Le Lien

N° 257 Avril 2011

Jésus ou Mahomet ?

Par Jacques-Daniel Rochat

L’impact de nos croyances
Avec l’essor des découvertes scientifiques au 18e siècle, beaucoup de penseurs s’imaginaient que la modernité finirait par répondre à toutes les questions de la création et éradiquer les religions.
Deux siècles plus tard, les mystères scientifiques sont encore plus intenses et le progrès n’a pas éteint les ferveurs religieuses, au contraire, les croyances et les idéologies se répandent, façonnent les peuples et sont l’objet des grands enjeux géopolitiques. Cela devrait nous conduire à être très attentifs, car si toutes les religions et les idéologies prétendent détenir la vérité, elles peuvent conduire les hommes à la ruine.
Par exemple, l’idéologie communiste qui a ravagé de nombreux pays et causé des millions de victimes se basait sur des idées brillantes et qui ont conquis de nombreux intellectuels… et pourtant c’était un poison ! Ainsi, notre manière de vivre et de construire la société est directement liée à ce que nous croyons, et cela peut nous conduire au bonheur ou au malheur… Avec de tels enjeux, il est souhaitable d’examiner avec soin ce que nous plaçons au centre de nos coeurs.
Par exemple, l’idéologie communiste qui a ravagé de nombreux pays et causé des millions de victimes se basait sur des idées brillantes et qui ont conquis de nombreux intellectuels… et pourtant c’était un poison ! Ainsi, notre manière de vivre et de construire la société est directement liée à ce que nous croyons, et cela peut nous conduire au bonheur ou au malheur… Avec de tels enjeux, il est souhaitable d’examiner avec soin ce que nous plaçons au centre de nos coeurs.
Malheureusement, notre appartenance religieuse s’appuie le plus souvent sur notre environnement social : je suis animiste, musulman ou chrétien parce que mes parents, mes frères et mon village le sont…
Est-ce une bonne attitude, la dimension religieuse, aussi essentielle et fondamentale, ne devrait-elle pas se baser sur une recherche profonde et solide ? Et si oui, comment faire son choix devant la diversité des croyances et quand chacune des religions prétend être la vérité ?
1

L’épreuve des fruits
Alors que la confrontation des doctrines religieuses conduit le plus souvent à des guerres d’arguments, il est plus simple d’évaluer la valeur d’une religion selon la manière dont elle s’exprime à sa source.
Par exemple la religion raëlienne créée en 1974, a pour origine le « message » d’un français qui prétend avoir fait une rencontre avec des extra-terrestres et être le vrai prophète. Alors que ses discours habilement construits séduisent des milliers de fidèles, il suffit d’observer les agissements du « maître » pour comprendre ce qui l’anime. Ainsi cet homme (connu par ses anciens amis pour être un menteur), utilise son pouvoir sur ses disciples pour s’enrichir et pour profiter sexuellement des femmes…
Si les discours peuvent tromper, la manière de traiter son prochain ne ment pas et permet de discerner la vérité. Ainsi, loin des débats théologiques complexes nous pouvons évaluer la nature d’une croyance en observant la valeur qu’elle accorde aux autres. Cette analyse peut s’appliquer à l’ensemble des religions et donc utilement à l’Islam et au Christianisme qui sont les deux plus grandes religions. Pour faire cette analyse, il suffit de revenir aux sources et d’étudier les textes que chacune de ces religions reconnaît comme étant un témoignage sur la vie de son fondateur. Ainsi, pour Jésus, nous disposons des quatre évangiles et pour Mahomet il y a le Coran et la Sunna (somme des Hadiths ou récits le concernant). Nous pouvons donc partir de ces écrits, car ils font autorité.

RAPPEL HISTORIQUE
La vie de Jésus
Jésus est né environ en l’an -4 de notre ère au sein du peuple juif. L’histoire de ce peuple remonte très loin dans l’Antiquité et des écrits retrouvés dans les pays voisins confirment la présence des Hébreux en Israël il y a plus de 3 000 ans 2. Ainsi à cette époque, les Juifs ont déjà vécu un long cheminement dans la révélation du Dieu unique et disposent de très anciens écrits3 qui parlent d’Abraham, d’Isaac, de Moïse, ou de David…
Lorsque Jésus commence son oeuvre vers l’âge de 30 ans, il marque son entourage par ses messages et ses miracles. En trois ans seulement, il exerce un rayonnement qui suscite l’engouement des foules, mais aussi une forte jalousie de la part des chefs religieux. Ceux-ci finissent par obtenir sa condamnation à mort par crucifixion. Mais cette fin brutale trouve un étrange dénouement, car des milliers de personnes se mettent à le suivre ! Durant plusieurs siècles, les chrétiens seront sauvagement persécutés par les empereurs romains. Cela ne découragera cependant aucunement la conviction des fidèles qui confesseront leur espérance en Dieu et dans la résurrection. Malgré l’adversité, la foi chrétienne se répand pacifiquement
4 et touche de nombreux pays.

La vie de Mahomet
Mahomet est né à la Mecque en 570 après Jésus-Christ. Cette cité, entourée de déserts, comptait quelques milliers de Bédouins et de caravaniers forcés de faire de longs trajets pour exercer leur commerce. À cette époque, la population était principalement païenne et offrait des cultes primitifs aux divinités stellaires, à la lune, à l’eau, à des idoles ou à des pierres (comme celle contenue dans le temple cubique de la Ka’ba).
Des Juifs, ­ dont des Arabes convertis au judaïsme et pratiquement exclus de la Mecque ­ vivent à proximité comme à Médine par exemple. Des Chrétiens étaient aussi bien implantés dans les régions environnantes.
L’homme par qui l’Islam va venir ne connaît pas son père, et sa mère meurt alors qu’il a environ 6 ans. Accueilli par son grand-père et ensuite par son oncle, il se marie à 25 ans avec une riche veuve de la ville (bien plus âgée que lui). Mahomet participe activement à la vie commerciale et grâce à ses capacités, il exerce une influence croissante dans la région et aura aussi plusieurs contacts avec des Chrétiens
5. Attiré par la solitude et prenant du temps pour prier dans une grotte, Mahomet reçoit la conviction qu’il est l’envoyé de Dieu et qu’il doit prêcher 6. Mahomet commence donc à donner des paroles très courtes de cinq ou six versets : les sourates. Trois ans plus tard, une cinquantaine de personnes, dont des membres de sa famille, forment sa communauté et ses disciples s’engagent à combattre au nom de son dieu : Allah.
En 622 un conflit éclate entre les Musulmans et les dirigeants de la Mecque. Mahomet s’enfuit et va s’installer à Médine. Cet événement inaugure l’an zéro du calendrier musulman. À Médine, Mahomet tente d’instaurer un principe d’égalité entre sa religion et celle des communautés juives et chrétiennes. Mais les Juifs enracinés dans la révélation biblique ne reconnaissent pas en Mahomet un authentique prophète de Dieu. Après les avoir dépouillés de leur bien, Mahomet les chasse hors de Médine. Pour reprendre autorité sur la Mecque, il s’allie avec des tribus nomades et multiplie les actes de violence, il pille les caravanes qui vont à la Mecque. Lors de ces combats, il se fait presque anéantir en 627. De 628 à 632, Mahomet et ses 1 400 hommes, entreprennent des expéditions guerrières et rallient les tribus environnantes. En 630, ils sont 10 000 hommes à forcer la capitulation de la Mecque qui devient alors son quartier général.
Mahomet meurt en 632 et laisse 80 000 fidèles prêts à poursuivre la conquête. Son successeur envoie ses armées en Syrie, en Irak, en Palestine. Ces conquêtes militaires permettent à cette nouvelle religion de se répandre.

Quelles attitudes envers les autres ?
Comme nous l’avons vu précédemment, il est intéressant d’évaluer un contenu religieux à la lumière des attitudes. Donc, après ces succincts rappels historiques, nous allons considérer les témoignages qui sont donnés à Mahomet et Jésus dans leurs contacts avec leurs entourages. Dans un premier temps, nous prendrons l’attitude de l’un et de l’autre envers les femmes.

Mahomet : Après le décès de sa première femme (Khadîja), Mahomet prendra de nombreuses femmes. Ainsi, selon Tabari (839-923), Mahomet aurait eu neuf femmes et cinq concubines. D’autres sources indiquent qu’à la fin de sa vie il avait 12 femmes et deux concubines 7. Parmi ses femmes plusieurs n’ont pas eu le choix ; il prendra la femme d’un juif qu’il venait de faire tuer et son harem comptera une esclave chrétienne 8. Ses désirs le conduiront à désirer la femme de son fils adoptif, qu’il finira par obtenir en contournant la morale. Vers la fin de sa vie, il prendra pour femme une fillette de six ans (il aura des relations sexuelles avec elle lorsqu’elle en aura neuf et que lui en aura plus de cinquante 9).
Avec ce rapide compte rendu, on peut logiquement conclure que Mahomet appréciait le charme des femmes mais les considérait comme des êtres inférieurs et dont il exigeait l’entière soumission.

Jésus : Comme en témoignent les récits sur sa vie, Jésus n’a pas été marié et sa vocation s’est exercée dans le célibat et la chasteté 10. À l’époque, la culture et les coutumes mettaient plutôt les femmes à l’écart et dans une condition inférieure. Jésus va donc profondément surprendre son entourage en leur accordant une attention empreinte de respect et d’estime. Il guérit, parle et accueille des femmes, et même des prostituées qu’il conduit à une nouvelle vie. Par son attitude et ses messages, Jésus souligne que la femme est l’égale de l’homme et que l’alliance du mariage une image sacrée de l’amour entre Dieu et les hommes. Ce modèle du couple condamne donc le principe de la polygamie et si Jésus n’exclut pas le divorce, il considère qu’il est le fruit malheureux de la dureté du coeur de l’homme.
Pour finir ce rapide résumé, il est intéressant de noter que les femmes seront les premières à découvrir l’incroyable nouvelle de la résurrection du Christ et à annoncer la bonne nouvelle aux hommes…

Quelles attitudes envers les ennemis ?
Pour poursuivre cette étude comparative, il est bien de se rappeler que la manière de traiter nos ennemis est le moyen par excellence de juger notre réel amour du prochain. En effet, tout le monde aime ses amis, mais que se passet- il quand celui qui fait le mal ou nous déteste tombe sous notre plein pouvoir ? Et dans ce domaine, les contrastes entre les attitudes de Jésus et de Mahomet sont saisissants.

Mahomet : Au fil de sa vie, Mahomet va entreprendre de très nombreuses guerres et actions de pillages dans lesquels on tue des hommes et l’on prend des femmes et des enfants en esclaves », le nom arabe de ces actions a donné le nom « Razzia ». En 627 après une bataille à Médine dont il sort vainqueur il se livre à de terribles exactions envers ses prisonniers et fait décapiter entre 500 à 900 personnes d’une communauté juive 11.
Mahomet pouvait se montrer très généreux et clément, toutefois il n’hésitera pas à rompre une trêve militaire pour surprendre ses adversaires. Il utilisera aussi l’assassinat politique en commanditant le meurtre d’un poète et d’une mère de famille qui critiquaient ses agissements. Il fera torturer un vieil homme pour qu’il révèle la cache de son trésor
12. Comme le soulignent ces quelques exemples, Mahomet est un homme de sang, qui use des armes et n’hésite pas à infliger de cruelles souffrances pour atteindre ses ambitions. Cette utilisation de la violence pour dominer les autres et soumettre les autres à sa foi explique pourquoi l’Islam est souvent un vecteur de guerre 13

Jésus : Selon les récits des Évangiles, la seule démonstration de force de Jésus a été de chasser des vendeurs qui sévissaient dans le Temple de Jérusalem. Dans cette action symbolique pour défendre ceux qui allaient prier Jésus renverse quelques tables, mais ne commet aucun mal à son prochain. Ainsi, toute la vie de Jésus est une démonstration d’une extraordinaire bonté envers les autres : il soigne les malades, accueille les personnes mises à l’écart de la société et pardonne à ceux qui le rejettent et aux coupables 14. Bien qu’environné par l’occupant romain, il ne cède jamais à la violence. Notons qu’il ne cherche même pas à arrêter celui qui va le trahir et que quand on l’arrête, il demande à ses disciples de ranger leurs épées. Soulignons aussi que lorsqu’il est injustement torturé, il ne menace pas ceux qui l’injurient ou le frappent. Le point culminant de son amour se manifeste dans la souffrance finale quand il utilise ses dernières forces pour demander à Dieu de pardonner aux hommes, ses persécuteurs…15

Une histoire de clous…
Pour finir ce comparatif, il est instructif de prendre deux exemples qui marquent la différence fondamentale entre Jésus et Mahomet. Ce contraste symbolique est une histoire de clous. Ainsi et comme le racontent les textes islamiques du hadith, des voleurs avaient été surpris en train de voler des chameaux. Je cite : « Le Prophète ordonna de faire chauffer des clous et, quand ils furent rougis, il leur fit brûler les yeux ; il leur fit aussi couper les mains et les pieds sans cautériser les moignons. On les jeta ensuite dans la Harra ; ils demandèrent vainement à boire ; on les laissa mourir sans les abreuver »16.

Cette atroce cruauté appliquée par Mahomet à des voleurs d’animaux nous conduit à méditer une autre histoire dans laquelle des clous vont aussi apporter la souffrance… Mais dans le cas de Jésus ce n’est pas lui qui fait souffrir, il subit la torture en se laissant crucifier pour sauver un brigand mais aussi tous les hommes. Par cela il accompli cette parole : « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis »
17, quel contraste !

Conclusion
Ce rapide exposé d’actes significatifs de Mahomet et de Jésus permet de mieux comprendre la nature de ces deux modèles de foi.
Comme nous l’avons souligné au début de cet article, la dimension religieuse se joue au tréfonds du coeur de l’homme, elle pénètre sa pensée et influence sa vision du monde, ses valeurs, sa manière de voir l’autre, de fonder un couple, de construire une famille, elle influence aussi toute la construction sociale et son avenir dans l’éternité.
Selon ce choix fondamental, chacun est libre de discerner où se trouve la révélation de Dieu et lequel de Mahomet ou de Jésus mérite d’être considéré comme le témoin digne de confiance et à même de nous conduire vers le Dieu « bon et miséricordieux ».
Face à ce dilemme, c’est à chacun de creuser et de choisir en son âme et conscience celui qu’il désire suivre.

Ce choix n’est pas anodin car c’est aussi dans ce qui nous attire que notre coeur se révèle.


____________________


Notes
1 Selon le « World Christian Encyclopedia » publiée par Oxford University Press, (David B. Barrett), le monde compterait plus de 9 000 types de croyances, dont 19 religions principales que l’on peut encore subdiviser en 270 groupes distincts.

2 Comme par exemple la stèle de Merenptah en Egypte (écrite il y a 3 210 ans), la stèle de Tel Dan mentionnant David (écrite il y a 2 910 ans), Les fresques et écrits de Sennachérib trouvés à Ninive (en Iran) et mentionnant les rois d Israël (2 730 ans).

3 La science dispose de manuscrits datant de plusieurs années avant notre ère. Soit des copies réalisées il y a environ 2 150 ans.

4 Contrairement à l’Islam, le christianisme ne s’est pas construit sur la violence ou des revendications politiques. Ainsi, c’est seulement 322 ans après la naissance de Jésus qu’il va être associé à la violence par un empereur romain qui utilise l’emblème de la croix dans ses guerres. Ce lien contre nature entre la force des armes et l’amour du Christ conduira plus tard des pouvoirs politiques et religieux à exercer la violence pour suivre leurs ambitions au détriment du message de l’Évangile.

5 Le cousin de son épouse était un chrétien qui connaissant bien la Bible. Il est aussi possible qu’adolescent, il ait rencontré un moine en Syrie.

6 C’est de ce verbe prêcher ou réciter, en arabe « al-Qur’- an », que viendra le mot Coran.

7 Notons que ce nombre élevé de femmes va à l’encontre de la limite imposée par les coutumes de l’époque (et les prescriptions du Coran !) Mahomet invoquera donc une autorisation divine spéciale Voir le Coran sourate 33 : 37 et 50.

8 A souligner aussi qu’avec ses soldats ils pratiquaient le viol des captives (Hadith du Sahih Muslim 8 : 3432, 3433, 3371, voir aussi Coran 4:3).

9 Hadith, Sahih Boukhari 7 : 62-64 : Mahomet est mort à 63 ans et la fille est encore restée 9 ans avec lui (voir aussi Coran 65 : 4).

10 Ces formes de consécrations comme le naziréat (voir Nombres 6) étaient usuelles dans la culture juive. A noter que toute liaison avec une femme en dehors du mariage aurait aussitôt créé un scandale et disqualifié l’homme prétendant servir Dieu.

11 Cet épisode guerrier mentionné par Ibn Ishaq est connu sous le nom de la « Bataille du Fossé ».
12 Ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 764-5

13 En 632, Al Tabari fait le décompte de 62 expéditions à Cordoue au 12e siècle, l’Islam se manifestera par de nombreuses guerres : invasions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord dès 650, destruction de Carthage en 689, conquête jusqu’à Poitiers en 732, massacres lors de la prise de Constantinople en 1453, razzias des pirates maures pour se procurer des esclaves chrétiens sur les côtes de Provence et d’Italie durant tout le Moyen Age et de la Renaissance, siège de Vienne par les Turcs en 1683, exterminations des Grecs en 1821-1822 par Ibrahim Pacha, déportation de 17 millions d’Africains dans le cadre du commerce transsaharien des esclaves. Notons sur ce dernier point, qu’il n’y a eu aucun mea culpa et que l’esclavagisme continue d’être appliqué dans certains pays musulmans.

14 Voir à ce propos l’attitude de Jésus envers une femme adultère (Jean 8.1-12) ou sa réaction pacifique envers ceux qui s’opposent à lui (Luc 9.51-56).

15 Cette incroyable attitude d’amour envers les hommes ne sera malheureusement pas souvent partagée par ceux qui se réclameront de lui. Ainsi l’Histoire compte de nombreuses guerres et massacres qui ont été réalisés au nom du Christ ! Comment justifier ces atrocités quand on s’appuie sur le modèle de Jésus ?

16 Cité par Sahid Boukhari, tome 4, titre 86, chp17, en relation avec le Coran 5 : 33.

17 Jean 10.11.


Stacks Image 336
2017 © Shekina, Tous droits réservés