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N° 286 Juillet 2018

Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur !

Par Sylvain Demierre

Psaume de louange (Psaume 100)
Poussez vers l’Éternel des cris de joie, Vous tous, habitants de la terre!
Servez l’Éternel, avec joie, Venez avec allégresse en sa présence!
Sachez que l’Éternel est Dieu! C’est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons;
Nous sommes son peuple, et le troupeau de son pâturage.
Entrez dans ses portes avec des louanges, Dans ses parvis avec des cantiques!
Célébrez-le, bénissez son nom!
Car l’Éternel est bon; sa bonté dure toujours,
Et sa fidélité de génération en génération.

Dans la Bible nous trouvons près de trois cents fois le mot joie et presque autant d’expressions du verbe (se) réjouir. À titre de comparaison, le mot amour figure une centaine de fois
1.

En y regardant encore d’un peu plus près, on constate que ce même mot joie apparaît dans quarante-neuf des soixante-six livres qui constituent le canon biblique
2.

Alors bien sûr, ces chiffres ne sont pas un critère prépondérant, mais une telle abondance nous incite tout de même à penser que la joie dont il est question dans les Écritures mérite une attention particulière de notre part.

Lorsque nous survolons le Premier Testament, nous réalisons que la joie que nous y rencontrons est souvent très exubérante, de nature collective et se trouve en général liée à une manifestation divine ou à de grands événements religieux.
Par exemple: Lévitique 9.24, 1 Chroniques 15.28, Esdras 3.11.
Le livre des Psaumes présente une évolution notable. La joie y prend en effet une dimension plus individuelle et résulte souvent de la reconnaissance personnelle de la grandeur et de la bonté de Dieu, y compris dans des situations de détresse humaine, d’oppression ou d’injustice.

Par exemple: Psaumes 16, 31, 71, 89.
Le livre d’Esaïe, de par son caractère éminemment prophétique, nous décrit plus particulièrement une joie à venir, une joie qui succède à la tristesse et aux douleurs.
Par exemple: Esaïe 12, 35, 51.11, 66.10-14.
Mais un pas de géant est franchi dans le Nouveau Testament.

L’Évangile de Jean introduit en effet une notion bouleversante: celle d’une joie parfaite manifestée dans la connaissance et la mise en pratique de l’enseignement du Seigneur. Une joie parfaite pour ici et maintenant. Une joie libérée des circonstances et enracinée dans l’éternité du Christ:

«Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.
Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples.
Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour.
Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.»
(Jean 15.5-11)

Waow! Le Fils du Dieu vivant, lui-même, nous promet sa joie!
Mais nous devons reconnaître que, bien que rachetés par Christ, bien qu’aspirant à sa perfection, nous n’en sommes pas moins des êtres humains avec encore nos faiblesses et nos imperfections, avec la nécessité de cheminer à notre rythme, en nous trompant parfois. Autrement dit, si Jésus nous offre bel et bien sa joie dès maintenant, nous ne sommes pas forcément prêts à la recevoir tout entière et devons faire notre part du chemin.

Pour se mettre (ou se remettre) en marche et avancer sur cette voie vivifiante, il n’y a pas de grands secrets d’initiés à découvrir: il est extrêmement précieux de se ménager des temps dans le silence, à l’écart de l’agitation du monde, pour lire et méditer les Écritures et pour prier, avec le profond désir de la rencontre avec notre Dieu.

Pratiquer cela régulièrement nous fortifie dans la foi et participe à notre sanctification en nous distanciant de tout ce qui dans le monde tend à nous éloigner de notre Seigneur, et qui, si l’on n’y prend pas garde, peut très vite nous contaminer (par exemple l’appât des richesses terrestres pour devenir son propre maître, l’enfermement dans un état d’anxiété qui étouffe notre confiance en Christ et nous abat peu à peu, la recherche immodérée de plaisirs charnels qui se substitue à la joie incomparable que l’on éprouve dans la présence de Dieu, etc.).

Cela prépare aussi tout notre être à accueillir chaque jour l’amour de Dieu, amour qu’Il désire que nous partagions en parole et en actes avec nos frères et sœurs et avec les personnes que nous côtoyons.

Mais cela contribue également à faire grandir notre connaissance et notre compréhension du cœur de Dieu. Et c’est un aspect très important, car c’est en le connaissant toujours plus que nous devenons capables de discerner son action dans nos vies et dans le monde. Et cela nous aide à réaliser toujours mieux l’étendue de sa gloire et l’immensité de son amour pour nous. Ce qui a pour conséquence directe de faire grandir notre amour pour lui.

Et lorsque cela arrive, surgit spontanément un profond sentiment de reconnaissance. Or je crois que cette reconnaissance-là est le terreau le plus fertile dans lequel la joie véritable peut germer et s’enraciner.

En réfléchissant à tout cela, je réalise tout à nouveau que cette capacité de se réjouir n’est finalement pas l’apanage de l’homme seul, mais que, sous des formes qui leur sont propres, cette joie reconnaissante se manifeste également dans les règnes animal et végétal, comme un bout de signature du Créateur, un témoin attestant de sa paternité. Et ce qui nous est donné d’observer dans les merveilles de la création, dans la générosité qui se manifeste dans la nature, que ce soit dans le chant des oiseaux ou la magnificence d’un pré en fleurs, et tant d’autres choses, tout cela nous est annoncé dans la Bible.

Par exemple: 1 Chroniques 16.32, Esaïe 44.23, Esaïe 55.12, Psaume 148.

Ainsi, la joie à laquelle nous invite notre Dieu trinitaire, modèle absolu d’une communion parfaite, est une joie qui nous remue en profondeur, une joie qui fait fleurir l’amour qui habite en nous. Cette joie nous transporte dans la louange et dans l’adoration de notre Seigneur et Sauveur. Cette joie, lorsqu’elle est parfaite, nous transporte dans une dimension d’éternité et nous rend aptes à toute bonne œuvre à laquelle nous appelle notre Seigneur.

Pour conclure, j’aimerais nous laisser un sujet de méditation:
Depuis très longtemps, des sages d’Israël ont déclaré que l’origine première des malheurs qui émaillent l’histoire mouvementée et souvent douloureuse du peuple juif se trouve dans le fait d’en être venu à effectuer le service divin sans joie.
(Le passage de Deutéronome 28.47-53 semble aller dans ce sens).

Je crois que cette pensée reste totalement valable pour toutes nos communautés chrétiennes mais aussi pour nos vies personnelles. Car la joie est un véritable moteur dans nos vies, et son carburant principal est la reconnaissance.

Ainsi, dans la vie du croyant ou d’une communauté de croyants, si la joie de servir disparaît, une porte s’ouvre à toutes sortes de dérives, d’abord invisibles, mais qui vont inéluctablement conduire à un éloignement du Seigneur avec les multiples conséquences dramatiques que l’on connaît.

Gardant cela en mémoire, restons donc attentifs à tout ce qui peut nourrir notre joie reconnaissante, pour la gloire du Dieu vivant!

«Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi, pour que vous abondiez en espérance, par la puissance du Saint Esprit!» (Romain 15.13).



Notes:
1. Source La Bible de l’Épée, IntraText CT – Statistiques.
2. Depuis le 4e siècle, les chrétiens emploient le terme de canon (d’un mot grec désignant un bâton pour mesurer, puis, au sens figuré, une règle) pour désigner la liste des textes reconnus comme faisant autorité dans l’Église, comme règle de foi et de vie.


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