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N° 196 Janvier 1996

Sauvez-vous

Par Charles-Louis Rochat

Mais voyons, on ne peut pas se sauver soi-même; nous avons besoin d’un sauveur. C’est Jésus qui nous sauve!

Très juste, et il est bon de le rappeler à toutes les personnes gémissant sous le poids de leurs efforts:
"Le salaire du péché, c’est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur." (Rom. 6:23).

Mais n’allons pas en déduire un automatisme où Dieu ne nous demanderait rien. Jésus ayant
tout accompli, il reste la part de l’homme. Le salut dépend de notre choix et de notre repentance. Cela ressort nettement de la conclusion du premier discours de l’apôtre Pierre.

Actes 2: "Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. Et, par plusieurs autres paroles, il les conjurait et les exhortait, disant: Sauvez-vous de cette génération perverse."

Nos lecteurs pour la plupart, nous l’imaginons volontiers, ont déjà passé par cette repentance lors de leur conversion. Si tel n’était pas le cas, nous vous exhortons à confesser votre péché, avouant vos fautes, implorant Dieu et recevant son pardon.

1 Jean 1:9: "Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité."
 
Ne pas s’installer.
Nous voudrions par ces lignes vous inviter à entrer dans une vie de vrais disciples. Jésus vous ayant sauvés par le sacrifice de la croix, vous devenez des
sauveteurs.

Quelle est, en effet, la réaction normale que l’on peut attendre d’une personne venant d’échapper à un horrible naufrage? Qu’une fois en sécurité dans le canot de sauvetage, elle aide à tirer de l’eau les autres victimes se débattant encore dans l’océan déchaîné!

Certes, il est normal, arrivant en piteux état dans la chaloupe, de recevoir des soins, d’être restauré, guéri et fortifié. On fait connaissance des autres rescapés, on se congratule, on se réjouit de son salut. Tout cela est spontané et légitime; c’est la joie et la reconnaissance d’avoir été recueilli.

Mais ce n’est pas la finalité; il y a les autres. Curieusement, nombre de personnes, une fois sauvées, semblent s’intéresser plus au bateau qu’aux autres naufragés! Dès lors, bien souvent, la barque du salut devient un yacht de plaisance, où l’on se restaure, on s’organise, et on se compte! Combien est-on?

Généralement, lors des catastrophes, les médias relatent surtout le nombre de victimes, de disparus. On poursuit les recherches avec acharnement, pour en sauver le plus grand nombre! Pourquoi les chrétiens sont-ils si friands de se recenser continuellement?

Ps. 82:4: "Sauvez le misérable et l’indigent, Délivrez-les de la main des méchants."
 
Se sauver et sauver.
Dans le passage des Actes cité au début, on peut donner un double sens à l’expression "sauvez-vous".

– Premièrement, certes, une invitation à s’empresser de saisir le merveilleux salut acquis si chèrement sur la croix, en se séparant volontairement de la perversité dans laquelle on se complaisait.

Héb. 2:3 "Comment échapperons-nous en négligeant un si grand salut, qui, annoncé d’abord par le Seigneur, nous a été confirmé par ceux qui l’ont entendu."

– Mais on peut, légitimement, aussi envisager le "sauvez-vous" non seulement comme une exhortation à se sauver "soi-même", mais également "les uns les autres"! Les deux approches sont résumées dans ce verset:

Jude 1:23: Sauvez-en d’autres en les arrachant du feu; et pour d’autres encore, ayez une pitié mêlée de crainte, haïssant jusqu’à la tunique souillée par la chair.

Bien entendu, "sauvez-en d’autres" n’implique pas une prétention à être nous-mêmes: "Auteur du salut", Jésus étant le seul médiateur entre Dieu et les hommes, 1 Tim. 2:5.
 
Urgence de notre temps
L’apôtre Pierre déjà cité, écrit encore beaucoup plus tard:

2 Pierre 3:10-11: "Le jour du Seigneur viendra comme vient un voleur. En ce jour-là, le ciel disparaîtra dans un fracas terrifiant, les éléments, embrasés par le feu, se désagrégeront et tout ce qui a été fait sur la terre se trouvera jugé. Puisque tout l’univers doit ainsi se désagréger, quelle vie sainte vous devez mener et combien vous devez être attachés à Dieu, en attendant que vienne le jour de Dieu et en hâtant sa venue!"

Il fait référence à la soudaineté du déluge, (versets 5-7) et l’on peut rapprocher ses paroles de celles de Jésus:

Mat. 24:37-39:82: "Lors de la venue du Fils de l’homme, les choses se passeront comme au temps de Noé; en effet, à l’époque qui précéda le déluge, les gens étaient occupés à manger et à boire, à se marier et à marier leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans le bateau. Ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que vienne le déluge qui les emporta tous. Ce sera la même chose lorsque le Fils de l’homme viendra."

De nos jours il semble raisonnable de relativiser ces paroles de l’Évangile.

Depuis si longtemps qu’on en parle! Cela arrivera sûrement une fois, c’est biblique, mais ce n’est pas pour nous.

Plusieurs catastrophes épouvantables sont arrivées ces dernières décennies parce que l’on n’a pas écouté les avertissements des vulcanologues. Ayant décelé de graves signes précurseurs d’éruptions, ils annonçaient les dangers en maintes contrées volcaniques! On ne les a pas crus! ("ailleurs peut-être, mais nous, on ne risque rien").

Des dizaines de milliers ont payé de leur vie leur insouciance.

Nous ne voulons pas sombrer dans un pessimisme de prophètes de malheur! Mais nous avons le devoir, en tant que sentinelles, d’avertir. Chaque observateur attentif discerne les signes avant-coureurs d’un changement. Notre société se lézarde, l’homme contemporain se débat dans un monde bouleversé, semblable à une mer déchaînée où les requins ne manquent pas! Même notre environnement ploie sous le poids de catastrophes écologiques.

Rom. 8:19, 22, 23: "C’est en effet cette révélation des fils de Dieu que la création attend avec un ardent désir. Car la création a été soumise au pouvoir de la fragilité; cela ne s’est pas produit de son gré, mais à cause de celui qui l’a soumise. Il lui a toutefois donné une espérance: c’est que la création elle-même sera délivrée de la puissance de destruction qui l’asservit pour accéder à la liberté que les enfants de Dieu connaîtront dans la gloire.

Nous le savons bien, en effet: jusqu’à présent la création tout entière est unie dans un profond gémissement et dans les douleurs d’un enfantement. Elle n’est pas seule à gémir; car nous aussi, qui avons reçu l’Esprit comme avant-goût de la gloire, nous gémissons du fond du cœur, en attendant d’être pleinement établis dans notre condition de fils adoptifs de Dieu par la pleine libération de notre corps."
 
Pas "sinistres", mais conséquents.
Il est donc impératif pour le peuple de Dieu de proclamer au monde angoissé, bien haut et fermement, le message de Jésus-Christ. Forcerions-nous, par notre négligence, les hommes assoiffés de vérité à se tourner vers les spiritualités du nouvel âge?

Il y a aujourd’hui surabondance de sectes, occultisme, tromperies de tous ordres. Et des mages de tout acabit se bousculent au portillon: ils sont d’autant plus bavards qu’ils n’ont rien à dire. Est-il normal que ceux qui -ont véritablement passé des ténèbres à la vraie lumière soient tellement centrés sur leurs expériences et bénédictions, qu’ils en oublient l’ordre majeur de Jésus?

Mat. 28:19: "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit."
 
Soyons réalistes!
L’image de la mer en furie dans laquelle se débat l’humanité, correspond parfaitement à la réalité. L’idée d’une Église comparable à un paquebot stable et accueillant, est certes attrayante, mais complètement dépourvue de réalisme. Imaginez le pauvre naufragé, dans la nuit, accroché à son bout de bois, agité dans tous les sens; il voit passer le bateau des "rachetés", tout illuminé, où l’on chante des cantiques et danse de joie. Que peut-il faire? Crier! Sa voix est couverte par la musique!

Par bonheur quelqu’un peut-être, étant sorti pour "prendre l’air" l’aperçoit! Jeter une bouée au bout d’une longue corde, dérouler une échelle avec un chapelet de recommandations et d’exhortations! Voilà à peu près ce que l’on fait la plupart du temps. Et avec les résultats que l’on sait!
 
Des cellules, "canots de sauvetage".
En plus de leur vocation de prière, nos groupes devraient devenir de véritables chaloupes larguées sur les flots, des commandos de sauveteurs, ballottés et inconfortables, mais proches de la réalité des perdus, et à même de toucher et saisir les mains des personnes en détresse.

Dans un sens moins figuratif, nos maisons sont un puissant prolongement de la communauté, l’instrument sur le terrain pour l’évangélisation. Sûrement pas un club fermé et indépendant, où les convertis deviendraient des trophées, mais des plates-formes avancées dans tous les quartiers, des mains tendues vers toutes les misères!

Luc 6:31: "Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux."

Luc 6:46: "Pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur! et ne faites-vous pas ce que je dis?"

La proximité des voisins, les contacts par le travail, les enfants, la vie dans la société sont autant de possibilités d’aide, de compassion et prière. Si nous continuons d’attendre que les gens viennent dans nos lieux de cultes, nous constaterons que beaucoup seront kidnappés en route! Il nous faut apprendre à rejoindre les gens où ils se trouvent, et à les conduire à Christ!

Le but de ce message n’est pas de culpabiliser en dénonçant ce qui n’a pas été fait, mais de stimuler dans un élan nouveau pendant qu’il est encore temps! Alors, courage!


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