Le Lien

201

La prière pour Israël

Priez les uns pour les autres…
Nous avons appris ces dernières années à prier non seulement pour des personnes mais pour des pays, pour des nations entières.

Parmi tous les peuples de la terre, Israël occupe une place à part. "Dieu a fait d’eux ses fils et leur a accordé sa présence glorieuse; il a conclu ses alliances avec eux, et leur a donné la loi, le culte, les promesses. Ils sont les descendants des patriarches, et le Christ en tant qu’être humain, est de leur race, lui qui est au-dessus de tout, Dieu loué pour toujours." (Rom. 94-5)

Prier pour Israël, pour le peuple juif prend ainsi pour les chrétiens un caractère particulier. Je dirai dans cet article comment j’envisage cette prière.


1. Reconnaissante
Chrétiens, nous avons beaucoup reçu des Juifs. Tous les disciples de notre Seigneur étaient juifs. Toute la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, nous est venue d’eux. Dans son effort constant pour transmettre l’héritage du Christ aux nations païennes, l’apôtre Paul écrit "Je tiens à ce que vous sachiez combien est dure la lutte que je livre pour vous." (Col. 21) Lui qui est juif donne son être entier pour sa mission envers les non-juifs.

2. Notre prière s’ouvrant à la prière juive
La prière d’Israël est intense. Soir et matin de chaque jour, les Juifs s’adressent à Dieu dans les synagogues, prient des psaumes, des hymnes. Chaque sabbat, chaque fête sont habités de prière. La prière juive est héritière d’Abraham, de Moïse, de Samuel, de David, de Daniel. Elle est pénétrée de la lecture des cinq livres de Moïse. Les psaumes la parcourent. Elle loue et sanctifie le nom de Dieu. C’est dans cette prière qu’a baigné notre Seigneur Jésus.

Nous apprenons peu à peu dans les communautés chrétiennes à connaître la piété juive. Des chrétiens se familiarisent avec cette prière, qui est dite en hébreu, mais dont les traductions se répandent.


3. Je vois notre prière appelée à l’humilité et à la repentance.
Nous ne sommes pas les premiers devant Dieu. Eux ont été choisis les premiers. Comme l’écrit l’apôtre Paul "Ce n’est pas toi qui porte la racine, c’est la racine qui te porte." (Rom. 1118)

Pendant longtemps dans les Églises, nous nous sommes crus les seuls adorateurs du vrai Dieu et nous avons pensé que nous supplantions Israël. Nous nous sommes enorgueillis à cet égard sans mesurer les conséquences terribles que pouvait entraîner cette attitude. Nous devenons maintenant plus conscients, plus humbles. Le peuple juif est premier dans le plan de Dieu; nous ne le savions pas ou plus, nous ne voulions parfois pas le savoir. Comment ne pas demander pardon à Dieu et aux juifs de cette attitude, pour nous en détourner et pour demander instamment que personnellement et en Église, nous soyons éclairés.

Que nous soit donné aussi un esprit ferme. Dans les milieux chrétiens, nous aimons souvent Israël d’un amour sentimental, exposé à toutes les variations du sentiment. Les occasions de chaud ou de froid ne manquent pas: nouvelles des journaux, orientations de l’État d’Israël. Pour que cet amour devienne ferme, le fondement de Christ est nécessaire. Cet amour peut alors croître, s’approfondir. Il n’est pas béat. Mais il assure une prière qui ne se dément pas.


4. Je vois notre prière axée sur le Retour de Jésus
Nous le croyons, l’accomplissement du plan de Dieu ne se fera pas sans le peuple juif. Nous avons notre part dans la protection du peuple d’Israël. Que Dieu prenne soin de lui sur la terre d’Israël et dans la dispersion:"Priez pour la paix à Jérusalem. Que la paix règne dans tes murs et la sécurité dans tes palais." (Ps. 1226-7) N’est-ce pas là l’occasion d’intercéder pour les Juifs que nous connaissons, pour leur famille, pour les assemblées des synagogues de notre région et de notre pays, le gouvernement d’Israël, toute la vie concrète du peuple juif?

Pour conclure, nous demandons que Dieu conduise Israël et l’Église à leur accomplissement. Le peuple juif connaît la prière de repentance, la "teshouvah", et prie pour la venue d’un Libérateur. Nous croyons que son nom est Jésus. Mais c’est Dieu qui le révélera à son peuple"Le Libérateur viendra de Sion." (Rom. 1126) Comment et quand se réalisera cette révélation, nous ne le savons pas.

Il n’est pas possible que le peuple juif soit peu à peu partagé en Protestants, Catholiques, Anglicans, Orthodoxes, et cesse, lui, d’exister. Dieu l’appellera comme le peuple biblique qu’il est et lui gardera son identité. Ce sera pour les Juifs une "plénitude" (Rom. 1112).

Que se passera-t-il alors? Qui peut le savoir? Peut-on dire que l’Église viendra s’arrimer au peuple juif qui aura reconnu son Messie? Et que là s’accomplira l’unité du Corps de Christ, là sera donnée "la mesure de la stature parfaite de Christ" (Eph. 413)? Ce sera, dit l’apôtre, "une vie d’entre les morts" (Rom. 11:15).

Quand nous prions pour le peuple juif, nous prions pour une cause qui nous dépasse. C’est une œuvre
grande, qui est vraiment de Dieu. C’est une prière désintéressée, qui ne nous met pas en avant, nous les chrétiens. C’est, si je puis dire, une prière pour Dieu avant d’être pour eux ou pour nous.

Dans l’attente de l’achèvement, Dieu reste souverain. Si nous pensons que Dieu conduira Israël à son accomplissement comme un ensemble, en tant que peuple, il manifeste sa liberté en appelant dès maintenant des Juifs à connaître Jésus-Christ comme Seigneur, dans des communautés juives messianiques ou dans d’autres parties du Corps.

Enfin, parallèlement à cette prière pour le peuple d’Israël, ne faut-il pas demander avec la même intensité que l’Église s’achemine vers
sa "plénitude" (Rom. 1125)qu’elle poursuive sa mission d’annoncer le salut, qu’elle se purifie de tout vieil antisémitisme, qu’elle ne se lasse pas de rechercher son unité et qu’elle soit ravivée dans son attente de l’Avènement du Seigneur?

Alors prions pour les deux "plénitudes", celle du peuple juif et celle de l’Église. Là se trouve l’accomplissement des uns et des autres. N’est-ce pas toute notre espérance?

P.S. Cet article doit beaucoup à l’Union de Prière de Charmes (Ardèche, France) qui, depuis sa création en 1946, invite ses membres à la prière pour l’"illumination du peuple juif". André Rochat en fait partie.