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N° 202 Juillet 1997

La vocation de l’Église

Par Jacques-Daniel Rochat

L’Église est la dimension précieuse et universelle par laquelle Christ s’incarne dans le monde. Mais aujourd’hui, alors que le monde souffre, se déchire, agonise et s’endurcit, l’église a beaucoup de peine à faire une réelle démonstration de l’amour de Dieu. Loin de répondre à tout, cet article (un peu décapant) et les questions qui lui font suite sont une occasion de rechercher ensemble dans l’unité et la prière la fructueuse vocation de nos communautés.

Lors d’une visite dans un groupe de jeunes j’ai demandé à chacun de dire les raisons qui les avaient conduits à venir à cette soirée. L’un des jeunes me répondit qu’il venait pour les enseignements spirituels… En tant qu’orateur, j’aurais pu être très flatté de cette réponse, mais elle ne me semblait pas authentique. Finalement ce jeune m’avoua qu’il venait à ce groupe pour que son père ne l’oblige pas à suivre la réunion de prière du mercredi. Ainsi, malgré son soi-disant intérêt pour les enseignements bibliques, il aurait préféré mille fois être ailleurs.

Cette petite histoire nous montre qu’il est parfois très précieux de gratter la couche religieuse afin de connaître les vraies motivations qui nous rassemblent dans l’église. Combien de personnes trouvent réellement du plaisir dans nos rencontres?

Car, s’il est vrai qu’il est difficile de se rappeler du contenu d’un message, l’atmosphère d’une rencontre, au contraire, s’inscrit profondément en nous et laisse de bons ou de mauvais souvenirs. Ainsi, par manque de spontanéité, de chaleur et d’expression d’amitié, des personnes sont dégoûtées de l’église et ne peuvent venir à Christ. C’est un des principaux problèmes de l’évangélisation. Car, à quoi sert-il d’atteindre de nouvelles personnes, si celles qui viennent, repartent avec le sentiment que la communion en Christ n’est qu’un mot vide de sens?
 
Vrai ou faux culte?
À l’époque des Actes il existait un grand contraste entre les païens qui adoraient leurs dieux dans des temples et les chrétiens qui se retrouvaient dans des maisons pour partager leur foi et la communion fraternelle dans la simplicité. En l’an 313 l’empereur romain Constantin découvre le christianisme et l’instaure comme la religion officielle de l’état. Ce changement est profitable car il met un terme aux cruelles persécutions. Cependant, cette modification politique engendre un sérieux problème pour l’Église car tous les habitants de l’empire romain ne se sont pas réellement convertis à Christ. Dans de nombreux temples païens on à simplement enlevé l’idole païenne afin de vénérer Christ. Le dieu a changé, mais pas la forme religieuse païenne qui consiste à croire que Dieu se rencontre au travers de rites cultuels accomplis dans des endroits particuliers.

Dans un tel contexte, l’évangile a dû, avec peine, faire comprendre aux croyants que le Dieu révélé en Christ n’a aucune ressemblance avec les divinités païennes. Dieu n’habite pas dans les temples de pierres et ne demande pas des "cultes cérémonies" mais une adoration en esprit (voir Jean 4:24). Malheureusement, dans de très nombreuses situations, le vrai culte "en esprit" s’est fait rapidement étouffer par la religiosité païenne qui dort au fond de chaque homme. C’est pourquoi les églises ont souvent inconsciemment favorisé une forme de culte, plus païenne que chrétienne. Ne dit-on pas "je vais à l’église", ou "je vais au culte"? Paroles tragiques lorsque l’on se rappelle que l’Église est le corps de Christ et qu’elle est formée par la communauté des croyants qui sont le temple du Saint-Esprit.

L’effet pervers de la forme cultuelle païenne est qu’elle conduit bon nombre de communautés à mettre toutes leurs énergies et leurs richesses dans l’organisation de leurs cultes et dans la construction et l’entretien de leur temple. Aucun chef d’entreprise ne pourrait utiliser toutes ses ressources financières pour construire des bâtiments destinés à rassembler ses collaborateurs quelques heures par semaine! Une telle gestion serait lamentable et ferait bien rire la concurrence. C’est pourtant ainsi que nous agissons lorsque nous plaçons tout le capital de l’église dans des "bocaux".

Aujourd’hui, les entreprises qui cherchent à faire des bénéfices investissent des sommes colossales à l’extérieur pour atteindre de nouvelles personnes, accueillir et garder les nouveaux clients. Mais dans l’église, qui devrait exprimer un intérêt bien plus grand pour les gens, nous investissons la quasi totalité de nos ressources dans nos structures internes, pour construire d’extravagants édifices de pierres ou pour organiser des cérémonies religieuses. De plus, les sièges sont durs et il n’y a souvent ni toilettes, ni lieux d’accueil, ni sourires! Pendant ce temps, le monde cherche en vain une démonstration réelle de l’amour de Dieu.
 
Un rayonnement d’amour…
Dans l’Évangile ceux qui venaient vers Jésus avaient vraiment de la joie à vivre avec lui. Personne ne le suivait pour accomplir des rites religieux, pour faire plaisir à son voisin ou pour montrer qu’il était un bon chrétien. Les gens venaient pour lui et afin de bénéficier du merveilleux rayonnement de sa vocation: L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur. (Luc 4:18-19)

Car le désir et le plaisir de Dieu, c’est d’offrir sa grâce et sa bonté à ceux qui en ont besoin (voir Esaïe 58). C’est pourquoi Jésus n’a jamais demandé à quiconque de se construire un temple mais de cultiver l’amour mutuel dans sa communion. Alors que le monde devient de plus en plus égoïste et qu’il est dominé par les lois cruelles du profit, l’Église a une occasion extraordinaire de mettre en relief la tendresse et la compassion de Dieu envers les hommes.

Pour accomplir cette vocation, nous devons absolument déraciner la forme païenne qui nous pollue si facilement par des rites de religiosité stérilisants. Car les nouvelles personnes qui entrent dans la communauté chrétienne sentent immédiatement si nous sommes motivés par une vraie joie de les accueillir, ou par un obscur devoir religieux.
Une dynamique de communion digne du Seigneur consiste à mettre l’amour de Dieu et des personnes bien au-dessus des considérations pseudo-religieuses et matérielles. Dans mon ministère, j’ai observé que les tâches d’un service pouvaient sournoisement devenir des buts au détriment des personnes. Par exemple, lorsque nous préparons une rencontre, que cherchons-nous? Le succès, l’efficacité, que les choses marchent ou que les personnes soient aimées, accueillies et bénies par Dieu?

Pour atteindre le cœur des gens, nous devons apporter l’Évangile dans une atmosphère de confiance avec des repas, des moments d’écoute et de prière les uns pour les autres afin que l’Esprit de Dieu puisse agir avec puissance pour vivre les précieux rassemblements hebdomadaires.

Dans ce sens, il peut être utile d’investir dans des locaux agréables, cependant ceux-ci ne devraient jamais devenir des "aspirateurs sacrés" qui captent toute l’énergie de la communauté mais de simples outils temporels au service des objectifs de Christ. Ainsi, les rencontres hebdomadaires de la communauté devraient être centrées sur la communion verticale et horizontale exprimée dans Actes 2:42: "Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières."

Lorsque l’Église offre une communion fraternelle digne de cette vocation, elle devient un centre d’attraction capable d’attirer ceux qui cherchent Dieu. Le climat de simplicité et de partage permet à chacun de découvrir et d’exprimer les dons et le ministère qu’il a reçus et cela est passionnant. Ainsi, l’évangélisation devient un phénomène naturel, car les nouvelles personnes n’ont plus honte de dire aux autres qu’elles ont trouvé quelque chose de précieux. Cultiver cette dynamique de conquête en créant des lieux d’amour est certainement le meilleur moyen d’apporter l’Évangile à ceux qui nous entourent.
 
La communion: un combat
Pour terminer, il est important de préciser qu’il n’est pas facile d’entrer dans la vraie vocation de l’Église. Par fausse religiosité, par recherche d’honneur ou par crainte du changement, beaucoup d’églises restent prisonnières d’une forme qui les éloigne des perdus. Cette incapacité à exprimer le caractère du Seigneur n’est pas seulement un problème d’organisation mais un problème spirituel. Car lorsque l’église n’arrive pas à entrer dans sa vocation elle permet à Satan de développer son influence sur la terre. Dans ce sens, il est important que les groupes de prières prennent conscience du combat qui se déroule sur l’Église et des enjeux qu’il comporte pour l’évangélisation du monde. Pour toutes ces raisons, je vous encourage à prendre cet aspect à cœur, à prier, à partager, à discerner et aussi à faire de votre groupe et de votre communauté des lieux dans lesquels Christ puisse réellement exprimer sa grâce et son amour.


Questions à partager ensemble dans votre groupe ou communauté

- De quoi les hommes et les femmes d’aujourd’hui ont-ils besoin?
- Comment Christ désirerait-il exprimer son amour à ces personnes lorsqu’elles viennent dans notre communauté?
- Quels sont les obstacles qui empêchent Christ d’exercer ce ministère au milieu de nous?
- Comment faire de notre groupe de prière ou de notre communauté un endroit de vie passionnant dans lequel la communion et la présence de Dieu sont réellement perceptibles?


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