Le Lien

N° 205 Avril 1998

Confesser ses fautes !

Par Charles-Louis Rochat

Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, Mais celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde. (Proverbes 28:13)

De ce verset d’introduction ressort l’importance de l
a confession. Voici un sujet particulier pour notre "Lien". Ne risque-t-il pas de mettre en évidence certaines divergences au sein de la chrétienté?

En effet, sans entrer dans une inutile et stérile comparaison théologique, on doit quand même mentionner deux idées reçues tenaces:

1.La confession implique la notion du confessionnal. Elle est ressentie parfois dans un sens péjoratif sous-entendant une petite dérision: "Aller à confesse", implique l’idée d’une cage grillagée d’où l’on nous extorque des aveux pénibles, mais avec la compensation d’une sorte de "remise à zéro du compteur". Le pardon ayant été accordé, on repart gaillardement dans la vie!

Nous savons bien que cette caricature, ne correspond en rien aux sentiments réels de beaucoup de pratiquants. Mais il faut aussi reconnaître que pour d’autres, c’est un rite ayant perdu son sens originel.

2. À l’opposé, d’autres, pensant jouir d’une ligne directe avec Dieu le Père, s’imaginent être dispensés de toute oreille humaine pouvant intercepter ce qu’ils auraient à "avouer". S’il peut y avoir des moments destinés à la confession, c’est plutôt dans le contexte liturgique de l’office religieux.

Abrégeons des propos risquant d’entraîner de malsaines comparaisons partisanes; laissons plutôt parler l’Écriture.

Le passage proposé se trouve dans la description d’un important réveil religieux à Ephèse, suite au ministère de l’apôtre Paul:

Actes 19: à lire dès le v. 13. Suite au v. 18: Plusieurs de ceux qui avaient cru venaient confesser et déclarer ce qu’ils avaient fait. Et un certain nombre de ceux qui avaient exercé les arts magiques, ayant apporté leurs livres, les brûlèrent devant tout le monde: on en estima la valeur à cinquante mille pièces d’argent. C’est ainsi que la parole du Seigneur croissait en puissance et en force.

Ce texte dynamique nous indique d’emblée que la confession ne relève pas de diverses "sensibilités" religieuses; elle est à la
base de la réelle relation normale de tout chrétien avec son Sauveur. S’approcher de Dieu, lui donner son cœur, recevoir le pardon et l’assurance du salut implique dès le départ la confession des péchés. Cela ressort avec encore plus de force dans l’épître de Jean:

1 Jean 1: 7-9: Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous.

Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité.

Ces paroles éclairantes devraient pouvoir être qualifiées de définitives. Malheureusement l’observation nous montre que pour nombre de personnes, rien n’est clair ni définitif.

Les causes cachées de la médiocrité.
Il est certain que la marche titubante du christianisme actuel est largement imputable à l’absence d’une véritable confession des péchés.

On est devenu chrétien comme on aurait adhéré à un parti politique ou une société quelconque ou un club!

Certes, le désir de suivre Dieu et de lui être fidèle existe, mais on n’a pas pris le temps et la peine de régler la question du péché.

Le message de l’évangile accommodé à la sauce de notre époque n’est guère contraignant. Bien sûr, conformément à l’Écriture, Il insiste judicieusement sur la grâce d’un Dieu qui nous aime, et la joie et la paix qu’il donne. Accepter Jésus comme "Sauveur personnel", procure donc un grand bonheur, voire parfois la réussite et la prospérité ou… des tribulations!

Mais tout cela est néanmoins dramatiquement incomplet! Le pardon est absolu pour autant que nos péchés soient confessés!

Les exigences de Dieu sont précises.
On dit parfois: "péché confessé est à moitié pardonné". Mais à cette boutade l’Écriture répond:

Péché pas ou à moitié confessé n’est pas pardonné.

Comprenez ceci par la lecture de quelques passages:

Le Ps. 32; le Ps. 51, (en relation avec la faute de David); Dan. 920; Marc 15; Jacq. 516 etc. En fait, tout le culte judaïque est orienté sur la recherche de la rédemption après que le prêtre ait confessé les péchés du peuple.

Nous nous bornerons à aborder ici l’aspect personnel de la confession individuelle. Mais attention de ne pas se méprendre.

Idée d’un aveu.
L’évocation de la faute de David dans le Ps. 51 fait suite à l’intervention du prophète Nathan dévoilant son péché. (2 Sam. 12)

Une très mauvaise compréhension de la confession serait de l’envisager sous la forme d’un aveu arraché. Tant qu’un péché peut être dissimulé, on s’en accommode; ce n’est que lorsque nous sommes découverts que l’on passe à la confession! Malheureusement, nombre de personnes dissimulent une importante face de leur existence, tout en offrant une apparence de piété pour leur entourage.

Dans l’Évangile, on lit avec quelle verve Jésus s’en prend à cette hypocrisie, le plus souvent dissimulée sous un
vernis religieux. De même aujourd’hui, dans ce que l’on appelle l’Église, existe hélas un formidable amas de mensonges, magouilles, infidélités conjugales, vices et passions impures, pratiques occultes, spiritisme, fétichisme etc.

On apprend avec consternation que des gens auxquels on "aurait donné le Bon Dieu sans confession" sont en fait sous l’emprise du péché. Telle personne que l’on portait aux nues s’avère soudain être impliquée dans un scandale! Cela fait "blasphémer les ennemis de l’Éternel". Il est vrai que dans le monde public, chaque jour apporte son contingent, "les affaires" comme on dit aujourd’hui. Mais Jésus dit: "Qu’il n’en soit pas de même parmi vous!"

Jeter le premier la pierre!

S’il est facile de débusquer et dénoncer tous les désordres, cela ne sert pas à grand-chose, sinon faire jaser. Et le véritable fauteur de trouble, Satan l’accusateur est plutôt honoré que l’on parle tellement de son travail.

Notre propos sur la confession ne veut donc rien avoir d’un procès où se côtoient juges, dénonciateurs et plaignants. De toute façon, le verdict est déjà prononcé; c’est la peine capitale. Tous ont péché. Même si l’on n’a pas transgressé les préceptes de la loi morale du décalogue, (tuer, voler, commettre adultère etc.) on a négligé le premier et le plus grand commandement: "
Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force." (Marc 1230).

Un avocat!
Jean assure que nous avons en Christ un avocat auprès du Père (1 Jean 21). Nous ne pourrions être mieux défendus! Mais Dieu ne revient pas pour autant sur la sentence; elle est appliquée, l’exécution a eu lieu, Jésus s’étant offert Lui-même en rançon; c’est Lui que l’on a exécuté sur la Croix. (1 Jean 22).

Nous rappelons ici ce drame de la rédemption pour démontrer le rôle capital de la confession. Les péchés que nous confessons sont "effacés", l’acte de condamnation étant cloué à la croix, (Col. 213-15). Le terme "d’effacer" est de la plus haute importance. Il n’implique pas de fâcheuses séquelles, ce qui serait le cas si Dieu se bornait à "biffer" ce qui a été mauvais dans notre vie. Que penseriez-vous si dans votre portrait écrit on trouvait l’expression: "
C’était un fieffé menteur"!

Certes, on l’a rayé, mais n’est-ce pas plutôt que l’on a souligné trop haut?! Jésus a effacé; Il décrit le menteur racheté et guéri par: "Il aime la vérité"!

La conviction de péché.
Or Jésus, notre Avocat nous annonce le ministère du Saint-Esprit, le Consolateur, nous conduisant dans la vérité. Nous n’entrons donc pas dans un processus d’aveux forcés parce qu’on est dévoilé devant un tribunal. Notre époque n’est pas avare de grands procès, avec attitudes grandiloquentes. La culpabilité est certaine, mais il y a presque inversion des valeurs. On appelle bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien! (Es. 520)

Par contre, la juste confession chrétienne sera le fruit du travail du Saint-Esprit:
Jean 168:
Et quand il sera venu, il convaincra le monde de péché, et de justice, et de jugement:

Elle n’est pas le fait du remords ni d’une contrainte à cause de la détérioration de notre image. Sauver la face découle de la chair, de l’orgueil, pas du travail du Saint-Esprit.

Lorsque nous passons par la conviction de péché, nous ressentons globalement notre état général de pécheur. Le fardeau de notre péché, dont nous prenons conscience nous écrase. Ayant péché
toute notre vie, on ne peut tout évoquer à la fois. Mais nous sommes invités à tout déposer à la croix. Le pardon reçu est global. Jésus en effet a porté le poids du péché de toute l’humanité et s’est écrié: "Tout est accompli!"

Il en résulte une grande libération, et nous devenons vraiment enfants de Dieu. Jésus nous a acceptés tels que nous étions. Mais pas pour nous garder dans l’état où il nous a accueillis! Il va nous changer. Et après la confession
du péché, le Saint-Esprit va nous conduire dans la confession des péchés!

Ils confessèrent tout ce qu’ils avaient fait. (Actes 19:18b)
Nous avons commis les péchés un à un, Il est donc parfaitement logique et normal de les confesser isolément. Toutefois, on doit les différencier, non pas tant pour savoir s’ils sont grands ou petits, graves ou "mignons". Devant la Sainteté de Dieu, ils sont tous également abominables.

Par contre on distinguera ceux qui ont des conséquences vis-à-vis de notre prochain. Dans divers cas, (vol par exemple), la confession ne sera pas complète sans restitution. Tels péchés contre Dieu seul sont à confesser à Dieu seul. Mais, toute une variété de péchés sont à confesser aussi aux hommes et devant eux. Il est impossible d’entrer ici dans toute la description de ce qui doit être fait. Dans certains cas, il sera utile et même nécessaire d’avoir recours à de l’aide spirituelle. Mais il faudra veiller à ce que tout demeure dans la stricte confidentialité. On a vu parfois des étalages malsains, où la confession publique devient un moyen de se mettre en évidence et de se glorifier! Cela sonne faux. Celui qui passe par une authentique repentance éprouve dès lors de la haine pour le péché, bien que gardant tout son amour envers le pécheur!

Le pardon divin revêt un aspect définitif. Mais cela ne veut pas dire que tout a été réglé de notre côté. On peut se rendre compte en cheminant, que le malin a encore des droits, à causes de péchés non confessés. Cela s’avère particulièrement avec les séquelles de pratiques occultes, où subsistent des pactes avec l’ennemi. Il peut donc y avoir dans notre vie, même bien après notre conversion, des mises en ordre demandées par le Saint-Esprit.

Si tel est le cas, il faut éviter de paniquer en remettant tout en question. Nombre de problèmes découverts au cours de notre cheminement ne signalent pas une reculade, mais tout simplement l’acquisition d’une plus grande maturité et un meilleur discernement. La chose sombre que l’on découvre n’est pas nouvelle, mais elle était jusqu’alors cachée par une autre plus grosse, maintenant éliminée.

Il n’est pas rare de devoir confesser des péchés très anciens, complètement oubliés, surgissant soudain sous le projecteur du Saint-Esprit! Il suffit alors de le confesser selon les directives du Seigneur. On enlèvera ainsi toute possibilité à l’accusateur de planter une culpabilité lancinante. On évitera d’entrer dans le processus erroné de faire pénitence. Au contraire la confession honnête et sans contraintes désarmera les puissances de l’enfer, là où règne le prince du mensonge!

Pas un système!
Il est important de mettre en garde contre une systématisation. Nos expériences profondes sont personnelles, donc pas normatives. Ce que nous vivons ne saurait devenir une méthode applicable aux autres!

Dans notre époque de médiatisation intense, beaucoup de témoignages pourraient, pour des personnes sensibles, être perçus comme un passage obligé, une sorte de marche à suivre, engendrant de graves troubles d’introspection maladive. Ne passez pas votre temps à vous creuser la tête pour savoir quel péché vous pourriez encore avoir commis. Rassurez-vous: même si vous n’avez ni tué ou commis un hold-up, vous avez transgressé le premier et plus grand commandement, par conséquent commis le plus grand péché! Nous sommes sauvés par grâce; cette certitude nous abrite d’une autre méprise: celle du salut par les œuvres.

Quand David se creusait la tête, c’était pour se demander quel bien il pourrait encore faire aux descendants de Jonathan! (2 Sam. 91) La joie de savoir nos dettes payées devrait en toute logique nous conduire à la bienveillance envers notre prochain. Le rôle de l’Esprit Saint conduisant progressivement à l’éradication complète du pouvoir du péché dans nos vies engendre une attitude sereine procurant et produisant la paix.

Remarque: Nous avons abordé le thème de la confession nous en tenant à la signification la plus classique du terme: Avouer son péché, mais avec la joie de se savoir pardonné.

Un terme revenant parfois dans l’original grec (par ex. 1 Jean 19) est celui d’"homologeo" ayant donné homologuer en français, ce qui souligne l’aspect de conformité!

Il existe encore plusieurs autres significations où la confession n’implique pas même le péché, mais tout simplement le credo ou le témoignage. Paul cite à Timothée: Sa belle confession. Parfois le terme utilisé est plutôt "Professer".

Cela implique une très grande limpidité, l’absence de masque. Une relation détendue.

Conduit à des propos ouverts et joyeux, où l’être se montre dans toute sa vérité.

Ps. 171: Prière de David. Éternel! écoute la droiture, sois attentif à mes cris, Prête l’oreille à ma prière faite avec des lèvres sans tromperie! Que ma justice paraisse devant ta face, Que tes yeux contemplent mon intégrité!

Ps. 17: 3: Si tu sondes mon cœur, si tu le visites la nuit, Si tu m’éprouves, tu ne trouveras rien: Ma pensée n’est pas autre que ce qui sort de ma bouche.


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