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La portée de la prière

La prière est universelle et chaque jour, des milliards d'hommes et de femmes adressent des requêtes à l'intention de leur dieu(x). Cette expression religieuse est une évidente démonstration que l'homme n'est pas seulement biologique, il a une dimension spirituelle qui l'invite à établir un lien avec l'invisible. La prière vient donc des profondeurs de l'homme que Dieu a créé pour abriter son souffle. Cette soif spirituelle est si intense, que même les athées les plus convaincus se surprennent à prier dans des situations de détresse.
Mais si la prière vient d'une impulsion du coeur, on peut observer qu'elle est à l'image de celui que nous invoquons. Ceux qui imaginent un dieu cruel cherchent à apaiser ses colères, ceux qui le considèrent comme lointain et insensible essayent de l'intéresser à leur sort. Peurs, marchandages, répétitions, sacrifices, incantations, voire sanglantes pénitences, sont à l'image des dieux que les hommes imaginent.
Cette règle s'applique aussi dans les églises, et notre manière de prier reflète notre connaissance de Dieu. Qui est-il pour nous, comment comprenons-nous son action dans notre vie et dans le monde ?
Dans les évangiles, Jésus souligne ce danger de nous égarer dans notre manière de prier à l'exemple des païens qui ne savent pas à qui ils s'adressent.

« En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. » Matthieu 6.7
La question de la prière nous entraîne donc au coeur de la personne de Dieu, et mieux nous le connaîtrons, plus notre prière sera juste et efficace. Alors, comment la révélation biblique peut-elle nous conduire à prier de manière juste ? Quels sont les éléments clés qui peuvent illuminer notre relation avec Dieu ?


Une stratégie d'aveuglement
Avant tout, il est bien de réaliser que les conceptions païennes sont le fruit d'une stratégie délibérée de mensonge. Cette adversité contre Dieu commence dans la Genèse, lorsque le diable suggère aux hommes que Dieu cherche à les priver d'un statut divin.
« Le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point, mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. » Genèse 3.4-5
Selon ces allusions, Dieu n'est pas bien intentionné, il n'est pas amour... L'homme va malheureusement accepter cette image trompeuse et s'écarter de son Créateur. Depuis cet épisode, ce processus diabolique s'emploie à pervertir l'image de Dieu afin de garder les hommes sous sa domination. Dans l'Ancien Testament, ces séductions conduiront fréquemment les Hébreux à se détourner de leur Libérateur pour servir des idoles cruelles et sanguinaires *1.

Aujourd'hui encore, c'est avec la même virulence que l'oeuvre d'amour du Christ est attaquée ou niée en vue de cacher la vraie nature de Dieu. Ces mensonges n'épargnent malheureusement pas les églises et de nombreux chrétiens ne réalisent pas que leur vision de Dieu est pervertie par ces mensonges.

Par exemple, la croyance que Dieu habite des lieux sacrés conduit beaucoup de communautés à consacrer la plus grande part de leurs ressources à élever des « églises de pierres » ou les fidèles seront invités à rendre un culte *2. Pourtant, aucun édifice ne saurait contenir le Créateur, car la Terre, l'univers et ses myriades de galaxies ne sont que des vapeurs transparentes. L'acier le plus solide, l'édifice le plus colossal, l'or le plus précieux et toutes les choses matérielles sont des grains de poussière vides et éphémères que l'Esprit-Saint peut traverser ou dissoudre. À la liberté divine de jouer avec les lois de la physique ou de la biologie, s'ajoute la domination sur le temps. Un jour ou mille ans ne pèsent rien pour l'Éternel.
Ces vérités nous permettent de mesurer un hallucinant privilège : ce Dieu si grand écoute nos prières et prête attention jusqu'à nos soupirs !

« Seigneur ! tous mes désirs sont devant toi et mes soupirs ne te sont point cachés. » Psaumes 38:9

Qui est responsable ?
Mais alors si Dieu a toute cette puissance, pourquoi les guerres et les souffrances ? Ne devrait-il pas agir dans le monde ?
Ces questions sont pour le diable l'occasion de distiller d'autres mensonges. Dieu n'existe pas, chuchote-t-il aux hommes chargés de répandre cette idée dans les médias. Aux croyants, il murmure qu'il faut l'implorer longtemps, faire des sacrifices, offrir des richesses, pour qu'il consente peut-être à agir.
Un subtil mensonge : si le monde est dans la souffrance, c'est que Dieu n'existe pas !
Avec ces tromperies, l'homme est progressivement enlacé par le sentiment que c'est à Dieu que revient la responsabilité du mal ou qu'il n'est pas si bon et que c'est à l'homme de le convaincre de venir le combattre par des actions surnaturelles.
Lors d'un voyage en Afrique, j'ai pu observer que cette vision avait conduit des églises à prier plusieurs années pour chasser « l'esprit de pauvreté » qui gangrenait leurs régions. Malgré les cris, les jeûnes... la pauvreté avait pourtant progressé... Dieu ne souhaitait-il pas restaurer ce pays ? Manquaient-ils de foi ?
Si cette manière de prier n'a pas entraîné de changement, c'est qu'il lui manquait une révélation fondamentale de l'Écriture :
Dieu a confié la gouvernance de sa création à l'homme.

« Puis Dieu dit : faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine (...) sur toute la terre... » Genèse 1.26

Cette parole biblique est capitale ; l'homme a reçu les clés du « jardin », il est le maître de la création qui a été placée sous son règne.
Avec ce mandat, l'homme est responsable de cultiver et de développer son environnement. Cette vocation, qui vise à créer une société bâtie sur la paix et l'amour, s'accompagne d'une aptitude à se multiplier pour conquérir et couvrir la terre. Ainsi, et contrairement à une idée reçue, ce n'est pas Dieu qui décide de la venue d'un enfant (et donc de notre vie). Certes, il est le Créateur et il a béni cette capacité de procréer, mais il en a confié le pouvoir à l'homme et à la femme *3.

Avec le « jardin » et toutes les capacités offertes par Dieu, les êtres humains sont élevés à une position royale sur la création. Tel un père qui ne reprend pas les cadeaux qu'il donne à ses enfants, toute l'Écriture témoigne de l'immense respect de Dieu envers l'autorité qu'il a confiée à ses créatures. C'est pourquoi ce n'est que lorsque le mal va au-delà de sa patience qu'il usera d'ingérence en limitant la durée de la vie humaine ou en intervenant avec force dans les affaires du monde *4.


Les prières de Dieu...
La « distance » respectueuse de Dieu ne signifie toutefois pas qu'il se maintient à l'écart du destin de l'humanité. Au contraire, il ne cesse tout au long de l'histoire humaine d'implorer les hommes à choisir la vie et à s'écarter du mal.

« Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » Deutéronome 30.19

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu ! » Luc 13.34
Alors que de nombreuses personnes accusent Dieu avec colère de permettre la souffrance et le mal, bien peu ont conscience des prières que Dieu leur adresse pour les supplier de faire le bien et de recourir à sa grâce *5. Ces appels si intenses le conduiront à venir subir l'injustice dans le royaume des hommes.
Ces « prières de Dieu » ne mettent pas seulement en lumière la responsabilité de l'humanité, mais elles dévoilent aussi les enjeux fondamentaux. Car si Dieu ne cesse de souhaiter un monde d'amour et de paix, notre prière doit évidemment s'intégrer dans ces désirs qui viennent du « ciel ».


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Cette union de coeur s'exprime avec force dans la prière du Notre Père : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel... »
Dans cette invocation se joue un choix essentiel. Est-ce que le royaume des hommes sera gouverné par l'amour de Dieu, ou sera-t-il déchiré par une arrogance humaine et diabolique ?

« Que ta volonté..., que ton règne..., viens Seigneur Jésus... » Toutes ces demandes résument la prière suprême, elle consiste à invoquer Dieu afin de lui permettre d'exercer une juste gouvernance sur notre vie, notre famille, la société et notre environnement.
C'est par cette collaboration dans la foi qu'Abraham, Moïse, David et d'innombrables croyants ont modifié le cours des choses en permettant à Dieu de les utiliser pour intervenir dans le monde. Par leur service, Dieu a pu libérer des captifs, guérir et restaurer des vies, exercer la justice et apporter la paix. C'est encore par Jésus, le « fils de l'homme », que Dieu pourra pleinement manifester sa bonté et sa gouvernance dans la création. Lors de la Pentecôte, ce mandat descendra sur l'Église et les chrétiens pourront faire rayonner cette grâce et la répandre dans les nations.


Ouvrir le monde à Dieu
Comme le montrent ces exemples, les exaucements passent par des serviteurs et des servantes qui sont prêts à devenir les porteurs de la volonté de Dieu. C'est ce désir de collaboration qui conduira les disciples à invoquer l'aide divine lorsqu'ils seront face à de grandes adversités.

« Seigneur, vois leurs menaces, et donne à tes serviteurs d'annoncer ta parole avec une pleine assurance... » Actes 4.29
Remarquons que les disciples ne demandent pas à Dieu de chasser « magiquement » la domination de Satan sur leur pays ; ils savent que c'est par eux que Dieu pourra progressivement faire tomber la puissance de l'ennemi et établir son règne. La conscience de leur responsabilité dans l'oeuvre de Dieu leur permettra de vivre une union exemplaire avec l'Esprit *6.


« Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » Matthieu 18.18
Cette remarquable alliance entre l'Esprit et l'Église souligne le rôle déterminant des hommes dans le fait de permettre ou non à Dieu de répandre sa bonté sur la Terre. Ce choix commence par la prière, car c'est en étant pénétré des justes sentiments de Dieu que nous pouvons ouvrir notre vie à son règne et faire rayonner sa grâce dans le monde.

« La prière du juste (et donc du justifié en Christ) a une grande efficacité. » Jacques 5. 16
Prier n'est donc pas une suite de demandes que l'on répète (parfois en criant). C'est une collaboration active avec le Saint-Esprit.
Dans la Bible et dans la vie chrétienne, nous pouvons observer que les actions de Dieu ne se manifestent pas seulement par des miracles spectaculaires, car en ouvrant notre « espace d'influence » à Dieu, nous lui permettons d'agir dans les fondements de la création. Cette bénédiction se manifeste par d'innombrables actions favorables : ici un détail va tout changer et permettre l'exaucement, là un « hasard » providentiel entraîne des transformations majeures dans l'histoire...
Combien de fois dans ma vie j'ai pu voir cette contribution divine m'éviter des échecs, me faire passer à côté du drame, pallier à mes faiblesses et à mes ignorances, combattre le mal, faire réussir un projet et me permettre de voir descendre la grâce et la bénédiction...
Oui, l'Esprit de Dieu travaille et agit en profondeur pour bénir le monde. Sans la prière qui invoque l'assistance de Dieu, « le jardin » donné aux hommes aurait depuis longtemps basculé dans le chaos et se serait consumé.
Nous le savons, la création a été plongée dans la vanité et ce qui est poussière finira par disparaître. Aucune prière ne saurait remettre en question ce dénouement qui marquera la destruction absolue du mal.
Toutefois, et alors que nous sommes dans ce monde, soyons de ceux qui accueillent et portent les désirs qui habitent le coeur de Dieu. Avec lui, apportons cette bonne nouvelle, libérons les captifs, ouvrons les yeux des hommes afin de leur permettre de trouver la grâce.


Questions à méditer ou à partager en groupes
- Est-ce que votre manière de prier est inspirée par la révélation biblique ou par des habitudes païennes ? Si oui lesquelles et comment les changer ?

- Comment pouvons-nous demander à Dieu d'exercer sa volonté dans la gouvernance qui nous est confiée (vie, famille, travail, église, société) ?

- Face à l'adversité et à la mission d'apporter l'Évangile au monde, comment pouvons-nous, dans l'Église, collaborer avec l'Esprit (voir l'exemple d'Acte 4. 23-31) ?

NOTES
1 : Ces dérives atteindront leur paroxysme lorsque les juifs sacrifieront leurs enfants au Dieu Moloc. Voir Jérémie 32.35.

2 : L'idée de se faire des temples (et un clergé) pour honorer Christ est un héritage de la culture païenne romaine en vigueur au 4e siècle. Dans le judaïsme, les juifs n'allaient pas à l'intérieur du Tabernacle ou du Temple de Jérusalem, car ces édifices étaient réservés aux sacrificateurs. Les évangiles soulignent que ces édifices étaient des symboles précurseurs destinés à révéler l'oeuvre spirituelle du Christ et de son corps (Jean 2.19, 1 Rois 8.27). Dans le Nouveau Testament, c'est le croyant qui est la pierre vivante et le temple du Saint-Esprit. C'est pourquoi Christ est présent là ou deux ou trois sont réunis en sont nom. La vraie église est donc toujours une communauté. Un bâtiment peut être un utile lieu de rassemblement, mais ne doit en aucun cas être sacralisé.

3 : Cette part décisive que jouent les désirs biologiques et humains dans notre naissance est par exemple citée lorsque Jean parle du pouvoir de la Parole de faire de nous des enfants de Dieu : « Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. » Jean 1.12-13, 3
Ces propos trouvent un écho lorsque Jésus indique à Nicodème que ce qui est biologique et issu des désirs de l'homme doit passer par un processus de nouvelle naissance :

« En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Nicodème lui dit : comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ? Jésus répondit : en vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit. » Jean 3.3-6

4 : Les différents jugements que l'on trouve dans l'Ancien Testament et qui touchent les débuts de l'humanité, l'époque de Noé, de Sodome et Gomorrhe, des empires ou d'autres nations... sont toujours produits par une démesure du mal.

5 : Ce n'est évidemment pas par faiblesse, mais à cause de son amour infini que le Dieu attend patiemment que nous lui ouvrions notre coeur, voir Apocalypse 3.20, 2 Pierre 3.9.

6 : Cette intime collaboration avec l'Esprit s'exprime par exemple lorsque les apôtres vont donner des instructions essentielles aux nouvelles églises « il a paru bon au Saint-Esprit et à nous... » Actes 15.28

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Pour aller plus loin...

Quelques pistes... 1. Réfléchissez à la manière dont s'articulent le pouvoir des hommes et celui de Dieu, par exemple entre les pharisiens, Pilate et Jésus « le roi des Juifs » (Jean 18.33-37). Considérez aussi l'autorité royale de Jésus après la résurrection (Matthieu 28.18).

2. Dans la première lettre à Timothée, Paul invite « avant toute chose » à prier pour les hommes et ceux qui exercent une fonction dans la gouvernance du monde (1 Timothée 2.1-4).
Quel sens prend cette invitation à la lumière du mandat de gérant que Dieu a confié aux hommes ?


3. Lorsque Jésus est tenté dans le désert, le diable lui présente les puissances et les royaumes de la terre. Il affirme que toutes ces choses lui appartiennent, car elles lui ont été données (Luc 4.5-8). Qui a donné cette gouvernance au malin et comment est-il possible de les lui reprendre ? Voir aussi comme les hommes donnent leur pouvoir à la Bête dans Apocalypse 17.13.

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