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N° 194 Juillet 1995

Des charismes et des ministères

Par René Jacob

Des charismes
Dans notre groupe de prière, avec la venue du Saint-Esprit, des charismes vont surgir, plus ou moins spectaculaires, plus ou moins abondants.

Qu’est-ce qu’un charisme? C’est un don particulier que Dieu fait à celui-ci ou à celui-là (par opposition à la grâce, qui est la vie même de Dieu donnée à tous), c’est une manifestation du Saint-Esprit (1 Cor. 12:7). Une manifestation, ça se voit! Il n’y a donc pas lieu de se casser la tête pour essayer de trouver des charismes: si on ne les voit pas, c’est qu’il n’y en a pas!… Puisque c’est un don de Dieu, il n’y a qu’un moyen d’avoir des charismes: prier, jeûner, vérifier
les bases indispensables et attendre l’heure de Dieu!

La Bible nous donne quelques listes de charismes, par exemple: 1 Cor. 12; Rom. 12; Eph. 4. Mais la Bible ne prétend pas donner la liste complète de tous les charismes. Nous en verrons toujours de nouveaux surgir de-ci de-là, plus ou moins déroutants, toujours à la mesure de l’inattendu de Dieu. Ne refusons pas trop vite, car un vrai charisme est une bénédiction de Dieu! Sachons attendre pour voir les fruits (Actes 5:34), et discernons avec sagesse. Mais ne cessons pas de demander au Seigneur les charismes (1 Cor. 14:1:Actes 4:30; 2 Cor. 12:12) si utiles pour nous équiper pour le service.
 
Des charismes aux ministères.
Quand le charisme revient souvent chez la même personne, on parlera peu à peu de ministères, c’est-à-dire de services. Car les dons reçus sont au service de la communauté: "Que chacun, selon le charisme qu’il a reçu, se mette au ministère (service) de la communauté." (1 Pierre 4:10.)

En cela, nous suivons le Christ, qui est venu pour servir. Le centre du ministère de Jésus a été sa mort sur la croix; il est venu "pour servir et donner sa vie" (Marc 10:45). Pour nous de même, l’appel au ministère est d’abord un appe4l à donner notre vie pour nos frères, à mourir pour eux… et par eux! Si nous ne sommes pas prêts à mourir, mieux vaut renoncer à tout ministère.

Ce ministère, nous sommes appelés à le vivre sous des formes très variées que l’on appelle les ministères. Mais il faut toujours se rappeler que n’importe quel ministère est un service: on ne peut donc ni le revendiquer ni s’y accrocher, il dépend de la communauté, pour le temps qu’elle voudra.
 
Les 3 ministères principaux.
Dans le groupe de prière, trois ministères principaux doivent se mettre en place: le berger, le prophète, le docteur (1 Cor. 12:28)

Le berger. On ne le choisira ni sur sa mine, ni sur son rang social, ni sur son instruction (Actes 4:13), ni sur la base d’une soi-disant prophétie mal discernée. On choisira un homme ou une femme humble, qui a reçu du Seigneur un minimum de discernement, dont la foi est solide, et qui est capable de travailler à l’unité du groupe. L’âge n’a pas d’importance (1 Tim. 4:12), mais on ne choisira pas, généralement, un jeune converti (1 Tim. 3:6). La communauté demandera au Seigneur de fortifier et de développer ces charismes (1 Tim. 4:14) qui étaient déjà les charismes de Pierre (Luc 22:32; Jean 21:15).
Il est bien évident que le berger doit rester humble et petit! Il demandera souvent la prière de ses frères et, à la suite de Jésus, il restera à la dernière place. Il ne doit évidemment jamais "s’accrocher" à sa place. Pour éviter cela, nous avons pris l’habitude, dans nos groupes, de remettre le ministère de berger à la communauté chaque année, au mois de septembre. Après avoir prié et jeûné, la communauté désigne à nouveau le berger, soit le même, soit un autre. Ce ministère nous apparaît ainsi mieux vécu et plus solide.

Le prophète. C’est le deuxième ministère par ordre d’importance! Si un vrai ministère de prophète est en place, alors Dieu peut venir parler à sa communauté. Mais comment "fabriquer" un prophète? Il n’y a pas de recette! Et malheur à celui qui se prendrait pour un prophète alors qu’il ne l’est pas (Jér. 23:16; Ezéch. 13:1)! Le prophète et la prophétie sont des cadeaux du Seigneur. Il faut prier et jeûner jusqu’à ce que Dieu donne. Et Dieu donnera, en son temps.

Le docteur. Le berger peut très bien n’avoir fait aucune étude (Actes 4:13). Le docteur sera celui ou celle qui aura le charisme de la connaissance biblique, qui pourra bien sûr faire quelques études, mais qui aura surtout le charisme de faire comprendre l’Écriture et d’attirer l’attention du berger et de la communauté sur tel ou tel passage. Son rôle sera très important pour aider au discernement, mais il restera à sa place, la troisième! Si le docteur passe avant le prophète, le berger risque d’écouter le docteur d’abord, et c’est "la tête" qui dirigera la communauté. Par contre, s’il y a un prophète et pas de docteur, on risque de prendre pour parole de Dieu n’importe quelle fausse prophétie, parce qu’on manquera d’éléments de discernement! C’est le Seigneur qui doit diriger la communauté: il parle par ses prophètes, ceux-ci sont discernés par le berger, qui s’appuie lui-même sur la boussole biblique (le docteur).

Quand ces trois ministères principaux sont bien en place, la communauté ressemble à un bateau: le capitaine est à la barre (le berger), la vigie est en haut du mât (le prophète), et le navigateur est penché sur ses cartes (le docteur avec la Bible). Quand la vigie pense que Dieu parle ou "voit" quelque chose, elle donne son message; le navigateur vérifie sur la carte, et transmet son avis au berger; celui-ci, assisté dans son discernement par beaucoup d’autres éléments, prendra la décision qui s’impose pour la marche de la communauté.
 
Importance du discernement.
Le discernement est capital pour garder le cap et arriver à bon port à travers tous les récifs qui parsèment la route. Il y a 7 éléments qui permettent de discerner si une prophétie vient de Dieu ou non (les critères peuvent être utilisés dans d’autres occasions, quand on cherche la volonté du Seigneur):

1. Si une prophétie annonce l’avenir, c’est quand elle se réalise que l’on voit qu’elle vient de Dieu (Deut. 18:21). Il n’y a donc pas lieu d’en discuter, encore moins de s’affoler. On met cette prophétie dans un dossier, et l’on attend!

2. La prophétie doit être en accord avec toute la Bible et toute la foi chrétienne. C’est du bon sens. Puisqu’il n’y a qu’un seul et unique Dieu, il parlera de la même façon par la bouche du prophète ou par la Bible. Il faut donc vérifier si la prophétie ne va à l’encontre d’aucune donnée fondamentale de la révélation (le rôle du "docteur" sera ici primordial).

3. Le discernement de la communauté (1 Cor. 14:29).
Le discernement communautaire est une boussole qui se met en route dès que la communauté est réunie. Si quelque chose n’est pas de Dieu, un malaise traverse la communauté, un peu comme si l’aiguille de la boussole s’affolait brusquement. Cela se passe au niveau de l’intuition profonde; on ne saura pas toujours le formuler, et ce n’est pas nécessaire. C’est un clignotant qui s’allume et qui crie: danger.

4. Le discernement de ceux qui ont reçu le charisme de discernement (1Cor. 12:10). Ce ne sont pas forcément d’unes gens "bien", des psychologues ou des sages. Cela peut même être un handicapé mental! Mais quand on demande à cette personne son avis pour savoir si telle ou telle chose est de Dieu, elle dit oui ou non avec une attitude sereine, parfois même contre l’avis général, mais avec une exactitude toujours vérifiée. Il s’agit bien d’un don, d’un charisme. L’avis de ces gens-là est très précieux, qu’ils aient10 ans ou 80!

5. Le discernement du responsable (1 Cor. 12:28). Le prophète doit être soumis au discernement du responsable. On priera souvent pour que le Seigneur donne un bon discernement au berger. Ce discernement est, pour le berger, la boussole que le Seigneur a mise en lui par le Saint-Esprit. Cette boussole réagira avec d’autant plus de justesse, que le berger reste petit, branché sur le Seigneur, libre de toute pression, et prêt à reconnaître qu’il ne sait pas.

6. Les fruits de l’Esprit (Gal. 5:22 et Héb. 12:11). Si Dieu parle ou agit, il apporte toujours: amour, paix, joie, etc. Toutefois, on ne peut s’appuyer sur Gal. 5:22 pour écarter les prophéties qui nous bousculent sous prétexte qu’elles n’apportent pas la paix! Car Héb. 12:11 nous dit que la correction, sur le moment, ne procure pas la joie, mais la tristesse; cependant, si l’on accepte la correction, alors dans un deuxième temps on trouve la joie et la paix. Retenons donc bien les 2 textes: Gal. 5:22 et Héb. 12:11.

7. La vie du prophète (Mat. 7:17). Il est vrai qu’un bon arbre donne de bons fruits. Si le prophète est humble, si sa vie est droite, s’il ne cherche pas à avoir raison, on est tenté de le croire; par contre, si un orgueilleux ou un pécheur manifeste vient nous apporter un message de la part de Dieu, on sera méfiant. Et c’est vrai que Dieu bénit le juste (Jean 5:16).

Chacun de ces 7 critères, pris séparément, n’est nullement infaillible, car nous sommes tous faibles et pécheurs. C’est l’addition de plusieurs de ces critères qui permet d’asseoir un discernement solide. Le berger se méfiera toujours de son seul et unique discernement personnel; il vérifiera souvent son discernement en faisant appel aux autres éléments cités ci-dessus.

 
Autorité et soumission.
Le Seigneur a voulu des ministères d’autorité dans son Église (Tim. 1:5; 1 Cor. 12:28), et l’expérience nous enseigne qu’il ne peut y avoir de charismes forts que s’il y a une autorité équilibrée et ferme. Qui dit autorité, dit soumission. Le Seigneur veut que nous soyons soumis, parce que lui a été soumis (Héb. 5:9). La voie royale de l’obéissance est en fait la voie royale de la croix, celle par laquelle le monde est sauvé (Rom. 5:19). Trop souvent, on fait appel à Actes 4:19: "il vaut mieux obéir à Dieu, plutôt qu’aux hommes", pour justifier nos désobéissances. Alors que c’est par l’obéissance que nous devenons des adultes et des saints. Il nous faut découvrir que, la plupart du temps, notre obéissance à Dieu passe par l’obéissance à des hommes. C’est même précisément cela, l’Église.

Dès lors, nous n’avons pas à craindre que l’autorité se trompe car, en obéissant, nous nous remettons à Dieu, qui est assez puissant pour changer les décisions de l’autorité, ou pour retourner un ordre injuste à sa propre gloire. Il y a, dans cette notion de l’obéissance, la clef de la sainteté, la clef de l’unité de chacune de nos communautés et de toute l’Église, et donc la clef de l’évangélisation.

Par contre, si nous exerçons un ministère d’autorité, nous nous rappellerons que nous ne pouvons pas exercer l’autorité comme dans le monde (Marc 10:42-43), que toute autorité chrétienne ne peut être que service, que notre modèle sera toujours le bon pasteur donnant sa vie pour ses brebis (Ezéchiel. 34l n; Jean 10; 1 Pierre 5:14). Concrètement, le berger commencera par beaucoup prier; il saura écouter chacun de la même manière, il cherchera l’échange et le partage, et il ne prendra la décision qui s’impose (dans les seuls domaines où il a autorité bien sûr) qu’avec sagesse et discernement. Humblement, il restera à l’écoute du Seigneur, le cœur ouvert à ses frères et sœurs, mais le regard toujours fixé sur son Seigneur, "tenant ferme comme s’il voyait l’invisible" (Héb. 11:27).

Bien évidemment, le berger vérifiera sa propre soumission. Comment pourrait-il demander aux autres la soumission, si lui-même n’est pas soumis? Son lieu de soumission sera le plus souvent sa propre Église. Il y sera, aux yeux de tous, un modèle de soumission authentique.
 
Par-dessus tout, le pardon et l’amour.
Paul parle abondamment des charismes en 1 Cor. 12 et 1 Cor. 14. En plein milieu de ce développement, en 1 Cor. 13, il nous parle de l’amour. Et il nous dit que l’amour est plus important que tout. Bien sûr il ne s’agit pas d’un amour sentimental, mais de l’amour-agapè, c’est-à-dire de l’amour même du Père et du Fils. Cet amour n’est pas un charisme! Il est beaucoup plus que tous les charismes, c’est l’amour même de Dieu déposé dans lei cœur de tous ceux qui lui ont donné leur vie, et qui va produire des fruits en abondance.

Pour construire sa communauté-Église, le Christ a aimé jusqu’à mourir (Tite 2:14; Eph. 2:14-17). Si nous voulons bâtir une communauté solide, il nous faut à notre tour aimer jusqu’à mourir. Pour cela, il nous faut faire une guerre sans merci à tous les cancans et les ragots, il faut refuser de dire du mal de quelqu’un qui n’est pas là, quitte à "nous sonner la cloche" les uns aux autres pour nous aider (nous avons parfois mis une clochette sur la table, en communauté ou en famille… on se mettait d’accord pour que, si l’on commençait à dire du mal de tel ou tel, celui qui s’en apercevait sonnait la cloche… les résultats étaient surprenants!) Il nous faut repousser toute discussion trop humaine et tout jugement. Si quelqu’un a réellement péché (du moins d’après ce que nous pensons), suivons les règles bibliques, et allons le trouver (Mat. 18:15). Si quelqu’un nous a blessés, pardonnons avant d’aller nous coucher, pardonnons, pardonnons encore, d’un réel pardon qui oublie ce qui s’est passé. À l’image du Christ, il nous faut tout supporter, tout croire, tout espérer. Il nous faut chercher coûte que coûte cette unité du cœur et de l’esprit, qui nous établira au cœur de la Trinité, et qui bouleversera le monde.

Des bases fermes, des ministères équilibrés et bien en place, l’amour divin qui coule à flots, voilà de quoi bâtir solidement la maison de notre Dieu!


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