Le Lien des Cellules de Prière

N°276 - Janvier 2016

L'autorité du chrétien

  • Spirituel
  • Royaume de Dieu
  • Salut
  • Lien
  • Dieu

Une femme, une mère est dans une chambre d'hôpital. Elle est atteinte de cancer, en phase terminale. C'est triste, et elle est triste. Elle n'a pas foi en Jésus et n'a pas l'assurance d'être sauvée. On demande à certains membres de la famille de venir prier pour elle et j'ai le privilège d'être de l'équipe. Dans cette chambre, ce jour-là, cette femme accueille pleinement Jésus et lui confie sa vie. Durant la nuit, elle a une vision à ciel ouvert. Elle voit Jésus, les anges, et elle est remplie d'une joie si grande, qu'elle en parle le lendemain à toute sa famille, et à tous ceux qui viennent la voir. Et peu après, pleine d'assurance et de joie, elle quitte ce monde pour rejoindre l'amoureux de son âme, celui qui est mort et ressuscité pour elle. Ses enfants savent qu'à la résurrection des morts ils la retrouveront et la verront vivante, éternellement vivante. Quelle autorité Dieu a donné aux humains de pouvoir ainsi annoncer Jésus, prier en son nom pour les personnes vers qui il nous envoie, et être témoins de tels miracles! Des dizaines d'années après, c'est encore dans les mémoires comme si c'était hier, pour la famille et pour nous.

Le don de l'autorité
Le second discours de Jésus dans l'Évangile de Matthieu, discours d'envoi en mission des douze, commence par ces mots: «Puis Jésus appela auprès de lui ses douze disciples et leur donna l'autorité de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité.» (Mt 10.1).

Jésus «leur donna l'autorité». L'autorité du chrétien est un don du Christ. Ce n'est pas une qualification liée à la naissance. Ce n'est pas le résultat automatique d'un titre ou d'une position officielle dans l'Église. L'autorité spirituelle dont il est question est celle que Jésus donne à tous les enfants du Père, ceux qui sont nés d'en haut, ceux qui ont reçu l'Esprit. C'est l'autorité pour amener la Bonne Nouvelle, l'Évangile, sur le terrain concret de la vie des gens, sous forme de guérisons, de libérations dans le cœur, l'âme et le corps. C'est l'expression sensible et visible, pour celui qui en est bénéficiaire, d'un Dieu vivant qui l'aime et qui lui et veut du bien. Ce Dieu lui a ouvert son Royaume par Jésus. Au travers du bien expérimenté, cette personne peut découvrir qu'elle est invitée chez Dieu, un Dieu qui l'aime.

L'autorité du chrétien est un don du Christ de la même manière que l'autorité du Christ est un don du Père. Jésus le dit clairement dans les derniers mots de l'Évangile, mots qui ont des liens forts avec Mt 10:
«Toute autorité m'a été donnée au ciel et sur la terre.» (Mt 28.18). Jésus, lui aussi, a reçu l'autorité par laquelle il annonce l'Évangile et en communique les bienfaits aux hommes, femmes et enfants de Galilée, en guérisons et libérations.
Il n'y a ici aucun langage de «prise d'autorité» de luttes pour gagner l'autorité, ni de techniques, ou procédés en 10 points pour se fabriquer une autorité spirituelle. Un don s'accueille dans la foi, la gratitude et l'humilité des enfants du Père. Le don de l'autorité spirituelle pour communiquer l'Évangile et ses bienfaits, ne vient pas de nous, ni des hommes, mais de Jésus Christ.


Le don de l'intimité «Dieu nous appelle à lui de manière si décisive, que tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons et tout ce que nous possédons, est investi avec consécration, dynamisme et direction dans une vie vécue à son service, comme réponse à cette convocation.»1
Tous les appels de Dieu sont fondés sur ce premier appel. Le don de l'autorité est précédé par cette invitation à aller vers Jésus de cette manière-là. La croissance dans l'exercice du don de l'autorité pour le bien des autres, va de pair avec la croissance du désir à répondre au premier appel: aller à Jésus.

Pour mieux cerner ce lien entre autorité donnée et l'appel à aller à Jésus, il est pertinent de se référer au texte parallèle dans l'Évangile de Marc. (Mc 3.13-14) Ici aussi Jésus appelle «auprès de lui» ceux qu'il veut (3.13), et puis
«Il en établit douze pour qu'ils soient avec lui et les envoyer prêcher, avec l'autorité pour chasser les démons.» (3.14). Avant de les envoyer prêcher avec autorité pour la libération, il y a ces petits mots: «pour qu'ils soient avec lui.» Le don de l'autorité est précédé de l'invitation à «être avec lui», c'est-à-dire une invitation à la relation de proximité, à l'intimité avec Jésus. Le don de l'autorité est précédé du don de l'intimité. L'intimité avec Jésus est le berceau de l'autorité.

Le mot grec traduit par «autorité» est
«exousia». Il est formé de «ex», «hors de» et de «ousia», «être». Par sa construction le mot indique que l'autorité sort de l'être. La vraie autorité ne se fabrique pas en élevant la voix, en énonçant des formules même celle «au nom de Jésus», mais elle prend sa source dans l'endroit où se situe notre être profond. Les contrefaçons qui impressionnent par le bruit sonore et les grandes déclarations sont faciles, mais la réalité sort de l'être, plus précisément, de l'être avec Jésus.

Le don de l'identité filiale et le don de l'autorité filiale
Dans le Nouveau Testament l'intimité avec Dieu, l'être avec Dieu, est aussi un don. Ce don se fonde sur une identité restaurée, une «nouvelle identité», qui est celle que Dieu a toujours désirée pour les humains. Dans le texte de Lc 10.17-20, les disciples reviennent à Jésus tout joyeux de l'exercice de leur autorité sur toute la puissance du mal.

«Les soixante-douze revinrent tout joyeux et dirent: Seigneur! Même les démons nous sont soumis en ton nom. Jésus leur répondit: Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair! Oui, je vous ai donné l'autorité d'écraser sous vos pieds les serpents, les scorpions, et toute la puissance de l'ennemi, et rien ne pourra vous faire du mal. Mais ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis; réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux!» (Lc 10.17-20).

Jésus ne nie pas l'autorité qu'il leur a donnée, il la renforce plutôt, avec la promesse de protection face aux puissances du mal, quelles qu'elles soient, et, en même temps, il cherche à changer l'objet de leur joie. Il désire les faire passer du sentiment de jouissance d'une autorité si grande vers la conscience qu'ils ont leurs noms inscrits dans les cieux, c'est-à-dire qu'ils font partie de la famille de Dieu, qu'ils sont nés du ciel. Il les oriente vers la joie de leur nouvelle identité, celle d'enfants du Père. C'est là le don le plus grand, plus grand que celui de l'autorité, car le don de filialité est le don le plus grand. L'autorité coule de l'être avec Jésus, quand elle coule de notre identité de fils et de fille du Père.

Il y a un lien magnifique, entre les textes de Lc 10 et Lc 11.9-13, un lien qui éclaire beaucoup cette relation entre fillialité et autorité.
«Quel père parmi vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain? Ou bien s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d'un poisson? Ou bien s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion? Si donc, mauvais comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent.» (Lc 11.11-13)

Remarquons que Jésus utilise ici les mêmes mots de serpent et scorpion qu'en Luc 10 pour désigner la puissance du mal. Si Luc 10 traite de la joie de l'autorité sur la puissance du mal, Luc 11 traite de la prière de demande, celle qui s'adresse à Dieu comme Père. Le Père donne du bon, du bien, du beau, en particulier le St-Esprit, à ceux qui le lui demandent. C'est bien par la réception du St-Esprit que l'humain devient enfant du Père dans la vérité, qu'il reçoit le don de l'identité nouvelle, et avec ce don le don de l'intimité filiale, qui le fait prier «Père!».
L'intimité est ici intimité de prière, intimité des enfants du Père avec leur Créateur. Dans cette intimité le Père donne à ceux qui demandent. La source de l'autorité dans le mouvement vers ceux que Dieu aime a pour berceau cette prière filiale confiante au Père. Il n'y a là rien de magique, ou de stressé, ou de fabriqué, ni formules toutes faites, mais une relation dans une identité nouvelle. Si l'autorité sort de l'être, l'être est dans la relation d'amour entre le Père et ses enfants.


Le moteur: vision et compassion
En Mt 10.1, Jésus envoie les douze en mission en leur donnant l'autorité de faire en son nom la même chose que ce qu'il faisait lui dans l'autorité et au nom de son Père: «Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages; Il enseignait dans les synagogues, publiait l'Évangile du Royaume, et guérissait toute maladie et toute infirmité.» (Mt 9.35).

Juste après ce récit Matthieu nous montre la source ultime de la mission de Dieu auprès des hommes,
«À la vue des foules, il fut remué jusqu'aux entrailles pour elles, car elles étaient écorchées et abattues, comme des brebis qui n'ont pas de berger.» (Mt 9.36). Le verbe traduit par «remué jusqu'aux entrailles» est, dans l'échelle émotionnelle, le terme le plus fort possible. Il exprime la compassion viscérale de Jésus.
Jésus voit les humains tels qu'ils sont, avant qu'on ne prenne soin d'eux, avant que la Bonne Nouvelle de Dieu ne les atteigne. Il a la vision de l'humanité privée du Père, comme des brebis sont privées de berger. Il voit la souffrance, la fatigue, la solitude, l'abandon, le désespoir, la douleur qui arrache le cœur. La vision de cette souffrance des sans Dieu, dans la brutalité du monde, le touche et suscite en lui une violente compassion.

Mis en mouvement par cette compassion qui monte dans ses entrailles, Jésus dit à ses disciples:
«La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers.Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson.» (Mt 9.37-38), et juste après, «Jésus appela auprès de lui ses douze disciples…» (Mt 10.1). C'est le texte par lequel nous avons commencé.

Le moteur de la mission, est la vision de la souffrance de l'humanité blessée par son péché (la rupture d'avec Dieu son Créateur et Père) et la compassion puissante qui en résulte. Nous découvrons en passant ainsi d'un texte à l'autre que le don d'autorité du chrétien se place dans un double mouvement. Tout d'abord le mouvement du Fils: Envoi du Fils par le Père, mouvement de compassion pour libérer l'humanité sans Dieu, asservie à la mort et aux puissances du mal, dans la souffrance et l'abandon, pour la ramener à la vie et au Père, au travers de la croix, la résurrection et du don du St-Esprit. Ensuite le mouvement du «chrétien»: Don d'une nouvelle identité d'enfant de Dieu fl Don de l'intimité avec Jésus fl Don de la compassion du Christ dans le cœur fl Envoi en mission fl Don de l'autorité pour amener l'Évangile et ses bienfaits aux désespérés sans Dieu («les brebis sans berger»), ceux dont la vie est brutalisée par la puissance du mal («écorchées et abattues»).

Comme Jésus, nous sommes nous aussi: motivés, envoyés, conduits, revêtus d'autorité, vivant comme enfant du Père dans le Don de l'intimité avec Lui. Tous ces Dons nous sont généreusement offerts, grâce au Christ, par le Père, dans le Don du St-Esprit.


L'exercice de l'autorité
«Je vous le déclare, c'est la vérité, si quelqu'un dit à cette montagne: Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, s'il ne doute pas dans son cœur, mais croit que ce qu'il dit se réalise, il l'aura.» (Mc 11.23).

Parfois on comprend l'exercice de l'autorité face aux besoins des gens comme une prière adressée à Dieu pour eux et devant eux du style: «Seigneur fais qu'elle soit bénie, Seigneur guéris-le, Seigneur fais qu'elle reçoive la délivrance de ses tourments.» Cette prière n'est bien sûr pas à rejeter, mais elle n'est pas ce que l'Écriture appelle l'exercice de l'autorité.

Exercer l'autorité c'est commander ou déclarer. Jésus nous le montre dans l'exemple ci-dessus. Il n'enseigne pas à prier face à la montagne (le problème) sous la forme:
«Seigneur fais que la montagne s'en aille!» mais sous la forme d'un ordre: «Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer.» Il a démontré cela devant ses disciples, face à une situation humainement désespérée, celle de l'homme si démonisé que personne ne pouvait ni le guérir ni même le maîtriser (Mc 5, 1-20). Il a ordonné à l'esprit impur de sortir: «Sors de cet homme, esprit impur!» (Mc 5.8). et finalement a permis à cette légion (ils étaient non pas un mais 6'000) d'esprits impurs d'entrer dans des cochons qui se sont jetés dans la mer! On voit par cet exemple extrême, que la montagne représente le défi le plus grand et le plus haut, et non pas une montagne littérale comme l'Everest ou le Kilimandjaro ces montagnes bien connues.

Le don de l'autorité s'exerce dans la déclaration, le commandement. Certes il nous faut de la sagesse. Jésus a une pédagogie personnalisée pour l'apprentissage de l'exercice de l'autorité. On commence par des montagnes plus petites, voire des collines.

On pourrait par exemple commencer à apprendre à déclarer le pardon de Dieu sur quelqu'un qui a confessé ses fautes et doute d'être gracié. Dans le même temps on proclame la purification par le sang de Jésus de la conscience, des pensées ou d'autres parties de la personne aidée. Dans ces cas, on utilise fréquemment les promesses de la parole de Dieu en les déclarant de manière conduite par l'Esprit, sur la personne. Par exemple:
«Si nous confessons nos péchés, Il est juste et fidèle pour nous pardonner de tout péché et nous purifier de toute injustice.» (1 Jn 1.9). Je crois cette vérité de la parole, je n'ai pas de doute que la chose priée se passe dans la personne. Le pardon se reçoit et, la purification se fait à l'instant dans la partie de la personne qui en a besoin: s'il ne doute pas dans son cœur, mais croit que ce qu'il dit se réalise, il l'aura. Au début il faut essayer, surmonter les peurs, mais en voyant Jésus donner appui à sa parole déclarative, on gagne en assurance. Je savais que ma parole, ce que je priais, se réalisait au moment même où je priais.

Un autre exemple d'apprentissage de l'autorité déclarative est la prière de bénédiction. Non pas: «Seigneur bénis telle ou tel…» Mais «Je te bénis…» Les pères juifs bénissaient en direct leurs enfants par ce beau geste de mettre les mains sur leurs têtes, et ils prononçaient sur eux des paroles de bien, de vie, de bonté, de croissance et de bénédiction. En apprenant à le faire pour quelqu'un, nous réalisons qu'effectivement nos paroles déclaratives de bénédiction ont «un impact», et que réellement l'autorité de bénir nous est donnée par Jésus. Parce qu'elle nous est donnée, ce que nous prions dans l'écoute de l'Esprit, pénètre la personne comme une huile de guérison et de bienfait.
La prière pour les malades sous la forme non pas «Seigneur fais qu'elle soit guérie, ou bien Seigneur guéris-le» mais sous la forme «sois guéri au nom de Jésus» ou bien «j'ordonne à la maladie de te lâcher maintenant» est plus «osée» en apparence, mais de fait sans doute pas plus difficile. Je ne peux pas expliquer la puissance du sang de Jésus de rendre quelqu'un pur. Mais je le crois, je m'appuie dans mon cœur sur cette réalité dans mon cœur aussi ferme et sûre que la gravitation terrestre. Je n'ai aucun doute, aucune hésitation. L'expérience passée, le fruit vécu, la vérité de la parole, la réalité de la croix du Christ, tout a concouru à imprimer en moi cette certitude. Mais il a fallu pratiquer pour soi, et puis pour d'autres, parfois en tremblant. Je suis en apprentissage pour la déclaration de la guérison physique: j'ai vu des guérisons, mais ma confiance expérimentale et réelle en la guérison physique qui est en Jésus est encore fragile. Mais elle continue de croître.

Au début hélas, plein de bonnes intentions et de bonne volonté, j'ai cru qu'il suffisait de dire des choses «avec foi» pour que cela se passe, ceci sans écouter ce que Dieu me demandait de faire et donc plus dans un mouvement psychique qu'un mouvement de l'Esprit. Ainsi, par exemple, j'ai participé à la prière déclarative de guérison, promettant à un hémiplégique (par une chute d'un cerisier) que Jésus allait le guérir. En fait je déclarais plus que ce que Dieu ne m'avait dit ou confié. Je péchais par présomption. La personne n'a pas été guérie par de multiples prières. Et je sais alors la tentation de mettre la faute de «l'échec» sur quelqu'un, afin de pouvoir se justifier. La réalité était que j'avais de la présomption dans mon cœur. Je pensais ordonner à l'Everest de se bouger, simplement parce que je le décidais. Nous avons demandé pardon ensuite à la personne de l'immaturité de notre approche.
L'intimité avec Jésus est centrale. Prions et faisons ce qu'il nous montre. En dehors de «l'être avec lui», nous faisons pas mal de dégâts.


Dis seulement une parole
Nous connaissons cette histoire du centurion romain, chef soldat qui comprenait bien l'exercice de l'autorité. Il savait bien l'exercer parce que disait-il «Je suis moi aussi un homme sous autorité». (Mt 8,9). Il savait qu'exercer l'autorité était donner des ordres: «j'ai sous moi des soldats, je dis à l'un va, et il va, à un autre viens et il vient». (8.9). Ce centurion avait un serviteur atteint de paralyse et terriblement tourmenté. (8.6). Jésus se propose d'y aller pour le guérir. Mais à cause de sa compréhension de l'autorité, le centurion dit à Jésus que ce n'est pas la peine qu'il se déplace et ajoute: «mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri». Une seule parole! Un seul ordre! Jésus est en admiration devant cette compréhension de foi en son autorité.
Dis seulement une seule parole! Il est juste et bon de demander à Jésus cette unique parole qui nous permet de savoir ce qu'il fait, ce qu'il veut faire dans un cas particulier.
Il y a bien des années ma belle-sœur travaillait au Bénin chez Wycliffe. Un jour nous recevons un téléphone nous annonçant qu'elle avait attrapé une hépatite fulminante, était tombée dans le coma et se trouvait dans un avion de sauvetage volant en direction de Genève. J'encourage Christine mon épouse à téléphoner à la famille et aux amis pour commencer à prier pour elle. Je vais pour ma part prier au salon. Je dis à Dieu: Seigneur j'ai besoin d'une parole pour savoir comment prier avec confiance. Il me vient le verset: «Cette maladie n'est pas pour la mort». (Jn 11.4) Alors commence l'intercession personnelle et l'appel aux anciens de son église pour une prière de guérison pour ma belle-sœur, sur la base de cette unique parole. Le pronostic des médecins est négatif. Mais suite à la prière des anciens, soudainement il y a un changement dans un facteur sanguin précis, puis lors de la visite d'un pasteur elle ouvre les yeux… et finalement elle est sauvée de la mort. Elle reçoit ensuite la visite de nombreux médecins de l'hôpital car elle était le premier cas de ce type d'hépatite à en avoir réchappé. Et son foie à ce jour est en bonne santé. Ce fut pour moi une leçon inoubliable: Dis seulement une seule parole et mon serviteur sera guéri. À Dieu soit toute la gloire!
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NOTES
1 : Os Guinness, Rising to the Call, Thomas Nelson 2003, p 21.
2 : Je me suis permis de mettre Don avec un «grand D» pour souligner l'identité du donateur: Dieu.

Comment Dieu me parle avec Néhémie

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En l'an 445 avant J.-C., Néhémie, un fonctionnaire juif au service de l'empereur perse, a été informé de la situation précaire de Jérusalem. Il en était profondément consterné. «Je m'assis et me mis à pleurer. Pendant plusieurs jours, je restai abattu. Je jeûnai et je priai constamment devant le Dieu du ciel.» (Ne 1.4) Sa réaction n'était pas: «De telles choses arrivent, on ne peut rien y faire!» Il ne dit pas non plus: «C'est la faute aux Israélites qui sont rentrés à la maison. Ils ont manqué de rebâtir les murailles, à eux maintenant d'en porter les conséquences.» Il ne se lamenta pas non plus en disant: «C'est la fin des temps!» Non, il s'est laissé toucher personnellement, en pleurant et en portant le deuil.

Néhémie pleura. D'abord, je me suis dit qu'il était un homme un peu trop émotif. Ce sont plutôt les enfants qui pleurent, ou peut-être les femmes qui réagissent souvent de manière plus sensible. Pour ma part, cela faisait une trentaine d'années que je n'avais pas pleuré. Mais quand je me suis énervé au sujet de l'attitude endurcie de mes concitoyens, quelqu'un me répondit: «Et si tu commençais par pleurer?» Cela ne m'aida pas vraiment. Me sentir concerné, oui, mais pleurer? Est-ce qu'il se pouvait que mon incapacité de pleurer était due au fait que je m'étais distancé des besoins autour de moi? J'ai alors commencé à demander à Dieu de me redonner la capacité d'être ému de compassion, et aussi la capacité d'exprimer Ses émotions. Je priai que les fleuves d'eau vive, dont la Bible parle dans Jean 7.37, puissent ramollir mon cœur. Je ne sentis pas de changement immédiat. C'était plutôt comme lorsqu'on verse de l'eau sur une terre desséchée: d'abord la terre ne peut pas absorber l'eau. Mais progressivement je ressentis que mon cœur s'attendrissait par l'action du Saint-Esprit. Comme conséquence, je suis devenu plus libre d'accepter les émotions et de les exprimer, pas seulement, mais parfois aussi, par des larmes.


Engagement dans le jeûne et la prière
Revenons au livre de Néhémie. Comme signe de sa consternation, il pria et jeûna pendant trois jours. Le jeûne est un signe de gravité. En jeûnant, nous nous concentrons entièrement et nous renonçons à tout ce qui est secondaire.

Néhémie se retira pour être seul avec Dieu, et obtenir une perception spirituelle de la situation. Dans le calme, il reconnut que c'était la désobéissance envers Dieu qui était la raison de la situation fâcheuse. Et il n'accusa pas ses frères Israélites pour leurs péchés, mais s'identifia avec eux. Profondément consterné il pria: «Nous avons péché contre toi. Oui, moi et mon peuple, nous avons péché.» Les murs effondrés étaient une image des murs spirituels: les Israélites s'étaient adaptés à leur entourage païen. Loin d'exercer une bonne influence sur leur entourage, c'était plutôt l'inverse. Dans les chapitres suivants, nous lisons qu'ils négligeaient les bonnes ordonnances de Dieu. Ils choisissaient des conjoints de peuples étrangers qui ne partageaient pas leur foi. Ils faisaient des affaires lors du Sabbat, et négligeaient de donner leur dîme à Dieu. Les riches exploitaient les pauvres, de sorte que ces derniers n'avaient plus de quoi vivre et devaient se vendre en esclavage. Tout cela dans une situation, où ils étaient soumis à l'empire perse et devaient payer des impôts importants. Des peuples voisins profitaient de cette faiblesse économique et sociale en orchestrant des pillages réguliers, au point que même le trésor du temple n'était pas à l'abri de ces attaques. Néhémie donc se repentit pour ces murs délabrés, ce manque de séparation d'avec les cultures païennes. Il s'en repentit, car il se savait lui-même faire partie du même peuple.

Nous aussi, si nous désirons reconstruire les «murs» de notre temps, nous devons d'abord nous repentir des ruines. Chaque personne qui désire accomplir un mandat de Dieu doit d'abord recevoir une vision claire de la situation, y compris de la sienne propre. Que nous soyons préoccupés des «murs» de notre propre âme, ou de ceux de notre communauté, ou du Royaume de Dieu de par le monde, nous devons d'abord plonger nos regards dans le miroir biblique. Nous avons besoin d'une image radiologique de la situation, celle du regard de Dieu. Nous ne pouvons pas tromper Dieu. Tout ce qu'Il demande, c'est que nous fassions face aux choses avec sincérité et honnêteté. Dans le calme et la tranquillité (Es 30.15) devant Dieu, nous réalisons simultanément la sainteté de Dieu et le poids de nos propres péchés, et nous sommes amenés à dire comme Néhémie: «Ô Dieu, j'ai péché contre toi!» Mais nous saisissons aussi Ses promesses pleines de compassion, et Son désir de nous pardonner.

En signe de repentance pour soi-même et pour son peuple, Néhémie jeûna. En renonçant à la nourriture, il montra à quel point il était sérieux dans sa démarche. Il misa tout sur Dieu, en étant réceptif à sa Parole. Dans le jeûne, il ne s'agit pas de chercher à impressionner Dieu – ce serait du légalisme – mais plutôt de nous laisser impressionner par Lui! A ce sujet, le livre de Bill Bright «Dans l'attente du réveil» m'a beaucoup interpellé. Il montre que chaque mouvement majeur du Saint-Esprit dans l'histoire était accompagné d'un mouvement de prière intense et de jeûne.


La confiance et la force renouvelées
Néhémie se présenta devant Dieu en citant sa promesse en Deutéronome 30.1-4 (voir Néhémie 1.8-11). La repentance mène à l'intercession. Au travers du brisement grandit la foi. Néhémie laissa Dieu examiner et purifier ses motivations, avant de passer à l'action. Il renonça à ses propres conceptions de force ou de faiblesse en sachant que c'est Dieu seul qui donne la réussite.

Nous ne pouvons pas nous lancer dans le combat, sans avoir d'abord pris suffisamment de temps dans le calme et l'examen de soi devant Dieu. Il aimerait nous parler, nous équiper et nous bénir, de sorte que nous puissions aussi aider les autres. L'essentiel n'est pas ce que nous donnons à Dieu, mais plutôt de ce que nous recevons de Lui. Il aimerait nous remplir du Saint-Esprit, de Sa présence précieuse. Nous pouvons accomplir davantage en une semaine par la puissance du Saint-Esprit que dans une année de travail acharné sans la puissance d'en haut. Cette leçon a révolutionné ma vie. Je n'aimerais plus passer une journée à peiner seulement par mes propres forces. Tout ce qui nous est demandé, c'est de remettre notre vie dans tous les domaines sans condition à Dieu. J'ai remarqué que des chrétiens qui accomplissent beaucoup pour le Royaume de Dieu sont souvent aussi très décontractés et dans la paix. J'ai eu le privilège de côtoyer plusieurs leaders chrétiens de près. En les observant, j'ai vu qu'ils étaient pour la plupart des gens très naturels et pleins d'humour, munis d'une foi simple qui croit que Dieu suffit pour faire face à tous les défis, et trouver des solutions à tout problème. Si cela est vrai pour eux, alors pourquoi pas pour moi?


La repentance et le calme conduisent à l'action courageuse
Dans le calme devant Dieu, Néhémie reçut le mandat de reconstruire la muraille. Se sachant dans la volonté de Dieu, il fit un pas courageux, non sans danger. Il demanda au roi perse Artaxerxés la permission de rentrer à Jérusalem et de reconstruire ses murs. Il alla même plus loin: il lui demanda aussi un sauf-conduit ainsi que du bois pour la construction des murs et des portes de Jérusalem. «Le roi m'a accordé tout cela car la bonne main de mon Dieu reposait sur moi.» (Ne 2.8) Si nous sommes dans le plan de Dieu, nous pouvons faire des pas courageux et aller chercher tout ce que Dieu tient à notre disposition.

Notre manque de foi est un plus grand obstacle pour l'action de Dieu que toute opposition extérieure. Si nous avons reçu un appel de Dieu, nous devons quitter la barque qui semble nous offrir la sécurité et, en regardant à Jésus, faire des pas courageux. C'est sa réputation qui est alors en jeu, pas la nôtre. C'est ainsi qu'il aura aussi toute la gloire, car ce sera évident pour tous que nous ne serions jamais arrivés au bout sans son soutien puissant!


Questions d'application personnelle et communautaire

1. Quelles sont les situations qui m'interpellent au point que j'en sois profondément ému?

2. Est-ce que je cherche une solution auprès de Dieu, en misant tout sur Lui?
Ma recherche de Dieu est-elle urgente? Au point que je pourrais me priver de nourriture?

3. Est-ce que je prends suffisamment de temps devant Dieu, dans le calme devant sa Parole, jusqu'à ce que j'aie entendu ce qu'Il veut me dire?

4. Est-ce que je Le laisse examiner et purifier mes motivations?
Quels sont les pas courageux que je suis appelé à faire?



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Contexte historique du livre de Néhémie
Les trois livres Esdras, Esther et Néhémie sont les plus récents parmi les livres historiques de l'Ancien Testament. Esdras raconte comment en 530 av. J.-C. le roi perse Cyrus, qui vient de conquérir Babylone, libère le peuple d'Israël de la captivité babylonienne. Menés par Zorobabel, environ 50'000 Israélites retournent dans leur patrie. Ils recommencent tout de suite avec la reconstruction du temple, mais abandonnent assez rapidement suite à de multiples difficultés. Dieu envoie alors les prophètes Agée et Zacharie pour les encourager, de sorte qu'ils finissent les travaux. Le temple est alors inauguré en l'an 510 av. J.-C. Dans les années qui suivent, Dieu utilise une jeune femme juive nommée Esther pour démasquer un complot et empêcher un génocide envers son peuple.

En 458 av. J.-C., 72 ans après Zorobabel, le prêtre Esdras ramène un deuxième groupe de l'exil. Il se sait mandaté de rétablir le culte à Jérusalem, ce qui est le sujet principal du livre d'Esdras. Pendant toutes ces années, les Israélites essayent plusieurs fois de reconstruire les murs de Jérusalem. Mais face à la grandeur de la tâche et l'hostilité des peuples environnants, ils n'avancent pas. Les conséquences du manque des murs sont poignantes. Flavius Josèphe, qui rédigea durant le premier siècle après J.-C. une histoire du peuple juif, parle de ses souffrances à l'époque d'Esdras et de Néhémie sous les mains des peuples avoisinants: «De jour, ils faisaient irruption dans le pays en pillant et en détruisant. De nuit, ils s'approchèrent furtivement et enlevaient plusieurs habitants des environs et même de la ville de Jérusalem, et souvent, on trouvait des cadavres gisants sur les chemins.» (Antiquités Juives, livre 11, chapitre 5)