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N° 247 Octobre 2008

Conquérir nos vies!

Par Jean-Pierre Besse

Dans l’article qui suit, le mot « esprit » est utilisé dans son sens biblique et non dans le sens philosophique et courant d’intelligence purement cérébrale et de vivacité qu’il a pris dans la culture française.

Avez-vous déjà lu dans la Bible certains versets importants pour votre vie chrétienne qui vous laissent perplexe ? Par exemple : La Parole de Dieu, par la plume de Saint Paul dit (2 Co 5.17) : Celui qui est uni au Christ est une nouvelle créature : ce qui est ancien a disparu, voici : ce qui est nouveau est déjà là (Bible du Semeur). Voilà qui est clair et net, (ce que confi rme aussi Rm 6.4 ; 8.2). Le nouveau converti peut donc s’attendre à une manière de vivre radicalement différente !… Or, au bout de quelque temps, il doit constater ce que nous dit le même apôtre Paul en Rm 7.15 et 19 : Je ne fais pas le bien que je veux, mais je pratique le mal que je ne veux pas ! Déception ! Comment comprendre cette contradiction ? Comment l’Esprit de Dieu agit-il en nous ? Pour répondre, essayons de comprendre les différentes composantes de notre vie humaine telles que la Bible en parle.

Condensé d’une vision biblique de la structure de l’être humain
La question est complexe, mais nous pourrions simplifier de la manière suivante : L’être humain est un ; on ne peut pas le diviser sans le détruire. Cependant plusieurs passages bibliques laissent entendre que nous vivons à plusieurs niveaux de nous-mêmes qui interagissent l’un avec l’autre. Un des textes les plus connus est 1 Th 5.23. Y sont mentionnés : l’esprit, l’âme et le corps. Le psaume 16 v. 9-10 cite aussi ces 3 termes et même un quatrième : le coeur, souvent mentionné, en particulier dans le livre des Proverbes. Avant d’aller plus loin, rapide survol :

Le corps, chacun le connaît car c’est l’aspect le plus immédiatement observable par n’importe qui : il est ce qui nous met en communication avec le monde extérieur, avec les autres hommes et l’univers physique, spécialement au moyen de nos sens (toucher, ouïe, vue, odorat et goût).

L’âme, c’est l’équivalent de ce que nous pourrions appeler notre personnalité, l’aspect psychique de notre personne. Elle comprend essentiellement l’intelligence (pensées), la volonté, les émotions, les sentiments. L’âme infl uence le corps par le cerveau dont elle dépend partiellement.

Et l’esprit ? C’est un aspect plus mystérieux car il est inaccessible au corps et il échappe en grande partie à l’activité psychique (âme). Il est ce par quoi nous pouvons communiquer avec le monde spirituel, que ce soit celui de Dieu (sa vraie destination) ou celui des esprits, domaine que le Seigneur nous interdit car il est sous la domination d’un Ennemi destructeur (Satan) et il touche la source même de notre vie au sens de son éternité. L’esprit comprend le sens de l’adoration de Dieu et de la communion spirituelle, la conscience morale, l’intuition spirituelle. On peut dire (voir les dessins) que le corps est l’ouverture de l’âme vers le monde sensible et visible ; tandis que l’esprit est l’ouverture de l’âme vers le monde spirituel, le divin (ou le diabolique), domaine qui échappe à l’investigation normale. Et le coeur, alors ? Dans la Bible, le coeur est le centre de la personne humaine, apparenté tantôt à l’âme (son point central, le plus profond, siège des motivations intimes) tantôt apparenté à l’esprit dont il est alors quasiment l’équivalent. Par ex. : « Garde ton coeur plus que tout autre chose car de lui viennent les sources de la vie » (Pr 4. 23). On peut dire qu’il se trouve à la charnière entre l’esprit et l’âme, comme une valve d’ouverture ou de fermeture. Nous verrons tout à l’heure l’importance de ce fait.

Pourquoi toutes ces explications ?
Parce qu’en comprenant mieux ce que Dieu fait et comment s’exerce son influence dans ces divers aspects de notre personne, plusieurs de nos problèmes de foi et de progrès dans la ressemblance de Jésus vont s’éclairer. Par exemple l’apparente contradiction des deux paroles de Paul que nous avons citées en début d’article trouve une solution (voir plus bas).

Prenons encore un autre exemple : l’apôtre Jean nous dit, dans sa première lettre au ch.1 v. 8 et 10 : Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-même… si nous disons que nous n’avons pas péché, nous faisons Dieu menteur… Et le même apôtre nous dit aussi, 2 ou 3 pages plus loin (1 Jn 3.6,9 et 5.18) : Quiconque est né de Dieu (ou : demeure en Dieu) ne commet pas le péché parce que la semence de Dieu demeure en lui et il ne peut pécher puisqu’il est né de Dieu. Là encore, étonnement : à la fois nous péchons et nous ne péchons plus, semble affirmer saint Jean. Mais cet apôtre n’était pas un idiot pour se contredire ! Alors comment comprendre ?

C’est là qu’intervient l’importance de distinguer les plans de la personne humaine que Dieu a créée. La fonction de l’esprit-coeur, (joignons-les puisqu’ils sont souvent synonymes) est bien distincte de la fonction de l’âme. Ces deux aspects de notre être n’ont pas le même rôle. Les dessins joints doivent aider à la compréhension. Soyons attentifs : lorsque quelqu’un se convertit réellement au Dieu de Jésus-Christ, il passe comme par une naissance dans son coeur-esprit. Cette naissance est plusieurs fois mentionnée dans la première épître de Jean (« né de Dieu » surtout aux chap. 3 et 4), ainsi que par Jésus lui-même dans son entretien avec Nicodème (« né de nouveau » et « d’eau et d’Esprit » év. de Jn 3. 3-8). Chez Pierre et Paul, c’est le terme équivalent de régénération qui est employé (1 Pi 1.23 et Tt 3. 5-6).

D’abord, voyons le plan de notre esprit
Nés de Dieu, nous recevons un coeur nouveau et un esprit nouveau (Ez 36. 26-27). Et comme nous l’avons vu avec Paul : nous sommes une création nouvelle ! Nous sommes morts à l’égard du péché (par la croix), donc nous avons repoussé l’emprise de Satan et nous nous sommes offerts à Dieu. Nous sommes passés de la vie selon la chair (l’homme livré à lui-même) à la vie selon l’Esprit (l’homme uni à Dieu) voyez Jn 3.6 et Rm 8.5 ! C’est radical, il s’agit de deux modes d’existences d’origines complètement différentes. Donc, sur le plan de notre esprit (ou coeur-esprit) l’effet de la naissance d’En Haut est total et bien réel, sans ambiguïté. Sur ce plan-là, en effet, nous sommes vraiment devenu saint, une nouvelle créature, et nous ne péchons plus. La semence de Dieu est en nous. Nous avons été scellé du Saint-Esprit qui avait été promis (Ep 1.13), marqués de son sceau (2 Co 1.22 ; 1 Co 6.11), gardé « sous scellés » par sa puissance, pourrait-on dire. La loi (= la force) de l’Esprit de vie en Jésus-Christ m’a fait échapper à la loi (= la force) du péché et de la mort (Rm 8. 2) !

Avant notre conversion ­ nouvelle naissance, par contre, notre esprit était comme anesthésié, complètement endormi ou alors habité et contrôlé par l’esprit du diable (même sous des apparences brillantes). Mais après notre naissance de Dieu, notre esprit est habité et conduit par le Saint-Esprit : c’est Christ qui vit en nous (Ga 2.20) ! Cela, nous le savons non pas par nos capacités psychiques (mot traduit aussi, moins bien, par naturelles, 1 Co 2.14 !), mais nous l’avons appris par l’Ecriture sainte qui nous l’a révélé et parce que l’Esprit de Dieu l’atteste à notre esprit réveillé (Rm 8.16). Comme dans un miroir, nous pouvons contempler tranquillement notre nouvelle image (2 Co 3. 17-18). Ceci, c’est le fondement inébranlable sur lequel nous avons été plantés ! Voilà qui devrait nous assurer et nous rassurer, si nous sommes des Chrétiens sincères et de bonne volonté.

 
Esprit-Ame-Coeur

Constat décevant malgré tout ?

Il est vrai que, dans la réalité visible et pratique, les effets de cette nouvelle vie ne correspondent que bien peu à ce qui vient d’être décrit… et nous sommes déçus ! Au point qu’avec le temps, certains commencent à douter de leur régénération spirituelle. Cette sainteté victorieuse, ce caractère d’amour de Jésus qui nous a été donné semble ne pas être une réalité pour la vie présente. Nous sommes alors tentés de tout reporter dans la vie future, lors de la résurrection des morts et du retour de Jésus-Christ qui, en effet, achèvera tout. Ainsi notre foi dans la puissance de Dieu pour aujourd’hui est entamée, elle devient faible, inefficace, le peu d’impact est décourageant.

S’il y a problème, c’est sur le plan de notre âme problèmes et des résistances, ceux-ci se trouvent sur le plan de notre âme, et non de notre esprit ! Ce sentiment défaitiste arrive quand nous considérons uniquement l’état de nos sentiments, quand nous consultons seulement nos pensées et nos raisonnements, c’est-à-dire notre âme avec ses expériences diverses et les relations humaines qui en dépendent. Il est vrai qu’à ce niveau, le résultat n’est pas brillant selon les standards divins. Et nous devons souvent dire : je ne fais pas ce que je veux (la volonté de Dieu) et je fais ce que je ne veux pas. Il n’y a rien d’étonnant à cela : notre vie psychique (encore moins physique) n’est pas la source de notre vie ; elle est un terrain où l’Esprit de Dieu n’opère pas d’une façon directe, contrairement à notre esprit. Notre âme est une terre à conquérir, comme Canaan était la terre promise que les Israélites avaient à conquérir au nom de Dieu ! Notre âme de chrétien pèche encore (sans le vouloir, si nous sommes sérieux) alors que notre esprit est libre du péché. Notre âme, c’est-à-dire nos pensées doivent être conquises et renouvelées par l’Esprit, nos sentiments doivent être conquis et investis, notre volonté de même, et cela concerne même notre corps. Or cette conquête est possible, mais seulement à partir de notre « coeur-esprit » rénové.

Alors comment faire passer dans notre âme le trésor scellé dans notre esprit ?
L’apôtre Paul a dit : Ne vous conformez pas au monde présent mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence (Rm 12.2). Notre intelligence a donc besoin d’être renouvelée. En effet, elle a été « formatée » par la culture du péché, commune à toute l’humanité ; et ceci pendant des années et même des générations. Notre volonté a pris l’habitude d’être égocentrique et déterminée par le monde. Tout cela a besoin d’être restauré selon la pensée de Dieu ! Comment ? En ouvrant notre coeur en sorte que la vie précieuse issue de Dieu et gardée précieusement dans notre esprit soit libérée ! Notre coeur est comme une porte, une valve, qui peut et qui doit libérer ce flot de vie puissante qui correspond à ce que le Seigneur pense, dit et fait !

Qui va alors nous façonner ?
Au fond, que doit-il se passer ? Notre coeur — notre pensée renouvelée — est appelé à prendre tous les jours une suite de décisions, en d’autres mots : faire les bons choix. Nous allons constamment abandonner nos idées toutes faites pour aligner nos pensées sur ce que Dieu dit dans sa Parole. Nous ne nous alignerons plus sur les valeurs frelatées des modes, exaltées par les journaux, la radio et la télévision ni sur d’anciennes traditions mortes et pesantes. Nous cesserons d’être « formatés » par Internet, la publicité commerciale, les slogans politiques, les magazines de modes et de stars. C’est désormais la pensée de Dieu qui devient notre programme vivant (ce qui ne veut pas dire que nous n’écoutons et ne lisons plus rien, mais nous filtrons à travers notre esprit !)

Quant à notre volonté, nous ne l’orienterons plus d’après nos pulsions anarchiques, égoïstes ou obsédantes mais d’après la volonté de Dieu qui nous plaît de plus en plus, comme une danseuse adapte avec plaisir ses pas à ceux du danseur qui la tient dans ses bras ! Nous accepterons aussi que nos émotions, blessées ou séduites par de mauvaises expériences et des influences négatives, ne soient plus excitées ou endormies par les souvenirs et diverses drogues, mais soient guéries et délivrées par Jésus. Il s’agit de choisir la Vie (Dt. 30.19).

C’est un processus qui prend toute la durée de notre vie. Mais plus nous placerons notre foi dans ce que le Père a déposé en nous spirituellement, plus la réalité du Christ et les dons de l’Esprit pourront nous influencer et agir au travers de nous. Encore une fois, notre fondement spirituel, notre esprit, notre coeur spirituel, voilà la base intacte qui n’est pas troublée par les circonstances ni même entamées par nos fautes involontaires ! Notre esprit régénéré, né de Dieu, c’est la base incorruptible que Dieu a placée en nous dès notre « conversion — nouvelle naissance » et qu’Il avait prévue avant notre naissance. A partir de cette place forte, nous pouvons libérer les forces nouvelles et glorieuses du Royaume de Dieu et partir à la conquête de notre vie pratique et de nos relations avec l’entourage !

Un processus de transformation victorieuse
En conséquence, lorsque nous aurons des actes de foi à faire, nous n’écouterons plus en priorité ce qui vient du monde par notre corps, mais nous écouterons en priorité ce qui provient de notre esprit, captant la parole que Dieu prononce (même si elle paraît d’abord impossible). Alors, les exaucements légitimes nous paraîtront naturels, comme pour Jésus (Jn 11. 41-42).

Bien entendu nous ne fermons pas nos oreilles et nos yeux sur ce qu’ils perçoivent du monde extérieur, mais nous passerons ces informations au filtre de ce qui nous vient de l’esprit pour ne garder que ce qui s’accorde avec la Parole et l’Esprit de Dieu dans notre coeur profond. Voici un critère biblique d’authenticité : les tendances de l’Esprit c’est la Vie et la paix (Rm 8.6).

Notre corps lui-même, influencé par notre âme renouvelée, va s’aligner de plus en plus sur elle, comme celle-ci s’est alignée sur la Parole dans notre esprit. Notre corps va même bénéficier des bienfaits de l’Esprit de Dieu et ne s’en portera que mieux. Finalement, mieux que tout, nos relations avec les autres pourront se transformer progressivement, tout comme notre façon de considérer le passé et l’avenir, notre rapport à l’argent, notre vision de la justice sociale, et bien d’autres choses. Déverrouillons donc ce que Dieu a placé en nous, ses enfants, car c’est glorieux ! Réjouissons-nous, la victoire est possible, le Ciel peut descendre sur la terre !


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