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N° 259 Octobre 2011

L’Eglise, manifestation du royaume et de l’amour de Dieu

Par le pasteur Jean-Pierre Charlet

1) Une immense soif parmi le peuple de Dieu
Des milliers de chrétiens, engagés ou non dans leur église, sensibles à l’amour de Dieu, sont préoccupés par la situation de tous ceux qui vivent sans Dieu dans ce monde. Beaucoup ne savent pas comment les conduire à devenir enfants de Dieu et à grandir comme des parents spirituels. Beaucoup ne se retrouvent plus dans le vécu de leur église locale qu’ils ressentent comme un système qui n’ouvre pas un réel chemin de grâce pour les perdus. D’ailleurs, quoi qu’on en pense, certains non croyants n’ont-ils pas un regard sur l’Eglise qui les maintient parfois éloignés de Dieu, quel paradoxe ! Même sans juger leur église, beaucoup de chrétiens sont fatigués et frustrés. Les années passent sans qu’ils voient de réels fruits à leurs efforts. Mais où est cette Eglise que Jésus-Christ bâtit lui-même ? L’Eglise qui ressent le cœur du Père souffrant pour ses enfants perdus ? L’Eglise missionnaire vivant une relation salutaire avec Dieu, permettant de manifester la grâce, l’accueil et l’entraide ?

Sur quelle base l’Eglise primitive s’est-elle donc développée ? Comment a-t-elle connu un pareil essor en quelques décennies ? Elle semblait animée de cet Esprit de Vie, continuant de développer le ministère de Christ exprimé dans Luc 4.18-21. Beaucoup cherchent comment retrouver ces fondations transmises par le Seigneur. Il y a une telle soif de vivre cette Eglise simple et relationnelle, féconde pour transmettre la vie du ressuscité ! Cette Eglise libère de vraies nouvelles naissances, permet la guérison des vies et la formation de nouveaux parents spirituels, générations après générations.

Cette Eglise existe, nous vivons ces réalités. Quelle joie de répandre ces signes concrets du Royaume ! Nous avons vu des personnes nouvelles pleurer en découvrant l’Evangile simple de la grâce. Nous nous sommes réjouis de voir des vies touchées par l’onction de Dieu en pleine rencontre de cellule, des larmes couler, des cœurs s’ouvrir au Seigneur. Nous avons vu des amis saisis par la grâce du Père. Nous avons vu Dieu agir sous nos yeux dans les vies, guérir des gens, permettre à des femmes stériles d’avoir des enfants, donner la force à d’autres de quitter des dépendances puissantes (alcool, drogues). Nous voyons ces personnes grandir dans la foi, continuer avec joie leur relation avec Dieu et témoigner à d’autres, enseigner les nouveaux à leur tour. Oui, pour ceux qui sont à son écoute, Dieu est toujours prêt à confirmer sa Parole.

Pourtant, Jésus-Christ n’a pratiquement jamais parlé de l’Eglise elle-même. Il a évoqué l’Eglise à deux reprises seulement dans Matthieu 16, 18 et 18, 17. Ce n’est pas avec cela que l’on peut comprendre ce que doit vivre l’Eglise, ni justifier tous ces différents types d’églises que les hommes ont mis en place. Par contre, le thème principal de l’enseignement de Jésus était le Royaume de Dieu (Mt. 4.23. Lc 10.9). Le Royaume de Dieu est l’espace infini et le temps éternel où l’autorité de Dieu est reconnue et exercée. Beaucoup de ses paraboles illustrent le Royaume (Mt 13). Après sa résurrection il a entretenu ses disciples pendant quarante jours sur les mystères du Royaume

(Ac 1.3). Au lendemain de l’Ascension, il est passionnant de voir qu’après avoir passé plus de trois ans à vivre avec Jésus tous les jours, les disciples, remplis de l’Esprit, se sont mis à appliquer tout ce qu’ils avaient appris de Lui sur le Royaume. Ils se rencontraient chaque jour dans les maisons, partageant leur vie, la Parole de Dieu, et leurs biens… Et ils ont appelé cela l’Eglise ! C’est sur le modèle du Royaume que Jésus bâtit toujours son Eglise.

L’Eglise « primitive » vivait ce relationnel divin. Elle n’avait rien de l’aspect logique des religions humaines. La pensée divine inspirait sa vie pratique, sa doctrine et sa croissance (Jn 16.13-15). Ce que Dieu est, Il le dit en Jésus-Christ, Il le vit par le Saint-Esprit. L’Eglise que Jésus bâtit est toujours à sa ressemblance. Voilà l’Eglise, son épouse, toutes ces familles préparées à vivre le Royaume de Dieu et appelées à rentrer la moisson.

2) Posons un regard sur ces principes de Vie du Royaume de Dieu
L’Eglise manifeste le Royaume qui a pris pied sur terre avec la résurrection de Jésus-Christ. Ainsi l’Eglise, corps de Christ, doit être cohérente avec le Royaume et ses principes de vie qui reflètent la nature de Dieu. Les réformes actuelles de l’Eglise qui se répandent dans le monde entier, tendent à restaurer ces principes et à remettre l’Eglise en harmonie avec le Royaume, plus à l’écoute du Saint-Esprit. Ces principes ont leur source dans la nature même de Dieu. Voyons quelques exemples :

L’autorité
Jésus-Christ est venu avec l’onction pour reprendre l’autorité au diable par sa victoire sur la croix (Lc 4.18). Jésus manifeste l’autorité divine dans son Corps. Il a confié à son Eglise la gestion de la vie nouvelle et du témoignage au sein de la création (Gn 12.3b). Par l’Eglise, Il prolonge son ministère de révélation, de salut, de libération, de guérison, pour restaurer le projet originel de son Père avec son autorité (Lc 4.18-23, Jn 14.12). Nous pouvons donc prier et agir en son nom, dans cette autorité (Mt 16.18-19).

L’unité
Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont uns en trois personnes, dans la Trinité (Jn 14.8-11). Le Royaume de Dieu manifeste en lui-même l’unité divine. Là où Dieu est reconnu, obéi, accepté, adoré, sa simple présence produit l’unité, la complémentarité, l’harmonie, la vie, l’amour, la lumière, la vérité. Là où le Royaume de Dieu est reconnu, l’unité des croyants est signe de sa présence, c’est la vie éternelle. Son Eglise est une dans l’amour comme Il est un dans l’amour (Jn 17.20-21). L’unité et l’amour se manifestent dans les relations. L’Eglise de Jésus-Christ doit marcher dans cette unité selon Dieu (Ep 4.5). Malgré ce que l’on voit, malgré les convictions de chacun, il n’y a qu’un seul Corps de Christ et chacun dans ce Corps, est animé du même Esprit. Alors que faisons-nous de cela ?

La complémentarité dans l’harmonie
Il ne manque plus rien quand le Père ou le Fils ou le Saint-Esprit a accompli quelque chose. Le ministère de Christ produit cette communion totale prolongée par les ministères dans l’Eglise :

Les « ministères de la Parole » sont donnés comme expression des facettes unies en Dieu (Ep 4.11). Ils transmettent au cœur de l’Eglise, l’autorité et les « impulsions » de l’Esprit dans les différents aspects du ministère de Christ (comme la tête est le départ du système nerveux pour tout le corps humain). Puis, la croissance permanente du Corps s’accomplit, par les « ministères du Corps » (Ep 4.12-16). Ce sont tous les disciples, chacun avec les dons reçus, qui apportent l’énergie et assurent la vie et la santé du Corps (comme le système sanguin du corps humain, à partir du cœur). L’Eglise doit redécouvrir cette harmonie de fonctions qui portent l’unité et l’amour de la Trinité dans le Corps de Christ.

L’amour et le relationnel
La Trinité est fondamentalement relationnelle, et dans ces relations se trouve la vie divine dont la nature est l’amour. C’est l’ADN divin, le style de vie de Dieu. L’amour de Dieu s’exprime dans les relations. La soif d’aimer de Dieu fait rayonner son amour vers les membres du Royaume, et les appelle à entretenir des relations de Vie semblables entre eux aussi (Jn 17). Comme Dieu voulut que l’homme quitte son père et sa mère pour fonder une nouvelle famille, la pratique de l’Eglise doit se vivre dans des petites familles spirituelles pour que les relations restent possibles. Alors, l’homme sera à l’image de Dieu dans son être et dans son style de vie. Aujourd’hui, cet ensemble de nouvelles familles de Dieu dans la vie du Royaume, voilà l’Eglise, qui doit apparaître de plus en plus !

La cohérence divine
Ce que Dieu est, pense, éprouve, (le Père) est en accord avec ce qu’Il dit et accomplit dans cette Parole, (le Fils) et ce que cela produit, dans la durée, parmi les hommes (le Saint-Esprit) Voilà donc le contenu de notre « ADN spirituel » (notre identité) : Nos valeurs sont nos fondations, les principes du Royaume de Dieu, l’amour de Dieu et ses conséquences telles qu’on les trouve dans la Bible. Notre vocation répond au concept du « disciple/parent ». Allez et faites des disciples, enseignez-leur à observer (= pratiquer) mes commandements. Notre vision (le moyen d’accomplir notre vocation en accord avec nos valeurs) : l’Eglise, communauté de la Vie nouvelle des disciples qui fonctionnent ensemble comme un Corps, la royauté de Dieu manifestée dans les maisons et dans la grande assemblée pour adorer, et, en son sein, les ministères pour aider à la vie harmonieuse de l’ensemble (Ep 4,11-18). La cohésion nécessaire de tout cela, voilà notre « ADN spirituel ». Ce que tu es et ce que tu fais est-il cohérent avec tes valeurs et avec ton appel. Le manque de cohésion entre le message et le vécu de nos communautés fait que les gens partent. Si il y a manque de cohérence entre le Royaume de Dieu et l’Eglise, l’Eglise devient stérile et n’a plus rien de spirituel à dire au monde. Mon église est-elle cohérente entre ses valeurs, sa vocation, sa vision et l’Evangile du Royaume ?

3) Voilà notre espérance et notre joie. Le Saint-Esprit n’en a pas fini avec nous, Ephésiens 3.20
Avant la chute, Dieu avait créé Adam en rassemblant de la poussière. Sa puissance créatrice de vie a fait que toutes ces particules dispersées se sont assemblées dans une relation harmonieuse et puissante de vie. Pour cela, il a soufflé la vie sur ce premier homme qui est devenu une âme vivante (Gn 2.7). La créature était devenue ainsi enfant de Dieu, à sa ressemblance spirituelle. Depuis la résurrection du Christ, sur le même principe, par cette même puissance de vie et d’amour, Dieu rassemble ses enfants nés à sa vie. Bien qu’ils n’aient rien non plus pour vivre ensemble, Il les place en relation de Vie avec son Fils pour édifier la « nouvelle humanité ». Il met en eux son souffle divin, et constitue ainsi le Corps de Christ, le peuple du Royaume (Jn 20.22). Voilà l’Eglise que Jésus bâtit.

La VIE d’en haut, répandue dans le monde, voilà la source et la force de notre vie nouvelle. Cette vie retrouvée avec Dieu, par sa grâce et sa volonté se voit dans la qualité du tissu fraternel retrouvé entre nous. Cette vie est le salut du monde (Jn 1.1-4). Voilà la clé de toute évangélisation utile, de toute croissance vraie et durable : répandre cette vie autour de nous en faisant connaître la personne de Jésus-Christ, qui nous conduit à vivre cet ensemble de relations nouvelles et vivante (son Eglise). Voulons-nous que ces réalités divines soient les fondements, les priorités de nos églises ? Moins l’Eglise vit ces réalités, moins elle rend témoignage de Dieu qui est amour. Le Seigneur nous demande de transmettre sa vie et non nos doctrines particulières, ni notre propre organisation d’église. La question n’est pas de comprendre quel est le meilleur système d’églises. Sans ce discernement du Royaume, même la vision de « l’Eglise dans les maisons » pourrait devenir un système qui éloigne les gens d’une vraie intimité avec la personne de Jésus-Christ. Toutes les dénominations, peuvent conduire leurs membres à une relation vivante avec Dieu dans une multitude de cellules familiales d’accueil et de prière, portant la vie nouvelle de Christ ressuscité : ce que l’on appelle aujourd’hui » l’Eglise dans les maisons ».

Voyez comme Christ aime l’Eglise ! Sentez comme le Père aime les perdus ! Tout ce qui se vit dans le Royaume de Dieu décrit le caractère de Dieu et son amour. Il s’agit de laisser cette vie et cet amour toucher nos cœurs d’une façon humble et nouvelle. Il s’agit d’aimer l’Eglise et de ressentir le cœur du Père pour les perdus. Rangeons nos rames et hissons nos voiles au vent de l’Esprit. Le souffle d’une réforme vient sur l’Eglise car Dieu a soif de voir son amour et sa grâce reçus par les hommes mortels. Dieu espère que tous les acteurs de son Eglise vont ouvrir leur cœur et leur esprit pour trouver ou retrouver un échange profond et vivant avec Jésus-Christ. Que le Saint-Esprit puisse libérer dans l’Eglise ce qu’Il libérait en Jésus-Christ lui-même quand il était sur la terre. Alors le monde saura que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, beaucoup croiront en son nom et en celui qui l’a envoyé. Alors on dira de nouveau : le Royaume de Dieu est venu vers vous… (Mt 12.28).

Depuis que nous vivons cette relation personnelle avec Jésus-Christ, mon épouse Annick et moi-même n’avons jamais été aussi heureux dans notre ministère. La liberté des enfants de Dieu est possible et féconde en présence du Seigneur. Rien n’est facile, les combats restent réels et difficiles, mais nous avons vécu nous aussi toutes ces étapes de grâce, de libération, d’évolution de nos pensées. Nous goûtons à cette joie des 70 envoyés en mission (Lc 10), nous voyons des pécheurs qui se repentent et ressentons la joie dans le ciel. Nous voyons des vies libérées et heureuses. Nous voyons des « créatures » devenir « enfants » de Dieu. Nous voyons des enfants de Dieu devenir des parents spirituels et se réjouir à leur tour d’en amener d’autres à la vie, simplement. Voilà l’Eglise, manifestation du règne et de l’amour de Dieu. A lui soit toute la gloire.


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