nous à le critiquer ? Avons-nous l’habitude de rappeler son offense ? Si tel est le cas, notre travail de pardon n’est vraisemblablement pas complet. 

- « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Nous sommes appelés à aimer notre prochain. Nous sommes aussi appelés à nous aimer nous-mêmes. Et ce n’est pas par hasard si cet ordre vient compléter les ordonnances relatives aux conflits. En effet, un conflit a une incidence non seulement sur notre amour pour l’offenseur, mais aussi sur l’amour que nous portons à nous-mêmes. L’offense non dite, non reprochée, non pardonnée, mais acceptée comme une fatalité, suscite une difficulté pour l’offensé à s’aimer lui-même. J’en veux pour preuve ces témoignages bouleversants de femmes qui se sont mises à se haïr après avoir été violées. Elles ont haï un corps qui avait été sali et qui restait souillé. Que de gens, blessés profondément dans leur enfance, souffrent d’une mauvaise estime d’eux-mêmes et ont de la peine à s’aimer ! Leur guérison est difficile, car bien souvent l’offense a été enfouie dans le subconscient. L’aide de spécialistes, si elle est possible, permet d’en retrouver la trace. Souvenons-nous aussi que le Saint-Esprit révèle ce qui est caché et peut apporter une vraie libération par le biais de chrétiens de confiance ayant reçu un ministère de discernement.

- « Je suis l’Éternel ». Il est bon de se souvenir qu’au-dessus de chaque conflit l’Éternel est présent. Il est la seule vraie référence. Cela nous replace dans nos vraies dimensions d’humains, fragiles et pécheurs, des créatures qui ont continuellement besoin de Dieu. 

Que faire dans les situations suivantes ? 

J. Buchhold2 estime que, selon l’Écriture, le pardon ne peut pas être accordé sans la repentance du fautif. Le texte déjà cité de Jésus va dans ce sens : 

« Si ton frère a péché, reprends-le ; et, s’il se repent, pardonne-lui. » Luc 17.3. 

Ne pas exiger de repentance, c’est donner raison à l’offenseur et tort à l’offensé, c’est cautionner le mal et manquer d’amour envers l’offenseur, qui a besoin d’une réparation personnelle. Mais que faut-il faire lorsque cette repentance n’existe pas ? 

L’offenseur ne veut pas se repentir. 

Au vu de tout ce qui a été dit plus haut, cela ne doit en rien entraver le processus de pardon en nous. Pardonner dans notre coeur à notre offenseur signifie pour nous une libération et une guérison, ainsi que le rétablissement d’une relation juste avec Dieu. C’est une première étape ; c’est notre étape personnelle. Nous pouvons d’ailleurs l’effectuer sans que l’offenseur n’en sache rien. Si nous sommes en contact avec lui, il se peut toutefois qu’il remarque notre changement de conduite à son égard. 

Vient ensuite la deuxième étape, celle qui consiste à donner notre pardon à

l’offenseur. Comme dit plus haut, le don de ce pardon est conditionnel et dépend du repentir de l’offenseur. 

Cependant, plusieurs témoignages montrent qu’il peut y avoir des exceptions à cette règle. Certains chrétiens, martyrisés pendant la dernière guerre de 1939-45, ont pu retrouver leurs bourreaux après la libération afin de leur apporter leur pardon et leur parler de l’amour et du pardon offerts par Jésus- Christ. Ce message tellement contraire à la logique humaine a conduit plusieurs anciens bourreaux à se convertir et se repentir. Nous pouvons compter sur le Saint-Esprit pour nous montrer la voie à suivre. 

L’offenseur est décédé. 

La démarche est la même : il nous incombe d’accomplir notre « étape personnelle », ceci pour notre bien avant tout. Il est utile de dire l’offense au Seigneur qui en sera témoin, et proclamer ensuite notre pardon. Si d’autres personnes assistent comme témoins à cette proclamation (peut-être aussi des proches de l’offenseur), cela renforcera notre démarche de pardon. Il peut également être très utile de mettre tout cela par écrit. Comme déjà dit, cela donne une existence à l’offense et l’empêche de glisser dans notre inconscient. Cela nous permet également de nous remémorer notre acte de pardon afin de le réactiver si nécessaire. 

La douleur est trop forte. 

Une question surgit fréquemment lorsqu’on parle de pardon : comment pouvons-nous pardonner lorsque dans notre coeur une voix forte hurle à la

vengeance et que la haine domine tout sentiment ? Lorsque la rage bouillonne au plus profond de nous-mêmes et ne demande qu’à sortir comme un volcan chaque fois que nous pensons à notre agresseur ? Nous pouvons comprendre intellectuellement la nécessité de pardonner, mais nous constatons qu’il y a en nous une autre force qui ne veut pas se soumettre. 

Une erreur très répandue consiste à croire que nous ne pourrons commencer à pardonner que lorsque notre coeur se sera calmé et qu’il n’y aura plus aucune amertume en nous. Notre pardon dépendra ainsi de nos sentiments, qui vont finalement dicter notre conduite. 

Jésus nous enseigne tout autre chose. Pour lui, pardonner est un acte qui dépend de la volonté et non des sentiments. Même si rien en nous ne nous pousse à le faire, nous pouvons décider de pardonner malgré tout. C’est notre responsabilité et personne ne peut le faire à notre place. Mais si nous tenons compte de nos sentiments, nous risquons fort de déchanter rapidement : nous avions pris un engagement et avions fermement décidé de pardonner... mais voilà que rien ne change en nous. Notre révolte intérieure est toujours là, intacte. Nous expérimentons alors avec désespoir ce que Paul décrit si bien au chapitre 7 de l’épître aux Romains : 

« J’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas... misérable que je suis ! » 

Heureusement, Paul ne s’arrête pas à ses lamentations et nous donne plus loin la solution : 

« Grâces soient rendues à Dieu par Jésus- Christ, notre Seigneur ! » 

En effet, la vie de Jésus et sa puissance de guérison nous sont communiquées par le Saint-Esprit, si du moins nous l’avons accueilli dans notre vie. Ce que nous sommes incapables d’accomplir seuls, nous pouvons désormais le faire avec lui. 

Toutefois, soyons réalistes ! Les changements ne vont pas s’accomplir d’une seconde à l’autre ! Cela prend du temps. C’est pourquoi Jésus nous exhorte à pardonner « jusqu’à septante fois sept fois ». Matthieu 18.22. 

Il y a dans cette expression une notion évidente de répétition. L’interprétation qui est généralement donnée est la suivante : si notre agresseur nous offense à plusieurs reprises, nous devrons lui pardonner encore et encore. On peut cependant donner une autre interprétation : lorsque l’offense est unique mais grave, et que la blessure est profonde en nous, nous risquons d’être confrontés de manière répétitive à la résurgence de notre révolte contenue tant bien que mal. Chaque fois qu’elle refera surface, nous serons appelés à nouveau à prendre position : « je pardonne parce que j’ai décidé de pardonner quoi que je puisse ressentir en moi. Je m’ouvre tout entier à l’action de l’Esprit Saint qui me transforme ». Et petit à petit, de défaites en victoires, nous serons les témoins émerveillés d’un changement intérieur insoupçonné. En fin de compte, nous constaterons avec joie que le mal a été changé en bien et que nous avons gagné quelque chose de plus précieux encore : nous nous sommes rapprochés du Seigneur. ■

Notes :

1 Le sacrifice interdit, Paris, Grasset, 1986. 

2 Le Pardon et l’Oubli, Collection ALLIANCE. Éditions Sator, 1989. Réédité par les Éditions Excelsis-Edifac en 2002, puis 2015. 

Le don d’une vie

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« C’est ici mon commandement : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Jean 15.12-13. 

Nous sommes en 1964 dans le village de Sankuru situé en République démocratique du Congo. Malgré l’isolement de cette région, cela fait plusieurs années que des missionnaires irlandais ont fait un très long voyage pour apporter l’Évangile et venir aider les populations. 

Dans le village, en proie à la misère et aux maladies, la compassion conduit une Écossaise du nom de Jeannette, à accueillir le bébé qu’une mère vient de mettre au monde avant de mourir. 

Après avoir grandi, l’enfant, qui s’appelle Jean Ishako, entreprend de faire des études de théologie. Cette formation le conduit à devenir pasteur et à diriger des écoles protestantes. 

Malheureusement la situation géopolitique se dégrade et la région devient le théâtre de guerres et de massacres abominables. 

Un jour, et comme cela était à craindre, les rebelles sanguinaires arrivent dans le village. Après avoir pris le contrôle de la place, le chef de guerre fait prisonnier les missionnaires. 

Devant les yeux de sa femme et de ses enfants, le responsable irlandais de la mission est lié et le chef ordonne qu’on emmène ce « blanc » à l’abattoir pour le tuer. 

Mais parmi les villageois, un homme crie de toutes ses forces. C’est Jean Ishako. 

Le chef de guerre s’approche de lui et lui demande la raison de ses cris. 

Jean lui explique que les missionnaires sont venus par amour. Amour pour Dieu d’abord et amour pour eux. 

Tuer le porteur de cet amour serait un crime abominable pour tout le pays. 

- Bien, et alors qu’est ce que tu proposes ? lui demande-t-il. 

Jean lui répond courageusement : 

- Permets-moi au moins de prendre sa place... 

Le chef, très étonné par cette proposition, consent à faire l’échange. Le missionnaire, que l’on surnomme Kamada, est détaché alors que l’on emmène l’Africain pour le mettre à mort. 

Après ce terrible échange, le chef de guerre dit aux missionnaires de partir, car il n’y a plus de charge contre eux. 

Ceux-ci vont donc pouvoir quitter librement la région et rentrer dans leur pays. Ils reviendront toutefois dans ce village quelques années plus tard. 

Aujourd’hui, à l’emplacement de ce sacrifice se dresse une stèle en l’honneur de Jean Ishako. Elle rappelle l’histoire de cet homme qui s’est sacrifié pour sauver des étrangers. ■1