Le Lien

N° 264 Janvier 2013

Prier pour la guérison des malades

Par Jean-Claude Chabloz

La guérison des malades est l’une des manifestations de la puissance de l’évangile sur les forces du mal et la maladie. Toutefois, on peut observer que ceux qui prient pour les malades ou ceux qui demandent la guérison reçoivent le plus souvent une bénédiction différente à l’exaucement physique attendu. Ainsi, même ceux qui exercent un ministère reconnu de guérisons estiment honnêtement avoir tout au plus 5% d'exaucements miraculeux sur l’ensemble de leurs prières. Cette constatation nous rappelle que le sujet de la prière pour la guérison doit être abordé avec un juste équilibre. Cela nous amène à aborder deux questions qui touchent à la fois à la théologie et à notre pratique pastorale :

Devons-nous demander à Dieu la guérison et l'attendre avec confiance ou au contraire, la proclamer comme un acquis qui doit se matérialiser devant nous ?

Que faire quand la guérison demandée ou proclamée tarde à se réaliser ?
 

La foi est un facteur de première importance
La foi est un facteur de première importance dans la guérison divine. Mais le fait d’en faire le facteur unique peut nous jouer de vilains tours. On tombe dans ce travers, par exemple, lorsqu’on dit en substance : « Dieu ne peut pas faire plus pour nous que ce qu’il a déjà accompli pleinement à la Croix ; à nous d’en saisir le fruit par la foi ». L’insistance sur la foi dans la guérison divine est un héritage principalement américain. Le mouvement de guérison moderne, aujourd’hui mondialisé, subit encore beaucoup l’influence de cette culture qui, en matière religieuse, insiste tout particulièrement sur l’exercice de la foi et de la volonté ­ deux élans semblables de l’âme.

Le volontarisme des Américains remonte aux pionniers. Ce trait culturel leur a permis de vaincre des obstacles incroyables, tant collectivement qu’au niveau d’individualités remarquables ­ jusqu’à occuper la place mondiale qu’ils ont occupée à ce jour. Mais nous pensons que cette insistance sur la foi n’équivaut pas à l’équilibre biblique et qu’elle doit être contrebalancée ­ par l’apprentissage de la grâce, notamment. Nous travaillons, mais Dieu travaille aussi. Il travaille même beaucoup plus que nous. Et il se repose de son œuvre, aussi.

Dieu reste souverain
Sur un total de 41 guérisons personnelles ou collectives rapportées dans les Évangiles, seules seize font intervenir la foi et ce n’est pas toujours celle du malade. La foi n’est pas citée dans une majorité de ces situations. Je l’affirme donc sur la base des Évangiles : la guérison des malades, comprise comme une intervention de Dieu, ne dépend donc pas systématiquement de la foi ! Je bénis le Ciel pour ceux qui ont été guéris en réponse à un acte de foi. Et je bénis ceux que Dieu a guéris sans qu’il y ait eu de leur part un tel geste, pas même la foi. Il a accompli sa parole et ses promesses.

J’ai toujours un peu de peine à lire les livres sur la guérison qui listent les moyens de guérisons comme un protocole ou une check-list au bout de laquelle la guérison doit survenir à coup sûr. Et lorsque le résultat n’est pas au rendez-vous, on se turlupine : qu’ai-je fait faux ? Où ai-je manqué ? Qu’est-ce qui me manque encore ? Nous préférerions peut-être que la guérison divine obéisse à des lois mathématiques. Or nous devons en déduire, hier comme aujourd’hui, qu’il y a un autre facteur insaisissable qui tient à Dieu lui-même : sa souveraineté.

Ne soyons pas fatalistes
Dès lors, devons-nous prier pour les malades en disant : « Seigneur, guéris cette personne... si tu veux ? ». Devrions-nous être neutres dans nos prières ? Et c’est un Suisse qui vous écrit... La neutralité ne fait pas partie du Royaume de Dieu. Dieu n’est jamais neutre face aux circonstances et surtout pas face à la maladie. Le grand écrivain britannique C.S. Lewis a écrit : « Chaque parcelle, si infime soit-elle, de l’univers, est revendiquée par Dieu ou par le Mal ». Soyons donc de ceux qui revendiquent ; de ceux qui se positionnent résolument pour l’invasion du Royaume de Dieu partout là où l’oppression et la maladie sont à l’œuvre. Ne soyons pas neutres dans nos prières. N’ajoutons pas « si Dieu veut » comme pour nous couvrir, au cas où les malades ne seraient pas encore guéris, mais éventuellement, si nécessaire, pour manifester notre soumission à Sa parfaite volonté. Prions avec foi (c’est l’inverse du fatalisme) que Dieu guérisse.

Proclamer ou attendre ?
Un jour, Jésus a guéri un homme qui avait une main paralysée1 en lui demandant d'étendre son bras, ce que l’homme était précisément incapable de faire. Jésus a demandé un acte de foi. L’homme a obtempéré et il a pu étendre son bras : il était guéri miraculeusement. Maints prédicateurs de guérisons ont suivi ce modèle dans l’exercice de leur ministère. Mais cela demande un don de foi particulier, c’est-à-dire un discernement que nous agissons sur un mandat précis de Dieu au moment où nous engageons un malade dans une telle démarche. Affirmer à un malade « Tu es guéri » nous engage énormément. Il se peut que nous ayons reçu une révélation et que le malade ne la perçoive pas encore. Mais il se peut aussi que nous ayons fait preuve de présomption en nous appuyant sur nos propres idées. La foi n’est pas la présomption. Comme le savoir ?

Il peut être très embarrassant d’entendre quelqu’un affirmer une guérison qui n’est pas encore là. Je pense en ce moment à Anne-Sophie (prénom modifié) quelque part en francophonie. Elle avait un bouton bizarre dans le dos. Ce bouton a grandi, s’est modifié, a pris de plus grandes dimensions. Anne-Sophie a attendu, demandé la prière, mis en œuvre sa foi fondée sur les promesses de la Bible et tardé assez longtemps, avant de consulter le médecin de famille qui a diagnostiqué un mélanome impossible à guérir. L’issue fut la mort, mais le Seigneur a donné à Anne-Sophie une aide précieuse pour les besoins créés par cette situation. Elle s’en est allée auprès de son Dieu.

L’incrédulité de responsables
Voici une autre histoire : une croyante avait demandé l’onction d’huile pour un goitre. Elle proclamait à qui voulait l’entendre que Dieu l’avait exaucée. Les fidèles de sa communauté étaient un peu mal à l’aise face à cette poche qui pendait toujours à son cou. Mais elle ne voulait pas d’une nouvelle onction d’huile, « puisqu’elle était déjà guérie ». Finalement, une délégation pastorale est venue la trouver à son domicile pour lui demander de cesser. La femme en a pleuré puis elle a annoncé qu’elle voulait prier. Elle s’est mise à genoux et a dit : « Seigneur, mon pasteur et mes anciens sont des incrédules. Moi je sais et je crois que tu m’as guéri. Alors je te demande une chose : de montrer qui a raison ». Il y a alors eu un bruit de vieux pneu qui se dégonfle. Lorsqu’anciens et pasteur ont rouvert les yeux, le gonflement avait effectivement disparu. Ils se sont mis à genoux pour demander pardon.

Faut-il demander ou proclamer ? Il n’y a pas de règle définitive dans ce domaine. Chaque cas est particulier. Dans mon cœur ne se trouve aucun jugement quant à ceux qui ne sont pas encore guéris alors qu’ils ont proclamé leur guérison en pleine conviction, appuyée par des promesses de la Bible, des prières de victoire, des prophéties précises de guérison, l’imposition des mains ou l’onction d’huile... . Car ne l’oublions pas, tous seront effectivement guéris un jour, soit dans cette vie ou dans celle glorieuse qui vient. Alors, même si nous préférions que cela se manifeste dans cette vie, notre espérance dans la résurrection proclame la totale guérison à venir

Prier combien de temps ?
Les prières de Jésus pour la guérison des malades sont souvent davantage des ordres puissants et brefs que de longues demandes savantes et argumentées. Dans son enseignement, le Christ réfute l’idée qu’une quantité de paroles a plus d’effet. « Ce sont les païens qui prient comme ça », dira-t-il dans son Sermon sur la Montagne. Cette force contenue dans une seule parole de foi se vérifie dans les guérisons de Jésus ou des apôtres.

Dans cette optique, je prie toujours courtement pour les malades. Mais je ne considère pas que « je n’ai droit qu’à un seul coup ». Je peux prier plusieurs fois pour la même maladie ou le même problème. Et je recommande de prier jusqu’à ce que quelque chose se passe :

Soit qu’un mieux se fasse sentir. Dans ce cas, je persévère, je m’attache à la foi et aux promesses bibliques de guérison. J’apprends à me réjouir de toute amélioration, qui me donne force et renouvelle mon espérance.

Soit que la situation se dégrade, auquel cas je me demande sérieusement si l’Adversaire n’est pas en train de saboter mon travail et j’entre alors dans un combat spirituel.

Soit que le Saint-Esprit me révèle qu’il n’enlèvera pas l’épreuve, mais fortifiera le patient pour lui donner la victoire sur le doute, le désespoir, l’angoisse. etc.

Le statu quo m’inquiète
C’est le statu quo qui n’est pas acceptable ­ à moins bien sûr qu’une conviction ait été donnée que la maladie demeurera provisoirement ; une telle conviction doit cependant être accompagnée de grâce, de paix intérieure et d’une explication si Dieu consent à la fournir. Tous ces cas constituent des jalons sur notre route, qui éclairent le chemin et qui nous aident à persévérer dans notre marche en avant.

Dans 2 corinthiens 12.7-9, l’apôtre Paul indique qu’il a reçu de la bouche même de Dieu une parole de mise au point par rapport à sa maladie durable et ses demandes de secours. Dieu lui dit : « Ma grâce te suffit ». Malgré cela, Paul, qui avait la tête dure, est revenu deux fois à la charge auprès de Dieu pour plaider sa cause, pour finir par accepter la décision du Seigneur, dans la paix et la reconnaissance. Je n’ai aucun problème à revenir à la charge auprès de Dieu, dans la prière, pour moi-même ou pour les autres

La guérison est provisoire
Comme les guérisons miraculeuses sont des répits, avant que les personnes ne meurent, elles ont toutes un caractère provisoire. Donc, une rechute dans la maladie ne me choque pas, même si elle me fait mal au cœur pour le malade. Je reprends la démarche de guérison, si elle est désirée, redoublant d’amour, de foi et d’espérance et m’attendant à une nouvelle guérison. Une démarche d’accompagnement pastoral et spirituel peut aider à savoir si le malade guéri s’est éloigné du Seigneur, ce qui peut se produire ou si son style de vie n’est vraiment pas approprié, après sa guérison.

Pour finir, ose-t-on dire à une personne malade : « Prépare-toi à partir, mets ta vie en ordre ! ». Est-ce de l’incrédulité ? Ou de la sagesse ? Il faut beaucoup de tact et une conviction très solide pour s’exprimer de la sorte. Faute de cela, je me base sur le témoignage de la Bible qui dit que Dieu veut nous guérir.

Extrait du livre « Pour aider les malades et ceux qui prient avec eux », Pasteur Jean-Claude Chabloz. Disponible en Europe aux éditions Première Partie.


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NOTES
1 : Marc 3.1-3, Luc 6.6-8.


Conseils pratiques donnés aux malades

Par Albert Benjamin Simpson (1843 ­- 1919)

Avec des références bibliques et des actualisations de la rédaction

Appuyez-vous sur la Parole de Dieu, car c’est le seul fondement certain sur lequel peut s’appuyer votre foi, sinon jamais vous ne pourrez résister à toutes les objections, à toutes les épreuves que vous ne manquerez pas de rencontrer (Ex.15.26 ; Es 53.4-5 et Mt 8.17 ; Ps 103.3 ; Jn 14.13-14 et 15.7 ; 1Jn 5.14-15 ; Mt 18.19)

Soyez pleinement convaincu que Dieu vous aime et veux votre bien. Un grand nombre de malades sont tout disposés à admettre que Christ a la puissance de guérir, et c’est là ce que le diable aussi reconnaît; mais l’enfant de Dieu qui demeure dans l’humilité doit croire, en outre, à la bienveillance de Dieu, à son amour prêt à répondre à la prière de la foi (Mat 8.2-3 ; 15.28 ; Mc 5.34 ; Jac 5.15).

Examinez aussi où vous en êtes avec Dieu. Tout va-t-il bien entre Lui et vous ? Si votre maladie fait suite à du péché, commencez par vous repentir, par confesser vos fautes et par les réparer autant que possible. Toutefois, ne vous laissez pas effrayer par Satan qui voudrait paralyser votre foi en vous replongeant sans cesse dans votre indignité et en vous répétant que vous n’êtes pas assez bon pour réclamer cette grâce (Luc 17.5-6).
Lorsque vous êtes pleinement convaincu de son accueil favorable, remettez-lui le soin de votre corps (qui est une parcelle du corps de Christ, temple de l’Esprit, 1Cor 6.15a ; Rom 8.10-11).

Employez pour le service de Dieu la santé et la force qu’Il vous a donnée et ayez soin d’obéir à la volonté du Maître. La force que vous avez reçue de Christ est quelque chose de sacré, puisque c’est sa vie de résurrection qui agit en vous. Il faut donc en user comme il le ferait lui-même (Mt.8.14-15 ; Luc 8. 38-39 ; Ac 3. 6b-8 ; 1Co 6.20).


Un appel solennel

En 1954, le journal du Lien lançait cet appel pour encourager les chrétiens à revenir à Dieu et à prier. Ce message est encore plein d’actualité, en particulier dans ces temps où les dérives morales et spirituelles se manifestent avec forces. Notons qu’à cette époque, le journal n’était qu’une petite brochure imprimée à peu d’exemplaires. Avec le recul, nous pouvons mesurer que l’étonnant développement de ce ministère dans la francophonie ne s’explique pas ! Il est sans aucun doute, l’un des fruits des prières de fois qui sont montées vers Dieu.

Pourquoi avons-nous besoin d'un profond réveil du Saint-Esprit ?
Parce que nous, chrétiens, avons abandonné l'Éternel pour suivre nos propres voies, faisant à Dieu l'injure de lui imposer nos plans au lieu d'apprendre à l'écouter pour connaître le secret d'une vie toute dirigée par son Esprit. La prière et le jeûne ont perdu leur valeur au profit d'un activisme infructueux. Combien peu sont encore capables d'amener des âmes à Jésus Christ ! On ne lui accorde que de brefs instants, et beaucoup ont perdu la vraie joie par négligence de la prière et du témoignage personnel. Notre crainte des hommes est plus grande que notre foi et nous hésitons à nous abandonner au Seigneur pour posséder la véritable Vie. Parce que notre christianisme est sclérosé. Nous avons la forme de la piété, mais non ce qui en fait la force, notre formalisme, nos discordes, nos critiques attristent l'Esprit-Saint. Aveuglés par l'orgueil, nous croyons être supérieurs à nos frères et nous sommes plus préoccupés par nos œuvres que de celles de Dieu. Nous stationnons et discutons tandis que l'adversaire mène l'offensive avec un succès grandissant. Nous méconnaissons le feu sacré qui animait les premiers chrétiens et nous ne sommes pas assoiffés de la puissance dont ils ont été revêtus ; peut-être en avons-nous peur ? Quoi d'étonnant alors si rien ou presque ne se passe dans nos églises et que les hommes s’en tiennent à l'écart ! Nous avons tant de problèmes, comment leur apporterions-nous la solution ? Tant de malades spirituels languissent au sein même du peuple de Dieu, en marge de la puissance libératrice du Christ. Que Dieu ait pitié de nous.

Que faire ?
« Si mon peuple s'humilie, prie et cherche ma face, et s'il se détourne de ses mauvaises voies, je l'exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays » (1Chr 7.14). Confessons donc sincèrement notre péché, humilions-nous profondément et revenons à l'Éternel qui ne se lasse pas de pardonner. Offrons-lui sans réserve notre vie et mettons-nous en règle avec Dieu et les hommes. Aimons-nous ardemment, malgré nos lacunes, unissons-nous d'un même cœur, pardonnons-nous réciproquement et livrons-nous au Saint-Esprit afin d'être saisi par lui pour rebâtir courageusement, tous ensemble, le Temple vivant de l'Éternel. Si nous sommes décidés à payer ce prix, des vagues de bénédictions submergeront bientôt nos vies et nos régions et nous connaîtrons que la Parole de Dieu ne consiste pas en un discours persuasif, mais en une démonstration d'Esprit et de puissance


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