Le Lien

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Pardonne-nous comme nous pardonnons…

Le pardon est un acte essentiel. Il est le seul moyen pour continuer de vivre et d’avancer ensemble dans l’amour, malgré notre condition de pécheurs qui fait de nous tantôt des offensés et tantôt des offenseurs. 

En tant que chrétiens, lorsque nous entendons le mot « pardon », nous pensons tout naturellement à la prière que Jésus a transmise à ses disciples : le « Notre Père ». Nous nous souvenons alors de ce lien « conditionnel » qui y est évoqué entre le pardon de Dieu et celui des hommes. 

Les évangiles de Matthieu (6.7-13) et de Luc (11.1-4) donnent deux versions légèrement différentes de cette prière. Dans Matthieu, le texte insiste fortement sur ce lien en le reformulant aux versets 14 et 15 : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses ». 

Alors qu’en français le mot « offenses » est choisi les deux fois, en grec deux mots distincts sont utilisés : d’abord opheilema ( verset 12), q ui c ontient l a notion de dette (pas forcément pécuniaire) et puis paraptoma ( verset 15), qui implique l’idée de faute, de déviation de la vérité ou encore de chute. Cela nous dit quelque chose de la diversité de nature possible des offenses. Or, prendre conscience de la diversité des offenses dont nous pouvons être les auteurs nous aide à réaliser le besoin de demander pardon à Dieu et aux personnes qui les subissent. Pour cela, inspirons-nous de l’humilité de David qui, au verset 13 du psaume 19, avoue notre incapacité humaine de connaître toutes les fautes que nous commettons à l’égard de Dieu et qui Lui demande alors de nous pardonner celles que nous ignorons. 

Revenant au « Notre Père », considérons alors le point de pivot de cette mise en parallèle du pardon divin et du pardon humain, nous voyons que là encore la tournure n’est pas la même chez Matthieu et chez Luc. Matthieu utilise le mot « comme » qui signifie « de la même manière » ou « autant ». Le pardon accordé par Dieu est à la mesure du pardon que nous accordons à nos offenseurs. Luc, lui, utilise le mot « car » qui induit que le fait de pardonner à nos semblables nous donne la légitimité de demander à Dieu de nous pardonner. Ces deux tournures me semblent se rejoindre en se complétant dans la parabole du serviteur qui refuse de pardonner (cf. Matt. 18, 23-35). Il y a là à la fois une relation de cause à effet et une idée de similitude de principe qui apparentent pardon humain et pardon divin. 

Plus profondément, ces liens de dépendance entre le pardon de Dieu et celui des hommes me semble faire écho aux deux commandements les plus importants selon Jésus (cf. Matt. 22.37-40), et qui mettent en parallèle l’amour pour Dieu et celui pour nos prochains et pour nous-mêmes. Le coeur de cette affaire de pardon est ainsi intimement lié à la question de l’amour. ■