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N° 090 Juillet 1969

Croissez et multipliez

Par Philippe Gold-Aubert

Cet ordre de Dieu au premier Adam et à sa femme est plus exactement exprimé en Genèse 1: 18: "Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et l’assujettissez…" Dans son testament, Jésus, le nouvel Adam, s’écrie lui aussi: "Allez, faites de toutes hles nations des disciples…" Matthieu 28: 19.

Croissez et multipliez!
C’est une des lois de la vie, cellulaire en particulier. La reproduction, cette multiplication extraordinaire en êtres d’une même race, mais individuellement toujours divers à l’infini, est une des fonctions caractéristiques et générales de la vie.

La reproduction c’est le mystère le plus extraordinaire des êtres vivants. La règle presque universelle de la multiplication cellulaire est la mitose ou division indirecte, mais certaines cellules parmi les plus différenciées des êtres supérieurs se divisent simplement par amitose, division directe. Certains organismes se reproduisent par fécondation, d’autres indéfiniment, par division ou par bourgeonnement, sans phénomènes de sexualité.
 
Qu’est-ce donc que la mitose?
Si on examine une cellule vivante, après un certain temps de développement, on constate que son noyau commence à se modifier. Sa structure change, des filaments apparaissent et grossissent, ce sont les chromosomes qui portent tout l’ADN de la cellule. Toutes les cellules d’un organisme d’une espèce contiennent exactement le même nombre de chromosomes. Par exemple toutes les cellules de blé ont 20 chromosomes, les cellules d’homme 46, les cellules de poule, 36, etc. Le nombre des chromosomes est toujours pair, il y a double assortiment, l’un vient du père, l’autre de la mère. C’est pourquoi nous portons inévitablement et exactement les caractères génétiques de nos deux parents, et cela se transmet de génération en génération.

Il y aurait beaucoup à dire, et des choses fort complexes sur ce mystéri5eux ADN porteur de tous les caractères physiques et moraux hérités de nos pères: couleur des yeux, sens de l’humour, etc.

Lors de la mitose donc, la somme de tous ces caractères va se scinder en deux masses distinctes dans le noyau. Mais ces deux masses seront rigoureusement identiques. En même temps la membrane qui séparait le noyau de la cellule disparaît. Chaque chromosome se fend dans le sens longitudinal, répartissant l’ADN rigoureusement pour les deux futures cellules-filles. Mais avant la division définitive on constate un phénomène merveilleux: la quantité d’ADN fabriquée par la cellule va peu à peu doubler, de façon à ce que chaque cellule-fille en ait autant que la cellule primitive. Quel extraordinaire travail dans cette petite usine pour y parvenir!

À ce stade de la division appelé métaphase, il n’y a encore qu’une cellule; elle est en mitose, c’est-à-dire en préparation de division. Alors des fibres spéciales tirent chaque moitié de chromosome vers une des extrémités de la cellule qui a comme deux pôles maintenant. En même temps le milieu de la cellule s’étrangle puis elle se coupe en deux.

Chaque cellule-fille reforme alors son propre noyau, les chromosomes s’y fondent en quelque sorte, la membrane vient clore le tout. On imagine quelle véritable usine représente toute cette transformation. Les synthèses complexes des acides nucléiques (ADN et autres), les mécanismes organisés, le tout en température rigoureusement constante, sans quoi tout est compromis, etc. Toutes ces merveilleuses opérations représentent ensemble le secret de la multiplication de la vie sur la terre.

Et en 9 mois, 2 petites cellules d’homme et de femme qui se fondent ainsi, fabriquent plusieurs milliers de milliards de cellules, qui se diversifient encore en cours de route, selon d’autres lois précises pour former nos divers organes.
On pourrait se dire que c’est une bien petite chose, cette division en 2 cellules-filles… et se demander, mais combien d’opérations de mitoses sont-elles nécessaires pour atteindre les milliers de milliards composant un individu terminé, le bébé qui va naître par exemple?

***DESSIN***

Eh! bien non, il ne faut pas un si grand nombre d’opérations que cela. Essayez vous-mêmes de vous en rendre compte par un calcul bien simple. On appelle cela une progression géométrique. En calculant on trouve qu’après 4 mitoses on aurait 16 cellules et qu’après 47 mitoses seulement on atteint déjà 100000milliards de cellules soit 10
14r!

De quoi créer un joli bébé en 9 mois, mesdames…
 
Application spirituelle…
Cette petite étude physiologique m’a laissé songeur, et j’y ai trouvé l’occasion d’une méditation spirituelle.

Nos assemblées diverses ne sont-elles pas comme des cellules du Corps de Christ, elles se développent et atteignent une certaine force. Elles s’enrichissent d’un enseignement excellent. Elles comportent leur noyau d’anciens. Et puis cela s’arrête là.

La mitose ne se produit pas. Ce mécanisme de la reproduction n’a pas été étudié et même semble-t-il, n’a pas été envisagé. Et pourtant, le secret de l’envahissement de la vie sur la planète gît dans cette règle de la mitose cellulaire. Le "croissez et multipliez" du Seigneur ne pourrait-il pas s’inspirer magnifiquement de la nature? Répétons-le, 47 fois et nous voici un corps de 100'000milliards de cellules…

Mais quel travail et quelle révolution intérieure cela suppose. Bien sûr ce n’est pas absolu, beaucoup de cellules meurent, s’arrêtent dans leur développement, beaucoup sont malades. Mais la loi inexorable de la vie garde le dessus dans la nature. Et cette loi bien étudiée mériterait notre attention particulière, car en elle résiderait le secret du rapide développement final du Corps de Christ, en rapport avec l’accroissement galopant de la population qui suit la même loi exponentielle.
 
C’est le travail du noyau qui est particulièrement intéressant.
Tout se passe donc comme si dans une assemblée ou une cellule, on doublait le nombre des anciens ou des responsables, puis après transmission de toutes les charges à double, on formerait deux groupes nouveaux, en pleine conscience et sans idée aucune de rivalité (comme cela se produit hélas généralement partout, parce qu’on n’a pas étudié sérieusement le problème). N’y a-t-il pas là un sujet de méditation bien troublant? Et si les choses ne se passent pas naturellement ainsi ne serait-ce pas que nous sommes trop paresseux pour le royaume de Dieu, si nous restons pauvres, et nos cellules sont presque toutes malades ou même mourantes?

Il est certain que ce "passage en mitose" demanderait
un vrai travail de tous, en vue de l’enfantement. Mais n’est-ce pas le travail fondamental de la vie? L’apôtre Paul s’exclame même dans sa lettre aux Colossiens:

"C’est une joie pour moi de constater que votre vie d’église est aussi ordonnée qu’une armée, et votre foi en Christ aussi solide qu’une forteresse." (Col. 12:5 version Kuen).

Et la naissance de multiples groupes pourvus des caractères héréditaires, mais se diversifiant ensuite par l’apport de nouveaux convertis, ne serait-ce pas ce qui nous obligerait à une évangélisation "naturelle" et à prier, et à combattre, et à édifier de nouveaux responsables?

Bien sûr ce n’est pas le seul mode de reproduction, même dans la nature. Et nous pourrions parler aussi longuement des graines (si petites et qui portent pourtant tout l’héritage de la plante-mère). Nous pourrions parler des bourgeonnements qui se détachent de l’organisme générateur, ou des stolons du fraisier qui gardent longtemps avec la plante-mère un canal de vie, jusqu’à ce que les petites racines soient profondément incrustées dans le sol et capables de nourrir la plantule.

Tous ces modes de reproduction de la nature nous font penser qu’une seule chose est grave: ne plus se reproduire ni se multiplier! Et le Seigneur nous a donné clairement cet ordre pourtant: "Croissez et multipliez… allez…"


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