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La bienveillance : l’art de regarder l’autre

« L’homme dont le regard est bienveillant sera béni. » Proverbe 22.9. 

La bienveillance… un mot un peu vieillot ? 

Peut-être. Mais si je vous demande à quoi il vous fait penser, que me répondrez-vous ? A quels souvenirs associez-vous la bienveillance ? 

Pour ma part, ce mot me donne un sentiment de bien-être, de plénitude, le sentiment d’être acceptée ; une bonne odeur de gâteau aux pommes tout juste sorti du four ; un sourire et le temps… 

Bienveillance vient du latin classique « bene volens » : qui veut du bien. En italien on a gardé cette expression pour dire je t’aime : « ti voglio bene ». Ainsi la bienveillance, c’est vouloir du bien, vouloir que l’autre se sente bien, se sente accueilli, reconnu, accepté et aimé. 

« Je t’ai appelé par ton nom, je t’ai parlé avec bienveillance, avant que tu me connaisses... » Esaïe 45.4. 

Dans la Bible, Dieu nous est souvent présenté comme bienveillant ; cette bienveillance se traduit par le fait que sa colère ne dure pas toujours, mais qu’il garde son alliance et sa fidélité éternellement. La bienveillance est souvent traduite par « bonté », mais il y a cette distinction entre ces deux mots : la bonté est un fait, mais la bienveillance est un acte : je veux le bien de quelqu’un, je choisis d’être bienveillant. 

Ainsi, de même que la bienveillance de Dieu est un acte qui va au-delà de sa colère légitime face à nous, notre bienveillance est un acte réfléchi, qui va au-delà des sentiments que l’autre pourrait susciter en nous. 

Mais cela demande du temps. Cela demande que je regarde l’autre comme un être aimable (= digne d’être aimé), digne de respect envers et contre tout. Cela signifie prendre le temps de voir plus loin que l’attitude ou l’apparence : tu es bien plus que ce que tu montres. 

Si la bienveillance de Dieu est liée à sa fidélité et à son alliance, notre bienveillance est liée à notre sourire, à notre capacité à rire, à supporter et à élever l’autre. 

« Je te veux du bien », même si tu n’es pas bienveillant, même si ton visage et toute ton attitude me montrent que tu es fâché contre moi ou que tu me détestes. 

Je te veux du bien, même si je dois te dire non ou m’opposer à toi, car la bienveillance, ce n’est pas la bêtise, c’est un sens aigu de la justice : je ne peux pas accepter cette attitude, cet acte, mais je continue à te respecter. 

Être bienveillant, c’est finalement reconnaître que nous avons, nous aussi désespérément besoin de la bienveillance de Dieu et des autres. 

Ainsi, de même que la bienveillance implique un choix et une volonté : je te veux du bien, de même la bénédiction , qui signifie dire du bien (« bene dicere ») est une expression volontaire de l’amour. 

C’est pourquoi, bienveillance et bénédiction vont de pair. ■