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N° 276 Janvier 2016

Comment Dieu me parle avec Néhémie

Par Hanspeter Nüesch

En l'an 445 avant J.-C., Néhémie, un fonctionnaire juif au service de l'empereur perse, a été informé de la situation précaire de Jérusalem. Il en était profondément consterné. «Je m'assis et me mis à pleurer. Pendant plusieurs jours, je restai abattu. Je jeûnai et je priai constamment devant le Dieu du ciel.» (Ne 1.4) Sa réaction n'était pas: «De telles choses arrivent, on ne peut rien y faire!» Il ne dit pas non plus: «C'est la faute aux Israélites qui sont rentrés à la maison. Ils ont manqué de rebâtir les murailles, à eux maintenant d'en porter les conséquences.» Il ne se lamenta pas non plus en disant: «C'est la fin des temps!» Non, il s'est laissé toucher personnellement, en pleurant et en portant le deuil.

Néhémie pleura. D'abord, je me suis dit qu'il était un homme un peu trop émotif. Ce sont plutôt les enfants qui pleurent, ou peut-être les femmes qui réagissent souvent de manière plus sensible. Pour ma part, cela faisait une trentaine d'années que je n'avais pas pleuré. Mais quand je me suis énervé au sujet de l'attitude endurcie de mes concitoyens, quelqu'un me répondit: «Et si tu commençais par pleurer?» Cela ne m'aida pas vraiment. Me sentir concerné, oui, mais pleurer? Est-ce qu'il se pouvait que mon incapacité de pleurer était due au fait que je m'étais distancé des besoins autour de moi? J'ai alors commencé à demander à Dieu de me redonner la capacité d'être ému de compassion, et aussi la capacité d'exprimer Ses émotions. Je priai que les fleuves d'eau vive, dont la Bible parle dans Jean 7.37, puissent ramollir mon cœur. Je ne sentis pas de changement immédiat. C'était plutôt comme lorsqu'on verse de l'eau sur une terre desséchée: d'abord la terre ne peut pas absorber l'eau. Mais progressivement je ressentis que mon cœur s'attendrissait par l'action du Saint-Esprit. Comme conséquence, je suis devenu plus libre d'accepter les émotions et de les exprimer, pas seulement, mais parfois aussi, par des larmes.

Engagement dans le jeûne et la prière
Revenons au livre de Néhémie. Comme signe de sa consternation, il pria et jeûna pendant trois jours. Le jeûne est un signe de gravité. En jeûnant, nous nous concentrons entièrement et nous renonçons à tout ce qui est secondaire.

Néhémie se retira pour être seul avec Dieu, et obtenir une perception spirituelle de la situation. Dans le calme, il reconnut que c'était la désobéissance envers Dieu qui était la raison de la situation fâcheuse. Et il n'accusa pas ses frères Israélites pour leurs péchés, mais s'identifia avec eux. Profondément consterné il pria: «Nous avons péché contre toi. Oui, moi et mon peuple, nous avons péché.» Les murs effondrés étaient une image des murs spirituels: les Israélites s'étaient adaptés à leur entourage païen. Loin d'exercer une bonne influence sur leur entourage, c'était plutôt l'inverse. Dans les chapitres suivants, nous lisons qu'ils négligeaient les bonnes ordonnances de Dieu. Ils choisissaient des conjoints de peuples étrangers qui ne partageaient pas leur foi. Ils faisaient des affaires lors du Sabbat, et négligeaient de donner leur dîme à Dieu. Les riches exploitaient les pauvres, de sorte que ces derniers n'avaient plus de quoi vivre et devaient se vendre en esclavage. Tout cela dans une situation, où ils étaient soumis à l'empire perse et devaient payer des impôts importants. Des peuples voisins profitaient de cette faiblesse économique et sociale en orchestrant des pillages réguliers, au point que même le trésor du temple n'était pas à l'abri de ces attaques. Néhémie donc se repentit pour ces murs délabrés, ce manque de séparation d'avec les cultures païennes. Il s'en repentit, car il se savait lui-même faire partie du même peuple.

Nous aussi, si nous désirons reconstruire les «murs» de notre temps, nous devons d'abord nous repentir des ruines. Chaque personne qui désire accomplir un mandat de Dieu doit d'abord recevoir une vision claire de la situation, y compris de la sienne propre. Que nous soyons préoccupés des «murs» de notre propre âme, ou de ceux de notre communauté, ou du Royaume de Dieu de par le monde, nous devons d'abord plonger nos regards dans le miroir biblique. Nous avons besoin d'une image radiologique de la situation, celle du regard de Dieu. Nous ne pouvons pas tromper Dieu. Tout ce qu'Il demande, c'est que nous fassions face aux choses avec sincérité et honnêteté. Dans le calme et la tranquillité (Es 30.15) devant Dieu, nous réalisons simultanément la sainteté de Dieu et le poids de nos propres péchés, et nous sommes amenés à dire comme Néhémie: «Ô Dieu, j'ai péché contre toi!» Mais nous saisissons aussi Ses promesses pleines de compassion, et Son désir de nous pardonner.

En signe de repentance pour soi-même et pour son peuple, Néhémie jeûna. En renonçant à la nourriture, il montra à quel point il était sérieux dans sa démarche. Il misa tout sur Dieu, en étant réceptif à sa Parole. Dans le jeûne, il ne s'agit pas de chercher à impressionner Dieu – ce serait du légalisme – mais plutôt de nous laisser impressionner par Lui! A ce sujet, le livre de Bill Bright «Dans l'attente du réveil» m'a beaucoup interpellé. Il montre que chaque mouvement majeur du Saint-Esprit dans l'histoire était accompagné d'un mouvement de prière intense et de jeûne.

La confiance et la force renouvelées
Néhémie se présenta devant Dieu en citant sa promesse en Deutéronome 30.1-4 (voir Néhémie 1.8-11). La repentance mène à l'intercession. Au travers du brisement grandit la foi. Néhémie laissa Dieu examiner et purifier ses motivations, avant de passer à l'action. Il renonça à ses propres conceptions de force ou de faiblesse en sachant que c'est Dieu seul qui donne la réussite.

Nous ne pouvons pas nous lancer dans le combat, sans avoir d'abord pris suffisamment de temps dans le calme et l'examen de soi devant Dieu. Il aimerait nous parler, nous équiper et nous bénir, de sorte que nous puissions aussi aider les autres. L'essentiel n'est pas ce que nous donnons à Dieu, mais plutôt de ce que nous recevons de Lui. Il aimerait nous remplir du Saint-Esprit, de Sa présence précieuse. Nous pouvons accomplir davantage en une semaine par la puissance du Saint-Esprit que dans une année de travail acharné sans la puissance d'en haut. Cette leçon a révolutionné ma vie. Je n'aimerais plus passer une journée à peiner seulement par mes propres forces. Tout ce qui nous est demandé, c'est de remettre notre vie dans tous les domaines sans condition à Dieu. J'ai remarqué que des chrétiens qui accomplissent beaucoup pour le Royaume de Dieu sont souvent aussi très décontractés et dans la paix. J'ai eu le privilège de côtoyer plusieurs leaders chrétiens de près. En les observant, j'ai vu qu'ils étaient pour la plupart des gens très naturels et pleins d'humour, munis d'une foi simple qui croit que Dieu suffit pour faire face à tous les défis, et trouver des solutions à tout problème. Si cela est vrai pour eux, alors pourquoi pas pour moi?

La repentance et le calme conduisent à l'action courageuse
Dans le calme devant Dieu, Néhémie reçut le mandat de reconstruire la muraille. Se sachant dans la volonté de Dieu, il fit un pas courageux, non sans danger. Il demanda au roi perse Artaxerxés la permission de rentrer à Jérusalem et de reconstruire ses murs. Il alla même plus loin: il lui demanda aussi un sauf-conduit ainsi que du bois pour la construction des murs et des portes de Jérusalem. «Le roi m'a accordé tout cela car la bonne main de mon Dieu reposait sur moi.» (Ne 2.8) Si nous sommes dans le plan de Dieu, nous pouvons faire des pas courageux et aller chercher tout ce que Dieu tient à notre disposition.

Notre manque de foi est un plus grand obstacle pour l'action de Dieu que toute opposition extérieure. Si nous avons reçu un appel de Dieu, nous devons quitter la barque qui semble nous offrir la sécurité et, en regardant à Jésus, faire des pas courageux. C'est sa réputation qui est alors en jeu, pas la nôtre. C'est ainsi qu'il aura aussi toute la gloire, car ce sera évident pour tous que nous ne serions jamais arrivés au bout sans son soutien puissant!

Questions d'application personnelle et communautaire

1. Quelles sont les situations qui m'interpellent au point que j'en sois profondément ému?

2. Est-ce que je cherche une solution auprès de Dieu, en misant tout sur Lui?
Ma recherche de Dieu est-elle urgente? Au point que je pourrais me priver de nourriture?

3. Est-ce que je prends suffisamment de temps devant Dieu, dans le calme devant sa Parole, jusqu'à ce que j'aie entendu ce qu'Il veut me dire?

4. Est-ce que je Le laisse examiner et purifier mes motivations?
Quels sont les pas courageux que je suis appelé à faire?


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Contexte historique du livre de Néhémie
Les trois livres Esdras, Esther et Néhémie sont les plus récents parmi les livres historiques de l'Ancien Testament. Esdras raconte comment en 530 av. J.-C. le roi perse Cyrus, qui vient de conquérir Babylone, libère le peuple d'Israël de la captivité babylonienne. Menés par Zorobabel, environ 50'000 Israélites retournent dans leur patrie. Ils recommencent tout de suite avec la reconstruction du temple, mais abandonnent assez rapidement suite à de multiples difficultés. Dieu envoie alors les prophètes Agée et Zacharie pour les encourager, de sorte qu'ils finissent les travaux. Le temple est alors inauguré en l'an 510 av. J.-C. Dans les années qui suivent, Dieu utilise une jeune femme juive nommée Esther pour démasquer un complot et empêcher un génocide envers son peuple.

En 458 av. J.-C., 72 ans après Zorobabel, le prêtre Esdras ramène un deuxième groupe de l'exil. Il se sait mandaté de rétablir le culte à Jérusalem, ce qui est le sujet principal du livre d'Esdras. Pendant toutes ces années, les Israélites essayent plusieurs fois de reconstruire les murs de Jérusalem. Mais face à la grandeur de la tâche et l'hostilité des peuples environnants, ils n'avancent pas. Les conséquences du manque des murs sont poignantes. Flavius Josèphe, qui rédigea durant le premier siècle après J.-C. une histoire du peuple juif, parle de ses souffrances à l'époque d'Esdras et de Néhémie sous les mains des peuples avoisinants: «De jour, ils faisaient irruption dans le pays en pillant et en détruisant. De nuit, ils s'approchèrent furtivement et enlevaient plusieurs habitants des environs et même de la ville de Jérusalem, et souvent, on trouvait des cadavres gisants sur les chemins.» (Antiquités Juives, livre 11, chapitre 5)


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