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N° 139 Octobre 1981

L’unité par la prière et la lecture de la Bible

Par Philippe Decorvet

On ne le répétera jamais assez: la prière et l’étude de la Bible doivent toujours aller de pair, non seulement dans la vie personnelle du croyant mais aussi dans celle des cellules de maison. Dans la Bible elle-même, nous voyons à quel point la prière et la méditation de l’Écriture vont ensemble. Le Psaume 119, le plus long Psaume de la Bible est, comme tous les autres, une prière mais aussi et en même temps une invitation à lire et à observer la loi. La magnifique prière de Daniel (chapitre 9) puise sa source et son inspiration dans ce que Daniel "comprit par les livres" (Dan. 9:2 et 4). Et, dans le livre de Néhémie, la lecture solennelle de la loi (chapitre 8) est suivie de la prière du peuple entier (chapitre 10).

Nos cellules sont généralement appelées
de prière. Et c’est bien ainsi. C’est le besoin de prier, de partager, d’intercéder qui a souvent été à l’origine de leur formation. Mais si nous voulons que la prière se renouvelle, s’étoffe, se structure et que nos groupes apprennent vraiment à prier, il faut aussi que la Parole de Dieu soit étudiée.

Un ami me disait récemment que dans sa région, où quelques années auparavant plusieurs groupes de prière étaient nés, seuls avaient subsisté ceux où l’étude et le partage de la Parole avaient également eu lieu.

L’étude de la Bible permet à la prière d’être
centrée sur Dieu. Instinctivement notre oraison a tendance à tourner autour de nous, de nos besoins, nos problèmes, nos joies, nos intérêts. Si, par contre, nous étudions la Bible et essayons de transformer en prière ce que nous lisons, c’est le Seigneur, son amour, sa grâce, sa révélation, son intérêt pour les hommes, qui sera tout naturellement au centre de notre intercession et de notre adoration. La prière de l’Église, dans Actes 4:23 -3 1, en est un excellent exemple. Réunis après que Pierre et Jean eurent reçu les menaces du Sanhédrin, les disciples ne paniquent pas: ils confessent leur foi au Dieu créateur (v. 24) et lisent le Psaume 2. Cela leur permet de réaffirmer la souveraineté de Dieu(v. 28). C’est le Seigneur qui est alors au centre de leur intercession. Du coup, leur propre peur disparaît et leur intérêt se concentre sur la glorification de Dieu parmi leurs contemporains (v. 30).

L’étude de la Bible permet aussi à la prière d’
être renouvelée. Souvent, tant dans notre recueillement personnel que communautaire, ce sont les mêmes demandes qui reviennent, les mêmes requêtes, la même louange. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les réunions de prière ont parfois la réputation d’être ennuyeuses. La lecture de la Bible suscite en nous d’autres sujets de louange ou d’intercession et nous ouvre à d’autres horizons. Après nous avoir centrés sur Dieu, elle nous permet de mieux nous ouvrir aux hommes et de prier pour eux. Il est frappant de remarquer que Paul, juste après avoir dit aux Romains: "Persévérez dans la prière" ajoute: "Subvenez aux besoins des saints, exercez l’hospitalité" (Rom. 12:12-13).

L’étude de la Bible nous permet aussi de
prier avec assurance et de trouver des réponses. Qui n’a pas ajouté après avoir formulé telle ou telle demande: "Si c’est dans ta volonté." Expression qui dévoile une pensée juste de soumission à la volonté de Dieu, mais qui traduit aussi souvent le vague, l’incertitude dans laquelle nous sommes quant à la volonté de Dieu. Or, connaître la volonté de Dieu, c’est comprendre son plan, révélé dans l’Écriture. Non pas d’abord ni forcément par un verset-réponse qui nous serait donné surnaturellement (ce qui peut d’ailleurs arriver quand on est sensible à l’Esprit) mais aussi et plus particulièrement par une connaissance de l’ensemble de la Révélation. Et ceci est possible par une pratique approfondie de toute l’Écriture.

Il est certain qu’une meilleure connaissance de la pensée biblique sur la famille, par exemple, nous aidera à mieux prier pour nos proches.

L’étude de la Bible permet à notre prière d’être enfin à
l’unisson du Saint-Esprit. L’Esprit que nous invoquons dans nos rencontres, c’est celui qui a inspiré la Bible. C’est en écoutant ce qu’il nous dit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament que nous pouvons le mieux entendre sa voix. Cela est capital, non seulement pour mettre nos prières au diapason de l’Esprit, mais aussi pour que l’exercice des dons spirituels soit en accord avec ce que l’Esprit a révélé dans l’Écriture.

 
Comment procéder pratiquement?
Certaines cellules étudient à chaque rencontre un passage d’un livre biblique, péricope par péricope. Ceci a l’avantage de nous permettre de connaître l’enseignement d’un livre entier au bout d’un certain nombre de mois. Mais le groupe de prière a tendance alors à devenir groupe d’étude biblique.

D’autres laissent à celui qui préside la liberté de choisir un texte qui l’a frappé durant la semaine. La spontanéité, la liberté y gagnent peut-être mais la continuité y perd.

Je voudrais ici mentionner aussi une manière de procéder qui peut aider la cellule en tant que groupe et les personnes en tant qu’individus.

Il est capital qu’entre chaque rencontre, les membres de la cellule aient une vie de prière et d’étude de la Bible personnelle. La cellule n’est pas là pour remplacer la vie spirituelle des membres mais pour l’approfondir et lui donner une dimension communautaire.

Chacun, bien sûr, peut lire l’Écriture selon la méthode qu’il préfère.

Il n’est pourtant pas sans importance de cheminer
ensemble dans la lecture de la Parole. Si chacun, durant la semaine, a lu les mêmes textes et a donc été instruit et édifié dans les mêmes vérités, c’est la Parole elle-même qui pourra orienter la prière. De louange, peut-être, si on a lu les Psaumes; d’intercession, si on a étudié la fin d’une épître; de combat spirituel, si on a lu tel passage de l’Ancien Testament ou des Évangiles. La lecture commune de la Bible facilite la prière commune ainsi que l’unité spirituelle du peuple de Dieu.

Un plan commun de lectures bibliques donnera aussi plus de liberté à celui qui préside la rencontre. Le texte étudié et qui nourrit la prière n’est pas choisi en fonction de ses goûts personnels ou des problèmes de tel ou tel. En lisant ainsi le "passage du jour" personne ne se sent plus visé qu’un autre et chacun peut laisser le Seigneur lui parler.

Et puis, quand on n’a pas compris tel passage proposé, on peut téléphoner à un membre du groupe qui l’a lu aussi et qui peut nous l’expliquer. Cela favorise donc encore davantage le partage, les contacts, l’unité et l’édification mutuelle.

C’est pour toutes ces raisons et bien d’autres encore que la
Ligue pour la lecture de la Bible édite "Le lecteur de la Bible"., périodique trimestriel qui propose au peuple de Dieu une lecture biblique quotidienne et un commentaire qui l’explique et l’actualise.

En l’espace de six ans, la Bible entière est lue. Le "texte du jour" proposé par la Ligue – organisation inter ecclésiastique au service de toutes les Églises – peut, je le crois, aider les cellules de maison dans le partage et la prière.

Certains chrétiens trouveront peut-être que les 10 à 15 versets proposés à la méditation du lecteur sont trop courts. Rien ne les empêche de lire en plus d’autres passages. Ils seront eux-mêmes enrichis de suivre ainsi le texte du jour, par la communion et l’unité qu’ils trouveront avec d’autres chrétiens qui disposent peut-être de moins de temps ou sont plus jeunes dans la foi. Cette unité autour de la Parole de Dieu facilitant notre unité dans la prière peut nous entraîner dans de grandes victoires.


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