Le Lien des Cellules de Prière

N°275 - Octobre 2015

La Jalousie

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Genèse 4.1-8
L'homme s'unit à Eve, sa femme ; elle devint enceinte et donna naissance à Caïn. Elle dit : Avec l'aide de l'Eternel, j'ai formé un homme. Elle mit encore au monde le frère de Caïn, Abel. Abel devint berger et Caïn cultivateur. Au bout d'un certain temps, Caïn présenta des produits de la terre en offrande à l'Eternel. Abel, de son côté, présenta les premiers-nés de son troupeau et en offrit les meilleurs morceaux. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais pas sur Caïn et son offrande. Caïn se mit dans une grande colère, et son visage s'assombrit. L'Eternel dit à Caïn : Pourquoi te mets-tu en colère et pourquoi ton visage est-il sombre ? Si tu agis bien, tu le relèveras. Mais si tu n'agis pas bien, le péché est tapi à ta porte : son désir se porte vers toi, mais toi, maîtrise-le ! Mais Caïn dit à son frère Abel : Allons aux champs. Et lorsqu'ils furent dansles champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.

Caïn voit que son frère a quelque chose que lui-même n'a pas : l'approbation de Dieu sur son sacrifice. Il est frustré à cause de cela. Le mot qu'on utilise couramment pour une telle situation, c'est qu'il est jaloux de son frère Abel. Nous allons donc parler de la jalousie. C'est un sujet qui peut nous concerner tous à un moment ou à un autre. Comme nous le voyons dans ce passage, c'est aussi un sujet qui apparaît très tôt dans la Bible. Ce n'est pas par hasard : nous avons tous nos expériences avec la jalousie. Le dictionnaire Larousse décrit la jalousie comme « un dépit envieux ressenti à la vue des avantages d'autrui. » La jalousie est apparentée à l'envie, mais avec une nuance différente : dans l'envie, l'accent est sur la chose, sur l'avantage dont bénéficie l'autre, tandis que dans la jalousie, l'accent est sur la relation avec l'autre.
A partir de ce passage, nous allons relever quelques caractéristiques de la jalousie :


1. La jalousie est une forme de colère
L'Eternel dit à Caïn : « Pourquoi te mets-tu en colère ? » (versets 5-6) La jalousie est déclenchée par une frustration. C'est ce qui se passe aussi avec nos colères ; elles sont déclenchées par des frustrations. La jalousie est donc une colère très spécifique dirigée en réponse aux avantages dont bénéficie notre prochain et dirigée contre celui-ci. Proverbes 6.34 dit : « La jalousie rend un homme furieux et sans pitié. »

2. La jalousie est une forme de rébellion
Nous le voyons très bien dans ce passage : au fond, le problème de Caïn n'est pas avec Abel, mais avec Dieu. C'est Dieu qui n'a pas approuvé le sacrifice de Caïn ; Abel n'y est pour rien. Caïn a donc un problème avec Dieu, et la réponse logique serait de chercher à résoudre ce problème en allant vers Dieu. Dieu l'y encourage même en l'interpellant : « Pourquoi es-tu en colère ? Qu'est-ce qui se passe ? » Il l'invite donc à aller au fond des choses. La réaction appropriée serait que Caïn demande à Dieu, pourquoi il n'a pas approuvé son sacrifice. D'ailleurs, le passage biblique ne nous indique pas la raison. Peut-être que Caïn a offert ce sacrifice avec une fausse motivation, par exemple en agissant dans un esprit de compétition avec son frère. En ce cas, son sacrifice n'était pas réellement pour Dieu, mais pour gagner un avantage sur son frère. Nous ne le savons pas. Mais de toute façon, le problème réel se situait entre Caïn et Dieu, et pas entre Caïn et Abel.

Cela est typique pour la jalousie : elle nous donne l'illusion que c'est l'autre qui est le problème, alors que l'autre ne fait que déclencher quelque chose en nous. Le problème entre Caïn et Dieu aurait subsisté même si Abel n'existait pas. Caïn aurait pu être tout seul devant Dieu, et il aurait quand même eu le problème que Dieu n'approuvait pas son sacrifice. Le problème était donc dans la relation entre Caïn et Dieu : en fait, Caïn était en rébellion contre Dieu. C'est aussi souvent notre cas quand nous sommes jaloux. Cela se manifeste par le sentiment : « Ce n'est pas juste ! L'autre a ce que je veux ! Il a ce dont j'ai besoin ! » En fait, nous sommes alors en train de reprocher à Dieu qu'il a donné cet avantage à l'autre plutôt qu'à moi. Ce reproche à Dieu est une forme de rébellion.


3. La jalousie provoque des dégâts
Dans cette histoire, Abel a perdu sa vie. Par la suite, la Bible parle d'Abel en tant que la première personne, dont le sang a été versé de manière innocente. Dans la même lignée, beaucoup plus tard, nous trouvons Jésus. En fait, la mort de Jésus a aussi été une conséquence de la jalousie. « En effet, il [Pilate] s'était bien rendu compte que c'était par jalousie qu'on lui avait livré Jésus. » (Mt 27.18) Les chefs religieux de l'époque étaient jaloux de Jésus parce que sa popularité parmi le peuple était tellement plus grande que la leur. Jésus avait cette estime du peuple que les chefs religieux désiraient pour eux-mêmes. Cela était donc l'une des raisons pourquoi Jésus a été livré et tué.

Ce fait peut nous servir de consolation, si une fois nous sommes la cible de la jalousie d'autrui. Quand nous souffrons des conséquences d'une jalousie à notre égard, nous pouvons nous dire que Jésus a également porté cela. Il a perdu sa vie à cause de la jalousie de certains.

Mais les dégâts ne se limitent pas à cela. La jalousie fait aussi des dégâts dans la vie de la personne qui est jalouse. « L'envie est la carie des os. » (Prov 14.30) Comme la carie, la jalousie nous ronge de l'intérieur. Ce proverbe peut nous conduire à supposer que la jalousie peut même avoir des conséquences physiques. Comme pour d'autres émotions fortes, notre corps peut à un moment donné commencer à en manifester les conséquences. Cet effet-là est même entré dans la littérature : « Oh ! Attention, monseigneur, à la jalousie ; c'est le monstre aux yeux verts qui tourmente la proie dont il se nourrit. » (Shakespeare, Othello) La jalousie peut effectivement nous tourmenter.


4. La jalousie est une réaction à une souffrance
Caïn souffrait parce que son offrande avait été rejetée par Dieu. Cette souffrance était légitime, mais c'était sa réaction qui était fausse. Pour nous aussi, si nous sommes jaloux, c'est normalement la conséquence d'une souffrance bien réelle. Mais si nous suivons le chemin qui nous est suggéré par la jalousie, nous allons nous défouler sur l'autre personne qui a ce à quoi nous aspirons. Au fond, cela ne résout rien. La souffrance subsistera toujours. La jalousie est donc une voie sans issue – mais c'est la voie de la facilité. Nous avons tous la tendance à fuir la souffrance. Nous sommes tentés de rediriger notre attention sur l'autre personne qui a ce que nous n'avons pas, alors que la voie qui pourrait nous faire avancer serait de faire face à la souffrance et de l'apporter à Dieu. Dieu a une réponse à nos souffrances. Mais la jalousie nous empêche d'aller au fond des choses et de recevoir la consolation ou la réponse à nos questions dont nous aurions besoin.

5. La jalousie nous empêche de recevoir ce que nous cherchons
La jalousie n'est pas simplement inutile, elle nous dessert aussi en nous créant des problèmes supplémentaires. D'abord, elle détruit des relations. Mais ensuite, et c'est peut-être ce qui est le plus frustrant, c'est que souvent elle nous empêche de recevoir précisément ce que nous cherchons. C'est exactement ce qui s'est passé pour Caïn : il cherchait l'approbation de Dieu. La jalousie l'a conduit à tuer son frère. En ce faisant, il a précisément perdu l'approbation de Dieu. Cet effet paradoxal est très courant. La Bible en donne un autre exemple : « L'homme envieux se hâte de s'enrichir, il ne se rend même pas compte que la pauvreté va fondre sur lui. » (Proverbes 28.22) Une personne qui cherche à s'enrichir par tous les moyens risque de se retrouver dans la misère précisément à cause de son attitude. La jalousie est donc dangereuse ! Elle nous conduit à nous bloquer nous-mêmes l'accès à ce que nous cherchons.

Que faire pour surmonter la jalousie ?
Comment devrions-nous réagir alors que nous sommes tentés par la jalousie ? Rappelons-nous d'abord que la souffrance en soi n'est pas un péché. Mais Dieu nous dit, comme il le dit à Caïn dans ce passage, « si tu agis mal, le péché est tapi à ta porte, et il cherche à te prendre ». C'est précisément là que réside la tentation : la tentation de croire que c'est l'autre personne qui est le problème. La tentation de nous défouler sur elle. Nous devons reconnaitre que la jalousie est basée sur un mensonge et sur une illusion. Le mensonge que c'est l'autre qui est le problème, alors qu'il ne fait que déclencher le problème qui est en nous. L'illusion, parce que la jalousie est une voie qui nous enferme dans la faiblesse.

Ensuite nous devons relever le défi que Dieu présente à Caïn : « le péché est tapi à ta porte, mais toi, domine sur lui ! » Nous devons résister et dire : « Non, je ne vais pas aller là ! » Au lieu de cela, nous devons prendre courage pour faire face à la vraie souffrance. Parfois, au moment où nous ressentons la jalousie, nous ne sommes pas encore conscients de la souffrance qui en est la source. Cela peut commencer par une irritation envers notre prochain, sans que nous en réalisions la raison. Nous pouvons alors prier ainsi : « Seigneur, je suis jaloux. Montre-moi ce qui provoque cette jalousie. » Une fois que nous avons saisi l'enjeu, nous pouvons alors faire face à la souffrance. Nous avons le privilège de pouvoir le faire en nous tournant vers notre Père céleste qui connaît tout et qui a la réponse à nos souffrances. Et c'est là que nous avons la possibilité d'avancer. Au lieu d'entrer dans le chemin sans issue qui va ronger nos os, nous pouvons trouver la consolation, la paix et la réconciliation.

Un autre défi est de prier pour la personne qui a suscité notre jalousie. Nous pouvons prier ainsi : « Merci Seigneur d'avoir donné cette chose ou cette qualité à mon frère ou à ma sœur". Mais ne l'envions pas forcément : et si ce que nous jalousons provenait en fait plus ou moins indirectement de l'injustice du monde ? Voudrais-je participer à cette injustice ?... De toute façon, je n'ai pas à exiger que Dieu me donne la même chose que l'on voisin selon le principe moderne d'une égalité abstraite et mécanique. Dieu est souverain dans ses dons. La Bible dit que « l'amour n'est point envieux ». (1 Corinthiens 13.4)

Et puis, n'oublions pas un aspect essentiel de l'attitude de foi : la reconnaissance, la gratitude envers le Seigneur pour tout ce que nous avons déjà reçu de Lui. C'est un des meilleurs antidotes à la jalousie ! Vivons dans une mentalité de reconnaissance contante envers Dieu, depuis le simple fait d'être encore vivant au réveil et de nous souvenir qui nous sommes jusqu'aux dons spéciaux, peut-être uniques, que j'ai et que celui que j'envie n'a probablement pas. Le roi David manifestait cette attitude : "c'est Toi qui a formé mes reins, qui m'as tenu caché dans le sein de ma mère. Je te célèbre car je suis une créature merveilleuse, tes œuvres sont des merveilles et mon âme le reconnaît bien !... Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient.. Je m'éveille et je suis encore avec Toi" (Ps.139.13-18).
Ainsi, nous allons surmonter la jalousie en louant le Père et en aimant la personne, le frère. Entraînons-nous à cela en priant pour lui et en le bénissant. De cette manière, alors que nous faisons face à notre "souffrance", nous allons parvenir à résoudre la situation, et nous allons retrouver la paix. Et c'est ainsi que nous aurons échappé au « monstre aux yeux verts » !

Nos relations avec les autres, un nouveau style !

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Le modèle de Jésus envers nous
Jésus est l'exacte empreinte de Dieu dans un homme. Tel a été Jésus avec les gens qu'il rencontrait, tel il est maintenant aussi avec nous; le croyez-vous ? En fait, tel est Dieu lui-même dans ses relations envers ceux qu'il choisit pour les faire approcher (Ps. 65.5) ! Rappelez-vous comment Jésus s'est révélé à vous et comment il vous a tourné vers le Père pour vous réconcilier avec Lui et donc avec vous-même, avec votre prochain :
Vous a-t-il approché comme un enquêteur menaçant, en brandissant la Loi ? Ou bien encore avec la désinvolture d'un dieu fantasque et imprévisible ? Il se peut que des hommes aient agi de ces manières avec vous... nos éducateurs peut-être, des maîtres religieux, mais pas Jésus ! Et si l'on vous a fait croire que c'était Dieu qui vous menaçait ou vous tournait le dos, cela ne vous a apporté aucun soulagement, aucune paix, mais plutôt l'oppression morale d'une image mensongère de Dieu, la crispation, le désarroi. Le Seigneur Jésus ne produit pas ce type de relations accusatrices ou trompeuses. Sa manière de nous aborder est sainte et constante, bienveillante dans sa puissance... ou puissante dans sa bienveillance...

Voyez la troisième parabole de Luc 15 aux v.11 et suivants, celle du père avec ses deux fils à problème. Il n'a repoussé ni même menacé aucun de ses fils, contrairement à ce que nous faisons souvent avec les autres, mais il s'est avancé lui-même à la rencontre de l'un puis de l'autre : sa porte généreusement ouverte les libérait pour une vie joyeuse de confiance.

Jésus est "doux et humble de coeur" mais aussi plein d'une réelle autorité. Celle-ci ne ressemble cependant pas à celle des maîtres de ce monde. C'est à genoux, lavant les pieds de ses disciples, qu'il dit :
"vous m'appelez le Maître et le Seigneur et vous dites bien car je le suis" (Jn.13.13). Jésus le Messie, maintenant élevé dans le Père céleste, est parfaitement au courant de tous nos péchés et manquements (ce qui n'est pas une raison pour ne pas les lui confesser). Malgré cela, il ne nous enferme pas dans le rejet. Au contraire, il nous approche avec sa croix sur laquelle il a emporté la malédiction ancestrale de notre passé, et, maintenant ressuscité, il ouvre pour nous un avenir neuf, lavé, entièrement producteur de vie (1Co.15. 45). Voilà le style relationnel de Jésus avec nous. Nous voilà sauvés pour nous élancer dans la même dynamique spirituelle !

L'amour de Jésus est une force !
Les seuls que Jésus ait repris avec grande sévérité étaient ceux qui s'appuyaient sur la Loi de Dieu pour se construire leur propre justice (la plupart des pharisiens, des scribes et des sadducéens, cf. Mt.23). Jésus les a repris sur le terrain où ils s'enfermaient eux-mêmes et voulaient enfermer les autres : celui des mérites, des rétributions et donc aussi des condamnations ! En fait, par orgueil spirituel et pour défendre leur position dominante, ils refusaient la grâce que Dieu leur offrait au travers de Jésus. Mais ceux qui se savaient pécheurs, les gens sans prétentions, ceux qui étaient courbés sous des fardeaux, il les a abordé avec un amour sacrificiel total et gratuit, avec la puissance de guérison et de libération qui en découlait ! Or, l'apôtre Jean dit: "tel il est lui (le Christ) tels nous sommes aussi dans ce monde" (1Jn.5.17; 2.6).

Dieu, dans les alliances antérieures - c'est à dire dans l'A.T. - n'est pas diffèrent de Dieu dans le N.T. comme beaucoup le pensent, même s'il a mis son Peuple Israël sous le régime conditionnel de la Loi pendant quelques siècles pour des raisons pédagogiques. Elles nous concernent aussi rétrospectivement. Mais son but dès le départ (on le voit avec Abraham) et jusqu'à l'aboutissement définitif de son Règne, a toujours été de nous situer dans sa faveur, dans un avenir nettoyé de toute condamnation pour nous amener à une transformation radicale ! Pour s'en convaincre, il suffit de lire des paroles comme celles qu'Il a inspirées à Osée au ch.11.1-4 et 8-11 :


« Quand Israël était jeune, je l'aimais, et j'appelai mon fils hors d'Égypte. Mais ils se sont éloignés de ceux qui les appelaient ; ils ont offert de l'encens aux idoles. C'est moi qui enseignais Éphraïm à marcher, le soutenant par ses bras; et ils n'ont pas vu que je les guérissais. Je les ai tirés avec des liens d'humanité, avec des cordages d'amour. Je fus pour eux comme celui qui aurait relâché le mors près de leur bouche et je leur présentai de la nourriture... Que ferais-je de toi Israël... Dois-je te livrer ? Mon coeur s'agite au-dedans de moi, toutes mes compassions sont émues. Je n'agirai pas selon mon ardente colère, je renonce à détruire... Car je suis Dieu et non pas un homme... L'Éternel rugira comme un lion... Ils accourront de la mer... de l'Égypte comme un oiseau et de l'Assyrie... Et je les ferai habiter dans leurs maisons, dit l'Éternel ».

Nos relations dans la famille de Dieu
En conséquence, comment pourrions-nous rester ou retourner dans une mentalité où l'on se juge réciproquement entre frères et sœurs dans l'Eglise ? Comment pourrions-nous cultiver dans nos familles, entre conjoints, entre parents et enfants et dans l'église locale, une culture du reproche et du jugement à répétition ? Ce n'est pas qu'il faille être aveugle et qu'il n'y ait rien à reprocher ou à reprendre chez nos prochains, mais changeons la manière ! Au lieu d'enfermer et, finalement, de condamner, faisons comme Jésus ! Quelques exemples avec des gens qui lui étaient proches :

- avec Marthe qui en voulait à sa soeur tout en s'agitant pour bien faire (Luc 10. 38-42)
- avec Simon-Pierre qui protesta quand Jésus a voulu lui laver les pieds (Jn.13. 6-10)
- avec ses disciples qui se disputaient les places d'honneur dans le Royaume (Mc.10. 25-45)
- ou qui voulaient anéantir un village samaritain parce qu'il refusait d'accueillir Jésus (Lc. 9.51-56)
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Dans tous les cas cités, Jésus a repris ses disciples sans colère, sans les enfermer dans un jugement définitif, mais en les amenant à reconsidérer eux-mêmes leur attitude à la lumière du don immérité qu'il apportait à l'humanité au prix de sa vie. Il faisait appel à l'Esprit qui avait commencé d'agir en eux, son Esprit, l'Esprit du Père ! Ceci est particulièrement constatable dans la façon pleine de tact dont Jésus ressuscité s'adresse par trois fois à Simon Pierre dans le but de le réhabiliter dans sa destinée ! (Jn 21.14 et suivants.)

Ce n'est pas toujours l'orgueil blessé ou l'égoïsme qui nous amène à des tensions parfois graves dans nos familles et autres relations, mais le stress de l'urgence ou la peur de manquer. Il peut alors être utile de relativiser, de dédramatiser les réactions. Il peut être bon de faire une pause et de ménager dans notre programme des plages horaires pour le repos de shabbat; des plages de calme et de silence pour le recueillement, en particulier le matin tôt; ou des petites pauses en journée. Ces moments permettent de détendre le stress et de vaincre la peur et les soucis par la connaissance raffermie de Celui qui pourvoit à nos besoins. Alors nous pourrons entendre et pratiquer cette exhortation :

"Que l'amour fraternel vous lie d'une mutuelle affection, rivalisez d'estime réciproque" (Ro.12.10).

Nos relations avec l'entourage du monde
Sur ce plan aussi, nous avons besoin de convertir notre mentalité. Nous avons une forte tendance, comme chrétiens, à nous étonner des grossièretés, incivilités, magouilles, violences de notre entourage. Jésus, lui, ne s'en étonnait pas, il connaissait la nature humaine, c'est pour des pécheurs qu'il était venu ! Nous, nous oublions qui nous étions avant notre conversion (et même encore après), nous oublions que nos prochains ne sont généralement pas façonnés par Dieu mais par des habitudes accumulées depuis longtemps dans leur milieu ! Nous voudrions qu'ils soient ou deviennent rapidement comme nous, "d'honnêtes saints". Le sommes-nous ? Peut- être prions-nous secrètement: "Seigneur rends le comme moi"... Et le Seigneur nous répond: "tu crois vraiment que le modèle que je vise pour lui c'est qu'il soit ton copié - collé ?... Et si c'était plutôt Jésus ?... Et si je voulais tenir compte des prédispositions de tempérament et des capacités que j'ai placées en lui ou en elle, qui sont différentes des tiennes ?

Jésus rayonnait de grâce et il est toujours, en nous, celui qui rayonne de grâce ! Son Esprit n'a pas changé. Au lieu d'étiqueter les gens par catégories pour mieux les juger (petit bourgeois, raciste, anarchiste provocateur, musulman suspect, homosexuel, riche, etc.) ce qui n'est d'aucune utilité, nous allons apprendre à les voir comme Jésus, comme "les brebis perdues que le Berger recherche" (Mt.9.36) et qui vont peut-être se laisser trouver !

Au lieu de les considérer à partir de leur passé chargé pour mieux désespérer, l'Esprit de Jésus nous conduira à faire comme Jésus et comme ses envoyés. Par exemple
face à un aveugle de naissance qui mendie dans une rue de Jérusalem (Jn.9.1-3), les disciples se demandent quelle faute a bien pu attirer sur cet homme une si grave infirmité congénitale; Jésus, lui, ne se braque pas sur le péché de la famille ou sur le passé de cet homme, mais il voit l'avenir ! L'avenir de Dieu : "il est né aveugle afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui" ! L'avenir de cet infirme, l'œuvre que Dieu va opérer, c'est la guérison, physique et spirituelle !... Jésus sait que la puissance du Père en faveur de cet homme est emmagasinée en Dieu, disponible pour que le Fils s'en serve ! Et il le guérit en faisant appel au peu de foi que ce malheureux pouvait avoir.

Un autre jour, Jésus voit
Nathanaël, l'ami de Philippe, sous un figuier lisant les Écritures (Jn.1. 43-48). Nathanaël, entend le témoignage de Philippe mentionnant que Jésus vient de Nazareth ; du coup, il pose à son ami une question qui trahit un certain scepticisme : "peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ?" (Il n'est en effet pas question de Nazareth dans l'AT.) Nous, nous aurions dit : je ne vais pas m'attarder avec un gars qui a des préjugés pareils ! Eh bien pas Jésus ! Il voit plus loin, il voit par l'Esprit, il voit un homme droit de coeur, un futur disciple, et il dit : "voici un véritable Israelite, en qui il n'y a rien de tordu" ! Et la suite le confirme. Par contre, quand Jésus discernait chez des gens l'hypocrisie et la mauvaise foi, soit il dénonçait ces attitudes par des avertissements solennels dans l'espoir de produire une prise de conscience, soit il se détournait en gardant le silence, comme lors de son procès !

En
Zachée caché dans le feuillage d'un arbre (Luc 19.1-10), Jésus voit, non pas le trafiquant corrompu du service des taxes et des péages, mais il voit un fils´ d'Abraham qui est sur le chemin du salut et du changement ! Il le voit en fonction du sacrifice qu'il va accepter pour lui et pour nous, pour qu'il ne soit pas irrémédiablement perdu mais sauvé pour toujours. Si nous sommes devenus des Chrétiens, par grâce, c'est pour que nous voyions les gens que nous rencontrons sous cet éclairage de la libération, donc avec espérance ! Et pour que nous les accompagnions dans la vie avec Dieu pour toujours !

Nous côtoyons souvent des gens qui nous agacent mais, en compagnie de notre Seigneur, nous pouvons convertir notre regard et laisser l'Esprit nous faire discerner chez certains d'entre eux de futurs frères et sœurs en J-C… ou alors éventuellement quelqu'un avec qui il ne faut pas prolonger la relation. Il ne s'agit pas, en effet, d'être naïf et de nous laisser manipuler et dominer par des trompeurs et des arrogants sans scrupules (ne jetons pas nos perles aux cochons, suivant l'injonction de notre Maître !)

Cependant, la force d'une relation vécue avec et par notre Seigneur, dans cette attitude nouvelle de grâce et de bénédiction est énorme ! Elle peut même s'appliquer à nos ennemis ce qui aura pour effet de les bouleverser ! Alors la crainte s'en va, la peur disparait et cette parole de l'apôtre Jean se confirme: "l'amour parfait chasse la crainte" (1Jn.4.18). Mais dans ce cas, notre confiance dans le Père doit monter d'un ou deux crans... Ce qui est tout à fait possible quand nous nous rapprochons de son Fils. Il suffit d'aimer de l'amour du Christ pour faire cette expérience !


Une remarque pour terminer
En lisant ce qui précède, certains pourraient se demander si cette manière de vivre avec notre prochain est la seule manière de vaincre le mal qui est dans le monde. Peut-on croire que ce type de relations va gagner tous les hommes à Dieu et que l'emploi d'une force contraignante n'a plus lieu d'être ? Bonne question ! Disons que cette attitude exposée dans l'article - et qui est conforme au commandement de Jésus - est notre part particulière, à nous qui sommes ses disciples (Mc.12. 28-34). Pratiquer comme Jésus, par la puissance du Saint-Esprit, permettrait certainement de gagner beaucoup plus de personnes pour le Royaume de Dieu. Ou du moins, cette pratique rendrait les enjeux de la guerre spirituelle contre le mal beaucoup plus clairs puisqu'elle enlève toute légitimité, toute justification à ceux qui s'endurcissent dans la méchanceté et la violence.

Mais le Seigneur ne va pas laisser éternellement dominer l'oppression de cette violence et du Méchant (Satan) sur les "justes". L'Écriture annonce clairement que la porte ouverte de la grâce va se fermer, à un moment décrété par Dieu, le temps de laisser place à son Jugement qu'on appelle le Jugement Dernier. Non pas que la grâce disparaîtra puisqu'elle sera la substance des relations dans le monde nouveau des ressuscités (Ps.89.3; 1Co 15.49-50, 55-56) ! Mais il faut que la puissance satanique foncièrement perverse connaisse son élimination et, avec elle, tous ceux et celles qui auront volontairement choisi ce camp de la mort en dépit des lumières reçues. Ps.125. 3: "car le sceptre de la méchanceté ne restera pas sur le lot des justes afin que les justes ne tendent pas les mains vers l'iniquité".

Le Seigneur a d'ailleurs pourvu à une certaine limitation du mal par l'autorité de l'État, comme le montre le début de Romains 13. Celle-ci, en détenant "l'épée", détient le pouvoir de contraindre les transgresseurs, de punir les malfaiteurs et de protéger les gens de bien. Il s'agit d'un principe divin provisoire, une digue protectrice dans ce monde de péché. Notez que ce principe ne dégage pas les autorités politiques de leur responsabilité, celle d'user de leur pouvoir avec sagesse et avec le plus de justice possible. Mais cette part-là, celle du jugement, ce n'est pas la nôtre, c'est la leur et, plus fondamentalement la part de L'Éternel, le Souverain Maître de l'univers avec ses anges (Ro.12.19-21; Mt.13. 24-30, 36-43).

Notre part, qui est la voie royale de notre Seigneur, est bel et bien de vaincre l'esprit du mal par l'Esprit de Jésus et du Père agissant conjointement dans l'Évangile proclamé. C'est pourquoi nous devons aussi avertir nos contemporains que le Jugement vient. Des jugements avant-derniers peuvent déjà survenir en notre temps. L'appel à se tourner vers Jésus-Christ pour leur salut est plus que jamais d'actualité, car lui seul nous permettra d'échapper à la juste colère de Dieu contre la rébellion et la destruction ! Mais qu'un tel avertissement retentisse dans le climat thérapeutique de relations où l'esprit condamnateur des personnes laisse la place à l'amour et à l'espérance !



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NOTES

1 : A cette occasion Jésus dit à Jean et à Jacques "vous ne savez de quel esprit vous êtes animés"! En appelant avec colère un jugement sur ce village, ils agissaient contre le Saint-Esprit qui cherchait à apporter la grâce parmi les hommes. Notons que plus tard, Jean sera conduit vers les samaritains afin de prier pour qu'ils reçoivent le Saint-Esprit (Actes 8.14-17).