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Mort et résurrection

Les auteurs ont exercé un ministère pastoral durant une soixantaine d’années. Leur service les a conduits à devoir accompagner de nombreuses personnes et familles touchées par le deuil. 

Dans cet article, ils nous partagent leurs expériences afin de nous aider à accompagner les personnes qui ont perdu un ou plusieurs êtres chers. 

Assister les mourants 

Aller vers des personnes en fin de vie n’est pas facile. Toutefois, et pour ceux qui sont en Christ, la vie après la mort sera plus belle que celle-ci et il n’y aura plus de larme ni de souffrance. La Bible nous dit aussi que l’on pourra retrouver d’autres personnes et vivre des temps de fête magnifiques1. Toutes ces promesses, nous permettent d’encourager les personnes qui souffrent et de leur annoncer qu’il y a une issue heureuse. 

Cela peut aussi influencer notre prière, car en tant que chrétiens ou pasteurs, nous prions volontiers pour la guérison. C’est une bonne chose, mais toute chair va aussi finir par mourir et ce qui est poussières y retournera. Cette loi universelle peut donc nous conduire à demander aux personnes âgées ou très malades si elles désirent vivre ou mourir. Pour ceux qui désirent s’en aller (et si cela nous semble juste), nous pouvons demander que le Christ vienne les chercher. À plusieurs occasions, nous avons prié dans ce sens et des personnes ont pu partir en paix. 

u sein de la tourmente 

En tant que pasteur, j’ai dû accompagner un gendarme qui allait annoncer à une femme que son mari avait péri dans un accident de circulation. La femme bouleversée ne voulait pas voir le corps, mais nous l’avons encouragée et cela a été important pour son cheminement de deuil. Ainsi, lorsqu’un drame se produit, nous devons d’abord trouver les paroles, qui marqueront notre sympathie et l’attitude qui, dans la mesure du possible, les aidera à affronter la mort. Cela demande beaucoup de tact et exige de ne pas faire d’erreurs. En effet, parfois certains accompagnants en profitent pour parler de leurs propres souffrances, « moi aussi j’ai vécu... ». Ces propos égocentriques ne consolent pas. 

L’amour supporte tout et cette prise en charge est déterminante quand la mort frappe de façon brutale et injuste. Ainsi, et comme pour Job ou avec David dans le psaume 13, cela peut conduire des chrétiens à exprimer leurs incompréhensions ou de la colère envers Dieu. Le Dieu qui nous aime le supporte et il est donc bien de laisser ces interrogations ou ressentiments s’exprimer. 

Dans ce processus d’accompagnement, il est bien de se mettre à la place de l’autre en songeant à la douleur que l’on vivrait si l’on perdait un être cher. Le fait d’avoir vécu la perte d’un enfant ou la mort violente d’un proche (maladie, accident, suicide, meurtre...) peut nous aider à comprendre les endeuillés. Car ne l’oublions pas, notre mission principale est d’être porteurs d’amour et donc de pleurer avec ceux qui souffrent, d’être à leur côté dans leur chemin de souffrance2. Pour cela, il faut apprendre à rejoindre les gens et à ressentir ce qu’ils vivent. 

Apporter le réconfort 

En Europe, la mort est devenue un tabou, et beaucoup choisissent de vivre une cérémonie dans la stricte intimité alors qu’en Afrique les cérémonies peuvent être très longues et réunir un très grand nombre de personnes. 

Pour bien vivre ces temps de deuil, il faut à la fois respecter l’intimité des familles et permettre à l’entourage d’exprimer son soutien. Pour cela, la présence attentionnée des amis et des membres de l’Église joue un rôle très important et c’est donc bien de faire de la place pour cela dans notre emploi du temps. 

Par ailleurs, c’est souvent après quelques jours que la tristesse est la plus intense. Ainsi, comme pour Jacob, qui porta longtemps le deuil de son fils qu’il croyait mort3, il y a un temps réservé au silence et un temps pour pleurer avec des personnes proches (enfants, amis). Durant plusieurs mois, les bons et les mauvais souvenirs vont passer en boucle. Dans ce cheminement, les moments les plus douloureux sont les anniversaires du défunt et des fêtes comme celle de Noël. Dans ces moments, l’absence du conjoint, du papa, de la maman, ou d’un enfant est particulièrement douloureuse. 

Durant la première année, l’Église devrait se soucier d’entourer les endeuillés durant ces dates marquantes, par exemple en téléphonant ou en envoyant une lettre ou un bouquet de fleurs pour dire que l’on pense à eux. S’ils se retrouvent seuls, on peut aussi les inviter à venir chez nous. Prendre soin de ceux qui souffrent est un aspect important du ministère pastoral et lors des visites il ne faut pas craindre de parler du mort et d’évoquer les bons moments vécus avec lui. Même si cela peut causer de la tristesse et des pleurs, c’est important de laisser sortir les émotions. 

Faire triompher la vie 

Une fois, nous avons dû nous occuper d’une femme qui avait perdu son fils unique. Ce jeune homme était très doué en musique et sa maman avait gardé ses instruments et fait de sa chambre un sanctuaire. 

Une autre gardait dans sa Bible la photo de son fils dans son cercueil. Toutes les deux étaient emprisonnées par les événements tragiques du passé. 

Dans certaines cultures, cette emprise morbide peut conduire les familles à dépenser des sommes considérables pour construire de somptueux tombeaux alors que leurs enfants n’ont presque rien. 

L’espérance qui est en Christ vise à guérir les coeurs et à nous permettre de reprendre goût à la vie. Cela est particulièrement important lorsque des parents perdent un enfant, car ils doivent pouvoir s’impliquer pleinement avec ceux qui sont vivants. 

Pour cela, et malgré la situation ou l’image dramatique que l’on garde, nous sommes invités à regarder au Dieu pour lequel tous sont vivants4. 

La cérémonie d’Adieu 

L’Église est appelée à exprimer l’Amour de Dieu au monde. Ainsi et par l’Esprit « consolateur », elle apporte Sa lumière au sein de la tristesse et de la mort. Pour l’accompagnement et pour le service funèbre, le pasteur et les autres ministères jouent un rôle important. 

Lors d’un décès, il est important d’être disponibles et de tout faire pour les aider. 

Une fois, j’ai dû faire un service funèbre où il n’y avait qu’un homme et son chien ! Malgré cela, je l’ai fait comme si la salle était pleine et l’homme a été très touché. 

À une autre occasion, j’ai dû officier pour un inconnu qui avait été assassiné. J’ai demandé des précisions à la police ; c’était un jeune couple qui l’avait retrouvé dans une forêt. 

Ces personnes étaient très contentes que je les contacte et grâce à la cérémonie, elles ont pu être apaisées. 

Le chemin de la vie 

Dieu a créé l’homme à son image. Par sa souveraineté, il était là à la naissance et est aussi présent lors de la mort. La cérémonie d’adieu est donc une occasion de rappeler le chemin qui a été parcouru par une courte biographie. Pour cela, il est bien de demander aux proches ce qu’ils désirent que l’on mentionne publiquement. 

Cela doit se faire avec vérité et sans chercher à embellir les choses. Lorsque le défunt n’était pas bon ou que sa famille est divisée, cela peut faire sortir de la colère et des ressentiments. Si cela est possible, c’est une occasion de les apporter à Christ dans la prière. 

Lors de la cérémonie, il s’agira de rappeler le parcours de la personne, sans artificiellement exalter sa bonté ou se placer en juge. Lorsque le défunt a marqué positivement son entourage, il est appréciable que des membres de la famille ou des amis rappellent brièvement les moments de qualité qui les ont marqués. 

Après ce rappel du « chemin d’une vie » et face au scandale de la mort, il est primordial de faire entendre le message de l’Évangile. 

La Vie est en Christ 

Amener les auditeurs à prendre conscience de la Vie apportée par le Christ est un aspect central.
Pour cela, des chants comme « À toi la gloire... » sont aussi des moyens de proclamer la portée de l’oeuvre du Christ et l’espérance de la résurrection. 

Pour conclure 

Comme le proclame la résurrection du Christ, la mort n’est pas une disparition dans le néant, mais un passage.
Ainsi, et grâce au « tunnel » creusé à travers le tombeau Dieu nous permet d’entrer dans une vie nouvelle. 

À l’exemple du Christ partageant des repas avec ses disciples, nous recevrons un nouveau corps et nous pourrons nous reconnaître et vivre ensemble. 

Par l'oeuvre accomplie par le Christ, le chrétien qui meurt passe d’une communauté (fragile et imparfaite) à celle immense et éternelle du Royaume de Dieu. 

Vivre un jour cet accueil céleste... quelle espérance !  

Quelques questions 

A méditer seul ou en groupe 

1. Quelle est ma manière de considérer la mort ? Est-ce que j’y pense souvent ? 

2. De quelle manière le départ d’un être cher influence-t-il ma relation avec Dieu ? Ai-je de la colère ou suis-je en paix ? 

3. Comment pourrions-nous mieux accompagner ceux qui ont perdu un être cher, notamment lorsqu’il s’agit d’enfants ou de jeunes conjoints ? 

Notes:

1 Jean 14.1-4, 17.24, Matthieu 26.29, 2 Corinthiens 5.1, Apocalypse 19.6-9, 21.1-4, 22.1-5 

2 Voir Romains 12.15 

3 Genèse 37.33-36 

4 Luc 20.38 (voir dans la liste des versets ci-après).