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N° 168 Janvier 1989

L’unité des chrétiens

Par Georges Martin

Une semaine universelle de prière a lieu depuis 1848 (donc 140 ans) sur la proposition de l’Alliance Évangélique, pendant la première semaine complète de janvier. Elle rassemble chaque jour des chrétiens de diverses assemblées évangéliques et des réformés d’une même localité ou région. Ces rencontres ont joué un rôle important pour le rapprochement des milieux protestants. C’est aussi à partir de là qu’ont été organisées de grandes campagnes d’évangélisation avec Billy Graham, Maurice Ray, Thomas Roberts et d’autres.

"Bâtir la communauté, un seul corps en Christ" est l’un des thèmes proposés à notre réflexion dans ce cadre. Ceci à la lumière de Romains 12.

La plupart des chrétiens sont heureux de s’associer à cette semaine de prière. Mais elle suscite des réserves et des craintes chez certains, ou un faux sentimentalisme qui en conduit d’autres dans la confusion. C’est pourquoi, il est utile de voir comment elle a débuté il y a plus de 50 ans.
 
L’abbé Couturier
C’est lui qui l’a proposée en posant des bases précises. Paul Couturier est né en 1881. Après avoir été ordonné prêtre, il a poursuivi des études de mathématiques. Il les a enseignées comme professeur pendant plus de 40 ans dans sa ville de Lyon où il est décédé en 1953.

C’est à partir de 1923 que le problème de l’unité des chrétiens s’est posé à lui lorsque des Russes orthodoxes sont arrivés à Lyon comme réfugiés. Il s’est beaucoup occupé d’eux et leur a apporté une grande aide matérielle et morale.

Il est ensuite entré en contact avec des anglicans. Il s’est intéressé aux conférences œcuméniques de Stockholm et Lausanne entre protestants et orthodoxes.
 
Souffrance de la division
La déchirure de l’Église, corps de Christ, est devenue pour lui une grande souffrance. Catholique très fidèle à son église, il a assez rapidement compris qu’il n’est pas possible d’imposer ses convictions aux chrétiens d’autres confessions. Il n’est pas davantage admissible de rechercher une unité au rabais, même si le besoin d’un rapprochement se pose à un nombre toujours plus grand de chrétiens.

L’abbé Couturier est avant tout un homme de prière. La prière est la force autour de laquelle s’organise toute sa vie. Christ est le centre de notre foi à tous. C’est donc en lui seul qu’est la réponse. Il ne peut pas y avoir de solution en dehors de lui. Devant l’impossibilité des hommes à manifester cette unité alors qu’elle est voulue de Dieu, il est convaincu qu’en Christ elle est possible et que c’est lui qui la donnera. La prière sacerdotale est claire à ce sujet (Jean 17:20-26).
 
Semaine de l’unité
En 1908, deux chrétiens anglais avaient proposé une semaine de prière pour l’unité du 18 au 25 janvier. Mais, ils n’avaient pas été suivis. De 1932 à 1935, Paul Couturier a organisé des rencontres avec des orthodoxes et des anglicans à ces dates-là.

Il constate que de plus en plus de chrétiens éprouvent une tension entre la fidélité à leur église et l’aspiration à l’unité. L’incarnation du Christ implique aussi la manifestation d’une unité entre les chrétiens. Christ est la manifestation de l’amour de Dieu. Alors, tous les chrétiens unis à lui dans son amour ne peuvent qu’être unis en lui.

Selon lui, l’unité se prépare dans la convergence des prières dans chaque confession chrétienne en toute liberté et indépendance vers le Christ que nous aimons, adorons et prêchons. Cela exclut tout prosélytisme et tout ce qui nuirait à l’indépendance à chaque confession.
 
Invitation aux protestants
C’est en 1936, que l’abbé Couturier a proposé à des protestants de s’associer à cette semaine. Dans la circulaire qu’il leur adresse, il écrit: "Tous nous avons péché. Tous nous devons nous humilier, prier sans relâche et demander le miracle de la réunion… Notre Christ à tous attend l’unanime prière de tous les groupes chrétiens pour les réunir quand et comment il voudra."

Dès lors, il a rédigé chaque année un message pour préparer la prochaine semaine de l’unité, en précisant un point particulier. Mais toujours avec ce principe de base: Dans les choses essentielles: Unité; dans les choses secondaires: Liberté; en toutes choses: Charité. Ces trois mots sont à la base de la vision de Couturier: Humilité, prière, pénitence.
 
Pardon
Nous sommes en Christ lorsque, dans l’humiliation, au pied de la croix, nous confessons nos fautes à l’égard de Dieu et nos fautes à l’égard de nos frères, et lorsque ensemble, nous recevons le même pardon. Une demande collective de pardon adressée au Christ ne peut être sincère que si on commence par se demander humblement pardon les uns aux autres.

C’est ainsi qu’il a pris conscience combien la St-Barthélémy, approuvée en son temps par l’église romaine, laissait une blessure, profonde chez les protestants. Il s’en est humilié et il a amené l’église catholique de France à demander pardon aux protestants.

C’est avec de tels sentiments que nous pouvons tous adresser cette même prière à Dieu:
"Seigneur, aie pitié de ton Église. Donne l’unité que tu veux, par les moyens que tu voudras, quand tu voudras."

L’abbé Couturier était sans illusion. Il l’a répété: "Ce n’est pas nous qui verrons l’accomplissement de nos prières… les choses n’évoluent que lentement."
 
Karl Barth et l’unité
Au moment de Vatican II, Karl Barth s’est réjoui de voir l’église catholique se mettre en marche. Voici un résumé de ce qu’il en dit: "c’est un défi pour nous protestants, qui nous sommes souvent sclérosés, de nous réveiller. Dans la mesure où nous avançons tous les yeux fixés sur Christ, dans la fidélité à la Bible, nos chemins convergent, et c’est en Lui que se réalisera l’unité. Mais, refusons la tentation de prendre des chemins de traverse pour nous unir artificiellement."

Tant l’abbé Couturier que Jean XXIII et Karl Barth ne voient la réponse à nos prières que dans
une nouvelle Pentecôte.
 
Conclusion
Un grand chemin a été parcouru depuis 50 ans. De nombreux préjugés ont été balayés. Mais des problèmes fondamentaux subsistent, en particulier sur la conception de l’Église et sur certaines pratiques de piété. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il n’a jamais été question de confondre unité et uniformité.

Au-delà de toutes les institutions humaines, l’Église est le corps du Christ. C’est le cadeau qu’il nous a fait à la Pentecôte. Dans l’amour du Christ, nous ne pouvons qu’aimer son épouse et souffrir avec elle dans ses combats et de ses manquements. C’est également vrai au sein de chacune de nos communautés. C’est pourquoi, il nous faut une nouvelle Pentecôte, un miracle du Saint-Esprit. Le demander et nous y soumettre, nous permet de vivre une authentique communion spirituelle avec des frères, à quelque milieu qu’ils appartiennent. N’est-ce pas cela que nous avons à vivre? Dieu veut l’utiliser pour amener encore beaucoup d’hommes au salut. Nous préparons ainsi le retour du Christ et la manifestation de son épouse. Quel stimulant de participer à la réalisation de son but: son Royaume!


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