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N° 281 Avril 2017

La prière qui fait la différence

Par Guy Chautems

À quoi se mesurent la maturité d’un chrétien et celle d’une communauté de maison ? Elle se mesure à la ferveur de sa prière ! Actes 12.1-19 ; Luc 22.39-46.

« À cette époque, le roi Hérode se mit à maltraiter quelques membres de l’Église, et il fit mourir par l’épée Jacques, frère de Jean. Voyant que cela était agréable aux Juifs, il fit encore arrêter Pierre. » Actes 12.1-3

Dans ces temps de persécutions, l’apôtre Pierre est dans une situation catastrophique ; mené dans un cachot, il est gardé par seize soldats. Tout cela est bien sombre «
 mais l’église prie pour lui avec ferveur ». Ni le mot « mais », ni l’expression « avec ferveur », n’ont été choisis au hasard par Luc.
Le mot «
 mais » souligne ce qui fait la différence ! Dans un monde où Satan gronde, la prière fait la différence et l’expression « avec ferveur » souligne la force de cette prière !

Reprenons ces deux points :

1. Ce qui fait la différence : la prière.
Soyons réalistes ! Qu’est-ce que cette petite poignée de chrétiens rassemblés dans la chambre d’une maison, face à l’immense pouvoir politique et religieux de la capitale ?
Imaginez-les ces chrétiens rassemblés dans la maison de Marie, mère de Marc ! En nombre, ils sont de la taille d’un petit groupe de maison ! La raison en est qu’après le meurtre d’Étienne, une grande persécution a éclaté contre l’Église de Jérusalem et Luc écrit :

« Tous, excepté les apôtres, se dispersèrent en Judée et en Samarie. » Actes 8.1

Face à cette petite église, le roi Hérode Agrippa. Cet homme corrompu par l’argent et le pouvoir a été élevé à Rome. Dans cette ville, il a vécu sur l’argent des autres et a accumulé les dettes en se faisant de nombreux ennemis. À coups d’intrigues, il est toutefois parvenu à devenir le roi de Judée et de la Samarie. Quelque peu lâché par Rome, il maltraite les chrétiens et fait assassiner Jacques, le frère de Jean, de cette manière il espère gagner des points auprès de tous les Juifs qui s’opposent à l’Église naissante.
Face aux pouvoirs politique et religieux dressés contre elle, qu’est-ce que cette petite église, rien, moins que rien ! Et pourtant une chose fait la différence : le combat de
la prière. Satan gronde, mais l’Église prie avec ferveur !

Cette prière la place du côté de Dieu, mieux :
en Dieu comme un refuge, sur Dieu comme un rocher. Et qu’est-ce que l’homme quand il s’oppose à Dieu ? Que pèse Hérode devant le Seigneur de l’univers ? Luc racontera sa fin misérable : alors qu’il parade en habits royaux devant les gens de Tyr et de Sidon, il tombe raide mort, rongé par les vers, nous dit le texte.

De la Genèse à l’Apocalypse, la Parole de Dieu nous le rappelle, face aux circonstances, aussi difficiles soient-elles, la prière de celui qui reconnaît sa fragilité, sa petitesse et qui, dans le même temps, proclame la miséricorde et la grandeur de Dieu, cette prière fait la différence !

Abraham était un homme de prière, il est à l’origine du peuple de Dieu. Par sa prière, il a fait la différence.
Moïse était un homme de prière, il a délivré Israël de l’Égypte. Par sa prière, il a fait la différence.
Josué était un homme de prière, il a conquis la terre promise. Par sa prière, il a fait la différence.
Gédéon, petit à ses yeux, a osé dialoguer avec Dieu et il a délivré son peuple de la main des Madianites. Par sa prière, il a fait la différence.
Esaïe, Jérémie, Ézéchiel étaient des hommes de prière, ils ont préparé la venue du Messie. Par leurs prières, ils ont fait la différence.
Les apôtres étaient des hommes de prière, ils ont bâti l’Église avec Christ. Par leurs prières, ils ont fait la différence.
Tous et tant d’autres que je ne nomme pas ont, par leur prière, fait la différence.

2. Ce qui fait la force de cette prière
L’Église priait « avec ferveur », Luc utilise le même mot que dans le récit qui décrit la prière de Jésus à Gethsémané :

« En proie à l'angoisse, Jésus priait avec plus de ferveur encore, et sa sueur devint comme des gouttes de sang tombant à terre » Luc 22.44

Avec ferveur (ou ne cessait), ce mot grec ”ektenos”, qui décrit la tension de celui qui prie est composé de la racine « tenos », qui a donné le mot tendon. La ferveur Ektenos, exprime (« ek » : «hors de, et « tenos » : tendu). Pour exprimer cette ferveur, cette intensité, on peut prendre l’image d’un élastique.
Quand nous tenons le bout d’un élastique dans notre main, il flotte, un peu à l’image de ces prières que nous faisons un peu trop vite, sans écouter, surtout lorsque nous présentons notre liste de commissions au Seigneur. MAIS cet élastique, je peux l’accrocher quelque part ou le tenir à deux mains et exercer une tension plus ou moins grande. La prière elle aussi peut avoir une tension plus ou moins grande.


Qu’est-ce alors qui va donner de la tension à notre prière ? D’un côté, il y a Dieu et de l’autre, notre demande. Avec cette image devant nos yeux, examinons la prière de la petite communauté rassemblée dans la maison de Marie. J’imagine que dans cette chambre toutes sortes d’émotions se sont exprimées : la persécution est là, Jacques, l’un des principaux apôtres a été décapité et maintenant Pierre est en prison ! Certains expriment leurs craintes, d’autres leur tristesse. D’autres encore ont certainement des doutes quant à l’avenir de l’Église privée de cet entraîneur remarquable qu’est Pierre… Mais tout cela n’est pas de la ferveur. C’est comme un élastique que l’on tiendrait au bout d’un bras, accroché à rien.

Trouver un point d’accrochage.
Ces émotions, il est vrai, peuvent s’exprimer dans la prière ; entendez ces chrétiens qui se lamentent à juste titre lorsqu’ils sont placés dans une situation très difficile. Entendez ceux qui sont tentés – à la manière de Job – de tout envoyer balader. Entendez ceux qui souffrent, angoissés face à une épreuve imminente, un cancer, une grave opération. À quoi s’accrocher ? Jésus lui-même ne s’est-il pas trouvé quelques instants avec une prière qui cherchait son point d’accrochage ? Où l’a-t-il trouvé, pour que Luc en arrive à dire de sa prière qu’elle grandissait en ferveur ? Il l’a trouvé dans la volonté de Dieu :

« Père, si telle est ta décision, éloigne de moi cette coupe. Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui advienne, mais la tienne. » Luc 22.42

Où l’Église a-t-elle trouvé son point d’accrochage ? Après la première arrestation de Pierre, une parole biblique lui avait été donnée :

« Pourquoi les nations s'agitent-elles ? Pourquoi les peuples grondent-ils en vain ? Les rois de la terre se postent, les princes se liguent ensemble contre le SEIGNEUR et contre l'homme qui a reçu son onction :Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes” ! Il rit, celui qui habite le ciel, le Seigneur se moque d'eux. Il leur parle dans sa colère, dans sa fureur il les épouvante… » Psaume 2.1-5

La petite église de maison se souvenait certainement de ces paroles et de ce qui était arrivé après les avoir priées : ce tremblement de terre, cette audace pour le témoignage retrouvé !

Nous pouvons aussi imaginer qu’il y a eu un second point d’accrochage. Ainsi, Pierre en prison était en attente d’un procès qui le mènerait à une mise à mort certaine… Mais après sa résurrection, le Seigneur ne lui a-t-il pas confié l’Église ? Ne lui a-t-il pas dit qu’il allait devenir vieux ?

« Prends soin de mes moutons. Amen, amen, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu passais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te passera ta ceinture pour te mener où tu ne voudras pas. Il dit cela pour signifier par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Après avoir ainsi parlé, il lui dit : suis-moi. » Jean 21.18-19

Or, dans notre récit, Pierre est encore dans la force de l’âge et peut encore nouer lui-même sa ceinture et aller où il veut. Tout cela signifie que la prophétie de Jésus n’est pas encore accomplie ! Voyez-le dans la prison, Pierre est serein et dort entre deux soldats, l’ange doit même le réveiller ! Étonnant ! Pendant ce temps, la communauté de maison veille et s’accroche aux paroles prophétiques du Seigneur, laissant entendre que la mort de Pierre en martyr n’était pas encore venue.
Oui la ferveur de nos prières augmente lorsque nous nous accrochons à la parole de Dieu. Et s’accrocher à sa parole, c’est s’accrocher à Dieu lui-même !

Mais la ferveur, la
tension augmente encore lorsqu’on prononce les premières demandes du Notre Père et que ces paroles sont bien pesées. Dieu veut que son Nom soit sanctifié, il veut que son règne vienne, il veut que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. La ferveur grandit quand nous voulons ce que Dieu veut.

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. 19 Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 20 leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » Matthieu 28.18-20.

Faites de toutes les nations mes disciples, Dieu le veut, le voulons-nous ?
John Knox, le réformateur écossais, priait ainsi : « Donne-moi l’Écosse où je meurs » et Dieu l’a exaucé.

William Booth, fondateur de l’Armée du salut disait : « Travaillez comme si tout dépendait de votre travail et priez comme si tout dépendait de votre prière. »

Hudson Taylor, le grand missionnaire de l’intérieur de la Chine, disait aux jeunes : « Vous devez aller de l'avant, mais allez-y sur vos genoux ! »

John Knox, William Booth et Hudson Taylor ont fait la différence par leurs prières persévérantes, Dieu les a exaucés !

Et nous, dans ce monde en naufrage grandirons-nous en maturité ?
Dans ce monde en perdition, ferons-nous la différence par nos prières ? Ferons-nous la différence par la ferveur, l’intensité, la persévérance de nos prières
agissantes (Ja.5.16) ?


Questions :
Avez-vous déjà fait d’une parole de la Bible le point de départ ou le but de votre prière ? Si oui laquelle ?
Dans la vie chrétienne, il n’y a pas que la prière pour faire la différence ; que mentionneriez-vous encore ?
La vie de l’Église s’accroche à deux commandements, lesquels ?
Vont-ils ajouter de la ferveur aux prières de nos communautés de maison ?
Si nous reprenons l’image de l’élastique (de la tension, de la ferveur) pour caractériser la prière de notre communauté, comment vous représentez-vous cette prière ? Et surtout comment progresser en maturité ?

Notes:

1. D’autres trad. disent : ”…avec d’ardentes prières” ; ou encore ”priait sans relâche…”
2. Dans les traductions en Français Courant, Semeur, TOB.
3. Voir Actes 4.24-26.


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