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N° 292 Janvier 2020

Attendre l’exaucement

Par Jacques-Daniel Rochat

Seigneur fais que… La plupart de nos prières consistent à demander à Dieu d’agir pour changer une situation, répondre à des besoins matériels, intervenir pour notre santé ou celle des autres, opérer des changements, etc.

Notre vision de la prière nous conduit souvent à croire que la foi va résoudre tous les problèmes en « libérant » très rapidement les réponses et les bénédictions célestes.

Oui, c’est vrai, la prière peut déclencher des réponses immédiates et de nombreux chrétiens ont vu Dieu agir avec force par des réponses, des guérisons ou des délivrances instantanées.

Illustration Prière et réponse immédiate

Dans la Bible nous avons de nombreux exemples de personnes qui ont expérimenté des exaucements rapides et spectaculaires. Cette efficacité de la foi s’exprime notamment dans la liste des grandes victoires et des prodiges que nous rapporte le onzième chapitre du livre des Hébreux.

Toutefois dans ce même chapitre nous voyons que beaucoup de croyants ont énormément souffert et que malgré leurs prières intenses, ils n’ont pas vu d’exaucement.

« C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises » (Hébreux 11.13, voir aussi 3-9).

Ce retard des exaucements n’est malheureusement pas une exception et dans la grande majorité des exemples bibliques des temps assez longs séparent les prières de leur réponse.

Noé, par exemple, était tourmenté par la violence de son époque et a dû longuement prier et travailler avant de voir l’accomplissement de la justice de Dieu.

Abraham a aussi dû attendre sa vieillesse avant de voir les prémices de la descendance promise.

Joseph a aussi prié et souffert durant 13 ans avant d’être élevé à la place qui lui était destinée. Plus tard, David sera aussi longuement éprouvé avant d’obtenir la royauté promise…

Ce décalage entre la prière et la réponse s’observe aussi dans la vie de Job ; atteint par le deuil et la maladie il ne cesse de faire part de ses souffrances à Dieu… Sa guérison viendra, mais après un cheminement qui a dû lui sembler interminable.

Cette attente de l’intervention divine s’exprime aussi avec force dans le livre de l’Exode ; dans le deuxième chapitre, les cris et les supplications des Hébreux montent vers Dieu qui les entend. Pourtant, tout commence par un bébé dans un panier et il faudra plus de 80 années pour que l’exaucement arrive. Durant cette longue attente, beaucoup ont prié et sont morts sans voir la libération.

Cette tension entre la prière et les exaucements est aussi très présente dans les Évangiles et Jésus indique à plusieurs reprises que des événements difficiles doivent se produire avant que les promesses s’accomplissent. Cette vision que le temps doit s’écouler est notamment au cœur de la parabole où le bon grain et l’ivraie croissent ensemble jusqu’à la moisson. On peut même observer que c’est parce que Jésus a tardé à venir vers Lazare que son ami est mort.

Alors que beaucoup de prédicateurs promettent des exaucements immédiats pour obtenir la richesse, la guérison ou la prospérité, nous voyons dans la Bible que la vraie foi s’exprime dans la durée et aussi très souvent dans la souffrance de celui qui ne reçoit pas.
Ce mystère de l’exaucement qui tarde… est au cœur de la prière du Notre Père. En effet, quand nous demandons « Que ton règne vienne… », nous confessons avec tristesse que notre monde n’est pas conduit par l’amour de Dieu et que nous attendons son intervention.

Ce désir intense s’exprime aussi avec force dans l’Apocalypse lorsque les justes demandent :
« Jusqu’à quand Seigneur ? » (6.10). Cette prière se retrouve encore dans l’appel de l’Esprit et de l’Église que l’on trouve dans les derniers versets de la Bible « Viens Seigneur Jésus ».

Le mystère de la « faiblesse » de Dieu

Les temps plus ou moins longs qui séparent les prières de leurs accomplissements nous posent évidemment une question importante. En effet, si Dieu est tout-puissant, pourquoi ses réponses prennent-elles du temps à venir ? Ne peut-il pas agir immédiatement ?
Cette idée que Dieu puisse tout faire sur la Terre ne tient pas compte d’un aspect important. En effet, tout en ayant une puissance infinie, Dieu s’est imposé une limite comparable à celle d’un père qui a donné son héritage à ses enfants. Malgré la gestion déplorable qu’ils en font, il ne veut, par respect et amour pour eux, en reprendre la gestion.

L’exemple le plus marquant de ce conflit entre les désirs de Dieu et ceux des hommes s’exprime lorsque Jésus pleure devant la ville de Jérusalem.
« Jérusalem, Jérusalem, qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (Luc 13.34).

Combien de fois ai-je voulu, mais vous ne l’avez pas voulu !
L’opposition des hommes à la bonne volonté de Dieu les a conduits à faire de la « ville de la paix » un espace de meurtres et de violences.
Cet impact spirituel du mal apparaît aussi lorsque Daniel prie à Babylone. L’ange lui confirme que sa prière a été entendue, mais pour y répondre, il a dû affronter une forte opposition et cela a pris du temps.
« Dès le premier jour où tu as eu à cœur de comprendre, et de t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c’est à cause de tes paroles que je viens. Le chef du royaume de Perse m’a résisté vingt et un jours ; mais voici, Michaël, l’un des principaux chefs, est venu à mon secours… » (Daniel 10.12-13).

Dans notre monde moderne, le refus de Dieu entraîne toute la création et l’humanité à subir la domination diabolique, le mal et le chaos. Ces entraves aux désirs de Dieu sont comparables à des murailles que les exaucements doivent percer laborieusement.

Ainsi, la prière de la foi nous invite à sortir de notre vision égocentrique pour contribuer au travail qui vise à faire éclore la bonne volonté du Père sur la Terre.

La valeur de cette implication est soulignée avec force dans l’Apocalypse. En effet, dans le chapitre 5, nous voyons que les prières qui semblaient ne pas avoir été exaucées ont été précieusement recueillies ; elles sont devenues des parfums déposés dans des coupes d’or.

Illustration Prière

L’exaucement ultime

Nous l’avons vu, par son amour infini des hommes Dieu retient sa force et la venue de son règne. Cette patience n’est toutefois pas éternelle et nous savons par une multitude de prophéties (et par le déclin du monde) que tout cela va se terminer.

Illustration Prière

Ainsi, chaque jour nous rapproche du moment où le délai fixé par Dieu sera consommé et où l’arrogance humaine finira par s’écraser dans un grand embrasement.

Dans ce dernier « jour », la volonté de Dieu s’imposera. Si ce moment est redoutable par le jugement qu’il représente pour les méchants, il est au cœur de l’espérance de tous ceux qui prient et attendent. En effet, si ce jour marque la fin de ce monde corrompu et chaotique, il permettra à Dieu d’apporter sa réponse ultime à toutes les prières. En ce jour d’exaucement suprême seront enfin apaisés tous les cris et les larmes qui montent aujourd’hui vers Dieu.

Dans l’attente de cet exaucement absolu et suprême, soyons de ceux qui portent le combat de la prière, non pour satisfaire nos désirs charnels, mais pour faire descendre des fragments de la volonté de Dieu dans un monde qui en a tant besoin.


Quelques textes sur l’attente

C’est une promesse qui marche vers son terme. « Si elle tarde, attends-la… » (Habakuk 2.3)

« Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui » (Luc 2.25).

« Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance » (2 Pierre 3.9).

« Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur » (Jacques 5.7).

« Il est bon d’attendre en silence le secours de l’Éternel » (Lamentations 3.26).

« Nous nous rendons à tous égards recommandables, comme serviteurs de Dieu, par beaucoup de patience dans les tribulations, dans les calamités, dans les détresses » (2 Corinthiens 6.4).


Partage à vivre en groupe

  • Dans quelles situations priez-vous, et comment ?
  • Quel est l’un des plus grands exaucements que vous avez vécus ?
  • Que ressentez-vous lorsque vos prières ne sont pas exaucées ?
  • Comment pourriez-vous davantage collaborer avec Dieu par la prière ?


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