Le Lien

N° 272 Janvier 2015

Jérusalem : au cœur de notre foi et de notre l'espérance

Par David Bouillon

David Bouillon est pasteur dans l'Eglise Protestante Unie de France depuis 2004. Auparavant il a été pasteur à Bruxelles pendant huit ans. Il s'intéresse particulièrement à Israël et au judaïsme. Il travaille aussi pour l'Union de prière, un réseau d'intercession initié dans l'Eglise Protestante de France en 1947. L'Union de prière a pour vocation la prière en faveur du Réveil, du peuple Juif, de l'unité de l'Eglise, tout cela en vue du retour en gloire de Jésus. D. Bouillon est marié et père de trois enfants.

Tout croyant qui lit la Bible rêve de pouvoir un jour marcher dans les rues de la ville de Jérusalem. Avec ma famille, je viens d'y passer dix mois de septembre 2013 à juin 2014. Ce n'était pas mon premier séjour car en 1991-92, j'avais bénéficié d'une bourse d'étude à l'Université Hébraïque de Jérusalem. Au cours des vingt dernières années j'y suis allé à plusieurs reprises. J'ai pu y rencontrer toutes sortes de personnes et voir ce pays et ses habitants profondément changer. Mais derrières les événements politiques ou religieux, il y a aussi une action de Dieu qu'il faut apprendre à lire. Cette œuvre divine n'a pas commencé au milieu du 20e siècle avec la création de l'Etat d'Israël mais débute avec Abraham il y a environ 4.000 ans. Pour comprendre la situation présente, il faut étudier ce que la Parole de Dieu nous dit sur cette terre et particulièrement sur la ville de Jérusalem.

Une ville centrale
Depuis des siècles, les Juifs sont conscients que Jérusalem occupe une place unique dans le monde. Un de leur proverbe dit : « Israël est au centre du monde ; Jérusalem est au centre d'Israël ; le temple est au centre de Jérusalem et le Saint des saints est au centre du temple ». Dans l'actualité mondiale cela se vérifie encore : aucune ville ne préoccupe autant la politique internationale que Jérusalem ! Mais pour la Bible, l'importance de la ville Sainte ne s'explique pas par des raisons politiques. Ce lieu est unique parce que Dieu a choisi d'y révéler son Nom (choix annoncé en Deut 12.5, 11 et réalisé avec David : 1 Rois 11.36 ; 2 Chron 6.6). Sans ce choix divin, Jérusalem serait restée une petite bourgade sans avenir. Ses ressources en eau et en nourriture étaient maigres. Elle était éloignée des grandes routes commerciales. Mais à cause de Dieu, une localité insignifiante devient une ville mondialement célèbre. N'est-ce pas un premier enseignement pour le croyant ? Combien d'hommes et de femmes de foi que le monde ignorait, sont devenus entre les mains du Seigneur des instruments puissants pour répandre l'Evangile ?

L'épreuve du temps
Dans la Bible, Jérusalem ne va devenir cette ville incontournable qu'au travers d'un long processus. C'est ce qui a frappé les lecteurs Juifs : pourquoi ne trouve-t-on pas le nom de Jérusalem dans les cinq premiers livres de la Bible (ce que les Juifs appellent la Torah et qui est pour eux la partie la plus sainte de la Bible) ? Si Dieu a choisi ce lieu cela devait être un choix éternel. Il faut donc essayer d'en trouver l'annonce dans ces cinq premiers livres. Et c'est dans la Genèse, le livre du commencement, que cela va apparaître. En effet, quand Abraham rencontre Melchisédek (Gen 14.18-20) la Bible précise qu'il est « roi de Salem ». Ce nom ressemble à la fin du nom « Jéru-Salem ». Mais un autre texte va confirmer le lien d'Abraham avec la ville choisie de Dieu. Au chapitre 22, quand Abraham doit aller sacrifier Isaac, leur marche les conduit vers le pays de Moriya. C'est sur le mont du même nom que David choisira de construire le temple (2 Chron 3.1). Entre ces deux récits, il s'écoulera plus de mille ans ! Mais quelque chose d'important nous est dit. En ce lieu, c'est l'alliance de Dieu avec Abraham qui sera confirmée et cette alliance passera par un sacrifice. Mais pour que tout soit accompli en Jésus-Christ, il faudra encore mille ans. Pendant tous ces siècles, la ville connaîtra des temps de gloire et de ruine. Mais jamais Dieu ne renoncera à y accomplir ce qui avait été annoncé dès le commencement. Ici aussi nous recevons un enseignement : ne sommes-nous pas souvent trop pressés pour vraiment accepter le temps d'un Dieu qui prend son temps ?

La ville de David
Qui pouvait penser qu'un petit berger deviendrait roi ? Et qui pouvait deviner que ce nouveau roi choisirait comme capitale une ville jébusite (2 Sam 5) ? Beaucoup de spécialistes pensent que le choix de David était avant tout politique. En capturant une ville qui n'était pas israélite et en en faisant la nouvelle capitale, il ne vexait personne. Mais Dieu l'avait aussi inspiré dans ce choix. David qui depuis sa jeunesse avait développé une telle intimité avec le Seigneur, sentait bien que cette ville représentait plus qu'un calcul politique. D'ailleurs, très vite il y fait transporter l'arche de l'alliance (2 Sam 6). Il a même le projet de construire un temple pour l'y déposer. Mais le Seigneur a d'autres projets. C'est lui qui veut donner une « maison » à David (2 Sam 7). Par cette descendance promise au jeune roi, Dieu lui indique que la promesse faite à Abraham doit encore s'accomplir. Il ne suffit pas que les Israélites aient un pays, une capitale, un lieu de culte centralisé. Il ne suffit pas qu'ils soient devenus nombreux et prospères. Il faut aussi que le Messie vienne. Il faut que la ville de David devienne la ville du Messie. Enseignement pour aujourd'hui : le plus beau des projets chrétiens, la plus bénie des réussites, n'est jamais une fin en soi. Si Dieu nous donne de réussir et de prospérer, c'est pour que nous puissions préparer l'avènement du Royaume. Si nous l'oublions, nos réussites risquent de s'écrouler comme on le voit avec Salomon et d'autres rois.

Le message des prophètes
Maintenant que Jérusalem est devenue cette ville incontournable, il faut la voix des prophètes pour en exprimer toutes les potentialités. Deux éléments importants apparaissent : 1° Dieu restera fidèle à Jérusalem / Sion malgré toutes les infidélités de ses habitants et de son clergé (2 Rois 23.26-27 ; Esaïe 1.21) ; 2° Jérusalem restaurée exprime l'espérance qui est au cœur de la foi biblique. Pour les prophètes, la gravité du péché et le châtiment qu'il suscite n'empêchent jamais la possibilité du repentir et le retour de la bénédiction. Car pour Dieu, ce qui compte par-dessus tout c'est l'accomplissement de son projet, non seulement pour Israël mais aussi pour toutes les nations. Dieu ne peut renoncer à délivrer l'humanité du mal. C'est pourquoi on doit espérer qu'un jour le lion et l'agneau aient un même pâturage (Esaïe 65.25). Jérusalem est la ville qui atteste cette volonté inflexible de Dieu de faire triompher le bien sur le mal, la vie sur la mort et l'espérance sur toutes les formes de désespoirs. Dieu aurait pu recommencer autre chose ailleurs, mais par fidélité à ses promesses, c'est à Jérusalem que chaque fois tout reprend vie. Enseignement à tirer : La marche chrétienne implique aussi que l'on ait de la suite dans les idées. Nous ne devons pas changer de cap selon les circonstances, mais rester fixé sur le but que Dieu lui-même nous a donné : annoncer le Royaume et vivre selon les exigences de l'Evangile jusqu'à ce que Jésus vienne.

L'attachement des Juifs à Jérusalem
Tout au long de l'histoire, de puissants empires ont voulu arracher les Israélites à Jérusalem ou les détourner de leur foi. Au temps de Jérémie il y eut l'exil à Babylone. Au 2e siècle avant J-C, le roi grec Antiochus IV Epiphane veut interdire la religion juive. Il place une statue du dieu Zeus dans le temple de Jérusalem et pourchasse ceux qui veulent respecter les commandements. Les Romains seront plus diplomates et donneront une liberté de culte. Mais après deux révoltes juives en 70 et en 135 après J-C, la majorité des Israélites sont dispersés dans l'Empire. Pendant 2000 ans loin de la terre promise, le souvenir de Jérusalem demeure vivace. Ceux qui ont la possibilité de revenir vivre en Terre Sainte risquent le voyage. La prière quotidienne fait mention de Jérusalem : on demande à Dieu de restaurer le trône de David. Lors du repas de la Pâque, on se souhaite : « l'an prochain à Jérusalem ». A chaque mariage, les époux écrase un verre en souvenir du temple détruit. Mais pour que ce retour à Sion ait lieu, il faut que paraisse le Messie. Alors on l'attend et on le guette dans les événements. Un proverbe affirme à ce sujet : le Messie n'entrera pas dans la Jérusalem d'en-haut avant d'être passé dans celle d'en-bas. Contrairement à ce que beaucoup croient, la ferveur envers Jérusalem n'a pas commencé au 19e siècle avec l'apparition du mouvement sioniste. L'amour pour Sion n'était-il pas déjà chanté dans le Psaume 137 : « Si je t'oublie Jérusalem ! »

Jésus et Jérusalem
Ce n'est pas uniquement par les origines juives de Jésus et des Apôtres que Jérusalem demeure importante pour le Nouveau Testament. Les liens de Jésus avec cette ville confirment tout ce qui a déjà été dit dans les points précédents. Si à douze an le fils de Joseph et Marie monte à Jérusalem, c'est parce que le temple est « la maison » de son Père (Luc 2.49). Il le redira une fois devenu adulte quand, entré dans le temple, il en chasse les marchands : « ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » (Jean 2.16). Mais si Jésus honore le temple, il aime aussi cette ville. Pourquoi fallait-il que ce soit là qu'il soit crucifié ? Pourquoi a-t-il pleuré sur la ville juste avant sa Passion (Luc 19.41) ? Même si Jésus acquiert sa notoriété en Galilée, c'est à Jérusalem que sa mission va s'accomplir. C'est là que la Croix sera plantée, à proximité du rocher de Moriya où Abraham avait été appelé à sacrifier son fils, Isaac (selon une tradition juive, ce rocher correspondait au point initial à partir duquel la terre avait été créée ; c'est là aussi qu'on situait la sépulture d'Adam). Il n'y a donc pas de hasard. Jésus en mourant au Golgotha confirme la volonté de son Père de faire de la Ville Sainte le lieu d'accomplissement de sa promesse. Le jardin où Jésus passe sa dernière nuit et où satan une dernière fois cherche à le tenter, n'est-il pas un rappel de ce jardin d'Eden où la première humanité, par désobéissance, a choisi la mort plutôt que la vie. Jésus en acceptant la mort par obéissance au Père, nous réintroduit dans la vie. Ce lien étroit entre Jérusalem et le jardin d'Eden se retrouve d'ailleurs à la fin de l'Apocalypse (chap. 22.1-5).

Jérusalem et les premiers disciples
Pour la plupart des chrétiens aujourd'hui, Jérusalem n'est pas la ville au cœur de la vie de leur Eglise. Chaque confession pour diverses raisons, a aujourd'hui sa capitale. Il n'en était pas de même pour les premiers disciples. Le centre de leur foi est la ville de Jérusalem. C'est à partir de là que la mission se déploie mais aussi qu'elle vient rendre des comptes. Pour de nombreuses églises dans les premiers siècles chrétiens, Jérusalem restera la communauté-mère. C'était d'ailleurs un ordre de Jésus à ses disciples : « ne vous éloignez pas de Jérusalem » (Actes 1.4). En grec, le verbe « s'éloigner » utilisé ici est parfois traduit pas « divorcer ». On peut donc comprendre cette parole comme nous disant : « Ne divorcez pas de Jérusalem ». Nous l'avons déjà dit, les Juifs sans reconnaître Jésus, obéiront néanmoins à cet ordre. Pendant 2000 ans d'exil ils resteront attachés à la cité de David. Pour les non-juifs, même ceux qui croient en Jésus, il en ira autrement. Jérusalem ne sera bientôt qu'un lieu de pèlerinage. Les vraies décisions se prendront ailleurs. Pourtant, c'est dans la chambre haute (que la tradition situe sur le mont Sion, à côté de la tombe de David) que l'Esprit-Saint avait été donné. Et même si « l'Esprit souffle où il veut » (Jean 3.8), ne prend-on pas de risques à s'éloigner de la source ? Car c'est à Jérusalem que fut prise la décision majeure qui ouvre l'Eglise aux non-juifs (Actes 15 avec les événements antérieurs d'Actes 10). La lettre aux Ephésiens développera magistralement les enjeux de ce « premier concile » : il n'y a plus de mur entre Juifs et non-juifs car Jésus a fait la paix entre tous. Avec la première Eglise de Jérusalem, c'est l'ancienne promesse faite à Abraham qui trouve enfin son accomplissement : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gen 12.3). Jean dans l'Apocalypse confirmera cela : la Jérusalem nouvelle est habitée par des hommes et des femmes de toutes origines (Apoc 21.3 en suivant la traduction : « Ils seront SES peuples).

A qui appartient Jérusalem ?
Depuis qu'à la fin du 19e siècle les Juifs sont revenus sur la terre de leurs ancêtres, cette question est devenue incontournable. Pour les Palestiniens et pour de nombreux pays, Jérusalem ne peut pas être une ville uniquement juive. Chacun a ici de bonnes raisons à faire valoir même s'il y a aussi beaucoup de malentendus. Est-ce pour cela qu'en 1947, les Nations Unies avaient proposé de donner à Jérusalem un statut international ? La ville n'aurait été gérée ni par les Juifs ni par les arabes, mais par un comité nommé par les grandes puissances. A cause de la guerre de 1948, cela n'a jamais été appliqué. Aujourd'hui encore Jérusalem est disputée. Il y a des raisons politiques et religieuses mais bien peu prennent en considération la dimension spirituelle. Dès l'appel adressé à Abraham, Dieu a choisi de diviser l'humanité en deux groupes : le peuple qui serait porteur de l'élection et de la révélation, et tous les autres (Gen 10 donne une liste de 70 nations qui deviendra traditionnelle). A travers les siècles et malgré ses résistances, Israël restera ce peuple porteur d'une vocation unique. C'est dans ce peuple que naîtra Jésus. Et c'est à partir de Jérusalem que l'Evangile sera annoncé à toutes les nations de la terre, et jusqu'aux « îles lointaines ». Mais comme toute la Bible en porte témoignage, cette distinction opérée par Dieu est devenue source de tensions. D'un côté Israël peut être tenté de se replier sur lui-même, notamment en raison de la haine meurtrière qui, tant de fois dans l'histoire, s'est abattue sur lui. De l'autre, les Nations veulent soit assimiler Israël, soit l'éliminer (on peut relire l'histoire d'Esther). L'Eglise aussi a agi de la sorte en obligeant les Juifs à renier leur identité pour devenir chrétiens. Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, la plupart des Eglises ont été poussées à demander pardon pour ces attitudes agressives. Dans le même temps on a vu un nombre croissant de Juifs accepter Jésus comme Messie (on les appelle souvent « Juifs messianiques » même si une grande diversité existe entre eux). Poussés par le Saint-Esprit, de nombreux croyants ont pris au sérieux cette parole d'Ephésiens 2.14 : faire tomber en Jésus le mur de la haine. Aujourd'hui à Jérusalem, en Israël et ailleurs dans le monde, des Juifs et des Arabes se réconcilient en Jésus. Malgré tous les efforts de l'ennemi pour attiser la violence dans cette partie du monde et particulièrement à Jérusalem, un témoignage unique est rendu à Dieu. Jérusalem reste cette ville où la paix s'accomplira et où le nom du Dieu vivant (YHWH) sera invoqué par des hommes et des femmes de toute la terre. Mais pour que cela s'accomplisse, il fallait aussi que la promesse du retour des Juifs à Sion se réalise. Beaucoup n'en veulent pas et trouvent toutes sortes de raison pour s'y opposer. Mais comment le lion et l'agneau pourront-ils se tenir côté à côte, si nous ne croyons pas possible la cohabitation des Juifs et des non-juifs ? Les chrétiens n'ont donc pas à choisir un camp. Nous ne devons être ni sionistes au sens politique ni pro-palestiniens, mais rester artisan de paix et de réconciliation et permettre à Dieu de donner à chacun sa juste place dans son corps : « Car je ne rougis pas de l'Évangile : il est force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d'abord, puis du Grec » (Romains 1:16).


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