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N° 275 Octobre 2015

La Jalousie

Par Manuel Rapold

Genèse 4.1-8
L'homme s'unit à Eve, sa femme ; elle devint enceinte et donna naissance à Caïn. Elle dit : Avec l'aide de l'Eternel, j'ai formé un homme. Elle mit encore au monde le frère de Caïn, Abel. Abel devint berger et Caïn cultivateur. Au bout d'un certain temps, Caïn présenta des produits de la terre en offrande à l'Eternel. Abel, de son côté, présenta les premiers-nés de son troupeau et en offrit les meilleurs morceaux. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais pas sur Caïn et son offrande. Caïn se mit dans une grande colère, et son visage s'assombrit. L'Eternel dit à Caïn : Pourquoi te mets-tu en colère et pourquoi ton visage est-il sombre ? Si tu agis bien, tu le relèveras. Mais si tu n'agis pas bien, le péché est tapi à ta porte : son désir se porte vers toi, mais toi, maîtrise-le ! Mais Caïn dit à son frère Abel : Allons aux champs. Et lorsqu'ils furent dansles champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.

Caïn voit que son frère a quelque chose que lui-même n'a pas : l'approbation de Dieu sur son sacrifice. Il est frustré à cause de cela. Le mot qu'on utilise couramment pour une telle situation, c'est qu'il est jaloux de son frère Abel. Nous allons donc parler de la jalousie. C'est un sujet qui peut nous concerner tous à un moment ou à un autre. Comme nous le voyons dans ce passage, c'est aussi un sujet qui apparaît très tôt dans la Bible. Ce n'est pas par hasard : nous avons tous nos expériences avec la jalousie. Le dictionnaire Larousse décrit la jalousie comme « un dépit envieux ressenti à la vue des avantages d'autrui. » La jalousie est apparentée à l'envie, mais avec une nuance différente : dans l'envie, l'accent est sur la chose, sur l'avantage dont bénéficie l'autre, tandis que dans la jalousie, l'accent est sur la relation avec l'autre.
A partir de ce passage, nous allons relever quelques caractéristiques de la jalousie :

1. La jalousie est une forme de colère
L'Eternel dit à Caïn : « Pourquoi te mets-tu en colère ? » (versets 5-6) La jalousie est déclenchée par une frustration. C'est ce qui se passe aussi avec nos colères ; elles sont déclenchées par des frustrations. La jalousie est donc une colère très spécifique dirigée en réponse aux avantages dont bénéficie notre prochain et dirigée contre celui-ci. Proverbes 6.34 dit : « La jalousie rend un homme furieux et sans pitié. »

2. La jalousie est une forme de rébellion
Nous le voyons très bien dans ce passage : au fond, le problème de Caïn n'est pas avec Abel, mais avec Dieu. C'est Dieu qui n'a pas approuvé le sacrifice de Caïn ; Abel n'y est pour rien. Caïn a donc un problème avec Dieu, et la réponse logique serait de chercher à résoudre ce problème en allant vers Dieu. Dieu l'y encourage même en l'interpellant : « Pourquoi es-tu en colère ? Qu'est-ce qui se passe ? » Il l'invite donc à aller au fond des choses. La réaction appropriée serait que Caïn demande à Dieu, pourquoi il n'a pas approuvé son sacrifice. D'ailleurs, le passage biblique ne nous indique pas la raison. Peut-être que Caïn a offert ce sacrifice avec une fausse motivation, par exemple en agissant dans un esprit de compétition avec son frère. En ce cas, son sacrifice n'était pas réellement pour Dieu, mais pour gagner un avantage sur son frère. Nous ne le savons pas. Mais de toute façon, le problème réel se situait entre Caïn et Dieu, et pas entre Caïn et Abel.

Cela est typique pour la jalousie : elle nous donne l'illusion que c'est l'autre qui est le problème, alors que l'autre ne fait que déclencher quelque chose en nous. Le problème entre Caïn et Dieu aurait subsisté même si Abel n'existait pas. Caïn aurait pu être tout seul devant Dieu, et il aurait quand même eu le problème que Dieu n'approuvait pas son sacrifice. Le problème était donc dans la relation entre Caïn et Dieu : en fait, Caïn était en rébellion contre Dieu. C'est aussi souvent notre cas quand nous sommes jaloux. Cela se manifeste par le sentiment : « Ce n'est pas juste ! L'autre a ce que je veux ! Il a ce dont j'ai besoin ! » En fait, nous sommes alors en train de reprocher à Dieu qu'il a donné cet avantage à l'autre plutôt qu'à moi. Ce reproche à Dieu est une forme de rébellion.

3. La jalousie provoque des dégâts
Dans cette histoire, Abel a perdu sa vie. Par la suite, la Bible parle d'Abel en tant que la première personne, dont le sang a été versé de manière innocente. Dans la même lignée, beaucoup plus tard, nous trouvons Jésus. En fait, la mort de Jésus a aussi été une conséquence de la jalousie. « En effet, il [Pilate] s'était bien rendu compte que c'était par jalousie qu'on lui avait livré Jésus. » (Mt 27.18) Les chefs religieux de l'époque étaient jaloux de Jésus parce que sa popularité parmi le peuple était tellement plus grande que la leur. Jésus avait cette estime du peuple que les chefs religieux désiraient pour eux-mêmes. Cela était donc l'une des raisons pourquoi Jésus a été livré et tué.

Ce fait peut nous servir de consolation, si une fois nous sommes la cible de la jalousie d'autrui. Quand nous souffrons des conséquences d'une jalousie à notre égard, nous pouvons nous dire que Jésus a également porté cela. Il a perdu sa vie à cause de la jalousie de certains.

Mais les dégâts ne se limitent pas à cela. La jalousie fait aussi des dégâts dans la vie de la personne qui est jalouse. « L'envie est la carie des os. » (Prov 14.30) Comme la carie, la jalousie nous ronge de l'intérieur. Ce proverbe peut nous conduire à supposer que la jalousie peut même avoir des conséquences physiques. Comme pour d'autres émotions fortes, notre corps peut à un moment donné commencer à en manifester les conséquences. Cet effet-là est même entré dans la littérature : « Oh ! Attention, monseigneur, à la jalousie ; c'est le monstre aux yeux verts qui tourmente la proie dont il se nourrit. » (Shakespeare, Othello) La jalousie peut effectivement nous tourmenter.

4. La jalousie est une réaction à une souffrance
Caïn souffrait parce que son offrande avait été rejetée par Dieu. Cette souffrance était légitime, mais c'était sa réaction qui était fausse. Pour nous aussi, si nous sommes jaloux, c'est normalement la conséquence d'une souffrance bien réelle. Mais si nous suivons le chemin qui nous est suggéré par la jalousie, nous allons nous défouler sur l'autre personne qui a ce à quoi nous aspirons. Au fond, cela ne résout rien. La souffrance subsistera toujours. La jalousie est donc une voie sans issue – mais c'est la voie de la facilité. Nous avons tous la tendance à fuir la souffrance. Nous sommes tentés de rediriger notre attention sur l'autre personne qui a ce que nous n'avons pas, alors que la voie qui pourrait nous faire avancer serait de faire face à la souffrance et de l'apporter à Dieu. Dieu a une réponse à nos souffrances. Mais la jalousie nous empêche d'aller au fond des choses et de recevoir la consolation ou la réponse à nos questions dont nous aurions besoin.

5. La jalousie nous empêche de recevoir ce que nous cherchons
La jalousie n'est pas simplement inutile, elle nous dessert aussi en nous créant des problèmes supplémentaires. D'abord, elle détruit des relations. Mais ensuite, et c'est peut-être ce qui est le plus frustrant, c'est que souvent elle nous empêche de recevoir précisément ce que nous cherchons. C'est exactement ce qui s'est passé pour Caïn : il cherchait l'approbation de Dieu. La jalousie l'a conduit à tuer son frère. En ce faisant, il a précisément perdu l'approbation de Dieu. Cet effet paradoxal est très courant. La Bible en donne un autre exemple : « L'homme envieux se hâte de s'enrichir, il ne se rend même pas compte que la pauvreté va fondre sur lui. » (Proverbes 28.22) Une personne qui cherche à s'enrichir par tous les moyens risque de se retrouver dans la misère précisément à cause de son attitude. La jalousie est donc dangereuse ! Elle nous conduit à nous bloquer nous-mêmes l'accès à ce que nous cherchons.

Que faire pour surmonter la jalousie ?
Comment devrions-nous réagir alors que nous sommes tentés par la jalousie ? Rappelons-nous d'abord que la souffrance en soi n'est pas un péché. Mais Dieu nous dit, comme il le dit à Caïn dans ce passage, « si tu agis mal, le péché est tapi à ta porte, et il cherche à te prendre ». C'est précisément là que réside la tentation : la tentation de croire que c'est l'autre personne qui est le problème. La tentation de nous défouler sur elle. Nous devons reconnaitre que la jalousie est basée sur un mensonge et sur une illusion. Le mensonge que c'est l'autre qui est le problème, alors qu'il ne fait que déclencher le problème qui est en nous. L'illusion, parce que la jalousie est une voie qui nous enferme dans la faiblesse.

Ensuite nous devons relever le défi que Dieu présente à Caïn : « le péché est tapi à ta porte, mais toi, domine sur lui ! » Nous devons résister et dire : « Non, je ne vais pas aller là ! » Au lieu de cela, nous devons prendre courage pour faire face à la vraie souffrance. Parfois, au moment où nous ressentons la jalousie, nous ne sommes pas encore conscients de la souffrance qui en est la source. Cela peut commencer par une irritation envers notre prochain, sans que nous en réalisions la raison. Nous pouvons alors prier ainsi : « Seigneur, je suis jaloux. Montre-moi ce qui provoque cette jalousie. » Une fois que nous avons saisi l'enjeu, nous pouvons alors faire face à la souffrance. Nous avons le privilège de pouvoir le faire en nous tournant vers notre Père céleste qui connaît tout et qui a la réponse à nos souffrances. Et c'est là que nous avons la possibilité d'avancer. Au lieu d'entrer dans le chemin sans issue qui va ronger nos os, nous pouvons trouver la consolation, la paix et la réconciliation.

Un autre défi est de prier pour la personne qui a suscité notre jalousie. Nous pouvons prier ainsi : « Merci Seigneur d'avoir donné cette chose ou cette qualité à mon frère ou à ma sœur". Mais ne l'envions pas forcément : et si ce que nous jalousons provenait en fait plus ou moins indirectement de l'injustice du monde ? Voudrais-je participer à cette injustice ?... De toute façon, je n'ai pas à exiger que Dieu me donne la même chose que l'on voisin selon le principe moderne d'une égalité abstraite et mécanique. Dieu est souverain dans ses dons. La Bible dit que « l'amour n'est point envieux ». (1 Corinthiens 13.4)

Et puis, n'oublions pas un aspect essentiel de l'attitude de foi : la reconnaissance, la gratitude envers le Seigneur pour tout ce que nous avons déjà reçu de Lui. C'est un des meilleurs antidotes à la jalousie ! Vivons dans une mentalité de reconnaissance contante envers Dieu, depuis le simple fait d'être encore vivant au réveil et de nous souvenir qui nous sommes jusqu'aux dons spéciaux, peut-être uniques, que j'ai et que celui que j'envie n'a probablement pas. Le roi David manifestait cette attitude : "c'est Toi qui a formé mes reins, qui m'as tenu caché dans le sein de ma mère. Je te célèbre car je suis une créature merveilleuse, tes œuvres sont des merveilles et mon âme le reconnaît bien !... Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient.. Je m'éveille et je suis encore avec Toi" (Ps.139.13-18).
Ainsi, nous allons surmonter la jalousie en louant le Père et en aimant la personne, le frère. Entraînons-nous à cela en priant pour lui et en le bénissant. De cette manière, alors que nous faisons face à notre "souffrance", nous allons parvenir à résoudre la situation, et nous allons retrouver la paix. Et c'est ainsi que nous aurons échappé au « monstre aux yeux verts » !


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