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N° 274 Juillet 2015

Le sentiment d'impuissance

Par Manuel Rapold

Une femme de la communauté de prophètes cria à Élisée: «Ton serviteur, mon mari, est mort, et tu sais qu'il craignait l'Éternel. Or le créancier est venu pour prendre mes deux enfants et faire d'eux ses esclaves.» Élisée lui dit: «Que puis-je faire pour toi? Dis-moi: qu'as-tu chez toi?» Elle répondit: «Ta servante n'a rien du tout chez elle, mis à part un pot d'huile.» Il dit: «Va demander des vases dans la rue, chez tous tes voisins, des récipients vides, demandes-en un grand nombre. Une fois rentrée, ferme la porte derrière toi et tes enfants, verse de l'huile dans tous ces récipients et mets de côté ceux qui sont pleins.» (2 Rois 4.1-4)

Dans nos vies, il peut y avoir plusieurs événements face auxquelles nous nous sentons impuissants. Souvent, dans nos familles il y a des situations difficiles qui ne changent pas et qui durent parfois des années.
Il y en a aussi dans notre entourage plus large, même ailleurs dans le monde, face auxquels nous nous disons « les choses ne devraient pas être ainsi ». Nous voudrions voir un changement, mais nous nous sentons impuissants.

C'était aussi le sentiment de la veuve qui s'adresse à Elisée. Elle est confrontée à une situation de précarité qui la dépasse totalement. Elle a l'impression de n'avoir rien en main pour y faire face. Quand Élisée lui demande ce qu'elle a, sa première réponse n'est «rien du tout». C'est seulement ensuite qu'elle rajoute «mis à part un pot d'huile». Le peu d'huile n'a aucun rapport avec la dimension du besoin! Donc elle a des ressources, mais elles apparaissent comme insignifiantes. Cela décrit très bien le sentiment d'impuissance. «Je ne peux rien faire, ça ne changera jamais, j'ai besoin d'une aide extérieure pour me relever.» C'est aussi la réaction de la veuve, qui elle se tourne par l'intermédiaire d'Élisée, vers Dieu. Peut-être que la veuve s'attendait à ce que le prophète fasse surgir de l'argent de quelque part pour régler sa situation. Mais la réponse d'Élisée est: «Toi, qu'est-ce que tu as en main?» Ensuite il lui montre comment mettre en valeur ce qu'elle a.

Alors qu'elle fait le pas de foi un peu fou de rassembler des récipients chez les voisins, et de commencer à verser l'huile, en obéissant à la parole du prophète, c'est là qu'intervient le miracle de Dieu – un miracle de multiplication. Et le peu qu'elle avait et qu'elle investit pour Dieu devient la source de sa provision et la solution qu'elle cherchait.

Ces éléments que nous voyons dans ce récit se trouvent de manière presque identique dans un autre du Nouveau Testament: celui de la multiplication des pains et des poissons (Jean 6). Une foule de plus de cinq mille personnes était venue écouter Jésus, et ils avaient faim. Quand les disciples proposent à Jésus de renvoyer les gens chez eux, il répond: «Non, donnez-leur vous-mêmes à manger.» Et là, les disciples se sentent impuissants! Eux aussi sont confrontés à une situation de précarité qui les dépasse totalement. Comment peuvent-ils nourrir une telle foule avec quasiment rien ? Là aussi, la réponse de Dieu, par l'intermédiaire de Jésus, est : « Qu'est-ce que vous avez?». Et là encore, la réponse est «rien, mis à part quelques pains et petits poissons» proposés par un garçon. Jésus les renvoie à ce qu'ils ont et leur demande de commencer à distribuer cela. Alors qu'ils font ce pas de foi – combien cela pouvait sembler ridicule de distribuer ces quelques vivres à une telle foule! – à ce moment-là intervient le miracle ! Toute la foule est nourrie, et il y a même des restes. Le Seigneur utilise ce qu'ils avaient en main et le multiplie!

La différence entre les deux passages, c'est que la veuve se trouvait face à une précarité personnelle, tandis que les disciples faisaient face à la précarité de la foule qu'ils cherchaient à servir. Effectivement, le sentiment d'impuissance existe dans les deux dimensions: un problème personnel ou des situations autour de nous qui nous interpellent. Mais la réaction de Dieu est là même. La solution n'est pas simplement «tombée du ciel». Dieu a utilisé ce que ceux qui venaient à lui avaient en main, et il les a mis au défi de s'engager avec cela. Apparemment, il aime agir de cette manière.

Comment alors pouvons-nous surmonter le sentiment d'impuissance ?

1. Croire que Dieu est au-dessus de la situation, que lui peut la changer, et faire appel à lui. C'est ce que la veuve a fait : elle s'est tournée vers le prophète. Nous avons le privilège de nous tourner directement vers Dieu et lui demander son secours.

2. Rejeter le mensonge que nous n'avons rien. Ce n'est pas vrai. Nous avons toujours quelque chose, mais nous avons l'impression que cela ne sert à rien. Dieu peut nous inspirer pour que nous utilisions ce que nous avons dans une petite action qui fait sens.

3. Nous engager avec ce que nous avons. C'est un acte de foi. La foi qui croit que le peu que nous avons peut être utilisé par Jésus. Nous n'avons pas besoin de résoudre toute la situation qui nous dépasse. Mais Dieu a les moyens de la résoudre, et il utilise notre petite contribution. Il est capable de multiplier le résultat de notre action de manière inattendue.

4. En faisant cela, nous devenons acteurs. Nous ne restons pas bloqués par le sentiment d'impuissance qui nous empêche de faire ce que nous pouvons. En devenant acteurs, nous nous mettons en route. Au début, nous ne pouvons pas savoir où cela va nous mener. Nous commençons avec peu de chose, mais parfois en cours de route, Dieu nous confie des ressources supplémentaires qui nous permettront d'avoir un impact dont on n'aurait jamais osé rêver. Dieu promet à ceux qui sont fidèles avec peu qu'il donnera beaucoup. (Mt 25.21) Cela est valable aussi dans des situations qui nous dépassent.

Des miracles de multiplication se produisent encore aujourd'hui – pour ceux qui croient qu'avec le peu que nous avons, Dieu peut faire de grandes choses!

Questions à méditer :

- Quelles sont les situations face auxquelles vous vous sentez impuissant?

- Quelles sont les ressources que vous avez? Comment pourriez-vous les engager?

Prière
«Merci Seigneur, tu es au-dessus de ___________ (nommez le problème) et tu as la puissance de m'aider à y apporter un changement. J'ai l'impression d'avoir tellement peu de choses en main. Mais en t'apportant ces choses, je te fais confiance que tu en feras quelque chose, même si je ne sais pas comment. Montre-moi le pas de foi que tu m'invites à faire. Tu es capable de multiplier cela au-delà de tout ce que je peux imaginer. »


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