Le Lien

N° 253 Avril 2010

Les enjeux spirituels

Par Jacques-Daniel Rochat

Le cadeau de l’Esprit
Lorsque Dieu a « lancé » la création de l’univers, il avait déjà une vision précise de l’objectif qu’il désirait atteindre. Selon son désir, la création serait l’écrin lui permettant de déposer une part de lui-même. C’est pour révéler ce projet d’implication de Dieu que la Bible précise que l’homme, tiré de la « poussière » de la Terre, reçoit une dimension spirituelle et divine. Ce privilège lui est donné par l’intervention personnelle du Créateur. La Genèse rapporte ainsi que Dieu s’investit dans l’homme en lui donnant son souffle par un « baiser » rempli d’affection.

« L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint une âme vivante. » Gn 2.7

Par ce « bouche-à-bouche » vital, l’homme reçoit la faculté d’accueillir l’Esprit de Dieu. Cette capacité spirituelle transcende sa dimension charnelle et terrestre et lui permet d’établir une communion directe et personnelle avec son Créateur.
Comme il est aisé de le comprendre, les dimensions matérielles et biologiques de l’homme (la poussière) ne sont que d’humbles supports comparés à l’extraordinaire capacité qui lui permet de vivre une dimension spirituelle. Ainsi, selon la Bible, l’homme n’est pas défini par ses dimensions physiques ou parce qu’il profite d’une intelligence supérieure aux autres espèces ; son statut repose sur le privilège unique et précieux : être une créature qui accueille en son sein une part de son Créateur.

C’est donc l’Esprit qui vient de Dieu qui donne à l’homme son sens existentiel. Cet Esprit divin est au-dessus de la création et n’est pas soumis aux lois de la physique et de la matière. Ainsi, l’Esprit n’est pas une présence que l’on peut observer avec le regard ou des appareils scientifiques, il est le fondement, hors du temps et de l’espace, qui supporte la création.

Pour nous aider à saisir la nature et l’importance de l’Esprit invisible, la Bible utilise le symbole du « souffle ». Sur un plan biologique, notre premier souffle a eu lieu lors de notre naissance et répond à un besoin essentiel de notre organisme ; quelques minutes sans respirer seraient fatales. Cette part vitale du souffle biologique permet de comprendre l’importance de l’Esprit qui vient de Dieu. Lorsque l’homme reçoit cette présence divine, il obtient une part de l’extraordinaire puissance qui a créé l’univers. Avec ce « souffle », l’homme naît et respire selon l’Esprit, et il devient un être « connecté » à la source spirituelle qui domine toutes les dimensions matérielles.

Quel mystère et quelle grandeur pour l’homme qui est, dès lors, non seulement créé selon une filiation terrestre et biologique, mais encore avec un patrimoine venu directement de Dieu. Cette vocation extraordinaire donne à l’homme l’honneur de devenir « fils de Dieu ». Cette dignité surpasse toutes les autres. Par elle, l’homme reçoit les qualifications pour gérer la création en exerçant une autorité sur les créatures physiques et spirituelles qui l’environnent.

Soulignons que, si l’homme est invité à vivre en communion avec Dieu, cette relation n’est pas forcée. L’homme n’a pas été conçu comme un robot ; il est un être libre. Son autonomie s’apparente à l’engagement librement consenti qui lie un homme et une femme dans le mariage. En accordant son esprit à l’homme, Dieu fait de lui un vis-à-vis sans chaînes. « Là où est l’Esprit, là est la liberté. » 2 Co 3.17 Dans le jardin d’Éden, cette liberté s’exprime par la possibilité de rompre la communion avec Dieu. L’homme a ainsi l’interdiction de toucher aux fruits de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Cependant il ne s’agit pas ici d’une règle alimentaire, car cet arbre représente un espace d’autonomie situé hors de la volonté de Dieu. Cela pourrait être résumé en disant que l’homme peut faire tout ce qu’il veut dans le jardin qui lui est donné (la Terre), excepté une chose : casser le lien qui le maintient dans la communion avec son Créateur. Dès lors, deux voies s’offrent à l’homme ; il peut respecter l’autorité juste et aimante exprimée par la Parole de Dieu ou alors rompre sa communion avec Dieu pour profiter, sans aucune règle, de la création.

La rupture
Or l’homme va malheureusement s’enfoncer dans le mal et choisir de se dissocier de son Créateur pour se livrer à la création. Ce terrible processus conduit l’être humain à mépriser sa royauté et son autorité spirituelle pour s’asservir à son environnement. Ainsi, ce n’est pas sans raison que la Bible représente le diable sous la forme symbolique d’un serpent. Il est l’une des créatures du jardin placées sous la gestion de l’homme. Avec son autorité, l’homme pouvait facilement rejeter toutes les tentatives visant à l’éloigner de Dieu. Mais l’homme choisit… d’aliéner sa souveraineté en cédant à l’invitation rebelle qui « monte » de son royaume. Par ce choix, il devient l’acteur d’une étonnante conspiration contre Dieu.

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Satan a tout intérêt à nous éloigner de notre Créateur, car plus nous sommes éloignés de Dieu, plus nous sommes faibles et à sa merci.


L’acte qui consiste à céder à la tentation a des conséquences terribles. Ainsi, lorsque la rupture est consommée, l’Esprit de Dieu ne peut rester dans l’homme et celui-ci retombe dans une condition quasi animale. Cette mort spirituelle s’illustre dans les paroles données par Jésus lorsqu’il invite un disciple à le suivre : « Laisse les morts enterrer les morts. »

Les malédictions de l’idolâtrie
Beaucoup de personnes considèrent la tentation du jardin d’Éden comme une histoire ancienne ou imaginaire et qui n’a donc aucune implication dans la vie actuelle. Pourtant, cet épisode, qui a touché l’humanité à ses origines, n’est pas enfermé dans le passé. Ainsi, l’acte qui a conduit à casser la communion entre Dieu et les hommes est le premier maillon d’une longue chaîne d’actions similaires qui ne cessent de se reproduire dans l’humanité. C’est par ces actes que le « serpent » séducteur exerce constamment son influence dans l’Histoire.

Concrètement, cette stratégie se manifeste par les nombreuses expressions de l’idolâtrie qui conduisent les hommes à se détourner spirituellement du vrai Dieu. Par ces cultes, le lien entre l’homme et Dieu est rompu, la « Parole de Dieu » est brisée et Satan obtient un droit sur les vies. La perte de la connexion entre l’homme et son Créateur entraîne toute la création dans une errance de vanité. Ainsi, chaque fois qu’une personne rend un culte à un autre que Dieu, elle cautionne la rupture qui a été consommée lors du péché originel et crée une ouverture à des forces maléfiques.

L’emprise diabolique qui s’exerce dans le monde est proportionnelle à l’idolâtrie et à la méchanceté des hommes, c’est pourquoi le simple fait de vénérer les astres, des lieux, des objets, des animaux ou des êtres humains est un moyen d’accorder un pouvoir à Satan. Les pratiques occultes, la sorcellerie et toutes les activités qui consistent à faire le mal ou à s’opposer à la volonté de Dieu créent des ouvertures qui permettent à Satan d’agir et de contrôler nos ambitions.

Cette domination conduit progressivement les hommes à ne plus être maîtres de leurs sentiments, de leurs pensées et de leurs actes. Influencés par ces forces obscures, ils deviennent violents, font du mal, vivent dans la peur, terrorisent leur entourage et deviennent à leur tour des instruments qui séduisent les autres et les invitent à rendre des cultes au prince des ténèbres.
« Veille sur ton âme, de peur que, levant tes yeux vers le ciel, et voyant le soleil, la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, tu ne sois entraîné à te prosterner en leur présence et à leur rendre un culte. » Dt 4.19

Lorsque la communauté humaine se laisse entraîner dans cette idolâtrie, la séduction contamine ses croyances et détruit les fondements qui permettent à l’homme de gérer la société et son environnement. Le monde est malheureusement rempli d’exemples dans lesquels les processus de développement sont mis en échec par des superstitions cruelles et stupides.
Une fois placé sous la domination du « Pharaon » diabolique, l’homme perd ses capacités de gérant et devient un esclave dominé et soumis. Par cette situation, Satan obtient le droit d’habiter les coeurs et de contaminer la culture sociale par le mal. Cette malédiction détruit les vies, les familles, les villages et les pays. C’est afin de contrer ce processus de destruction que la Bible dénonce fermement toutes les pratiques occultes, l’invocation des morts, les sacrifices animistes, les superstitions, l’amour de l’argent, etc. Toutes ces choses sont des portes qui s’ouvrent sur un monde de malédictions.
« Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel ; et c’est à cause de ces abominations que l’Éternel, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi. Tu seras entièrement à l’Éternel, ton Dieu. » Dt 18.10-13.

Par ces avertissements, Dieu cherche à nous mettre en garde envers les terribles mécanismes d’asservissement qui conduisent à réduire l’homme en esclavage. Car, dans ce monde, personne n’échappe à l’emprise du mal et il n’existe aucun individu à même d’accueillir par lui-même l’Esprit de Dieu. C’est pourquoi l’humanité a besoin d’un Sauveur qui vienne de Dieu : Jésus-Christ. Seul ce Rédempteur est capable de casser l’oppression du diable et d’apporter la réconciliation qui permet de recevoir la présence vivifiante de l’Esprit. Notons que cette oeuvre du Christ ne vise pas seulement à redonner l’Esprit à notre vie charnelle et biologique. Elle contient la promesse d’une création nouvelle. C’est ce que Paul annonce dans les Corinthiens en dévoilant que la réalité terrestre et biologique sera transcendée par la résurrection :
« Le corps est semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel » 1 Co 15.44 (voir aussi l’ensemble du chapitre).

Selon ces paroles, en Christ, nous avons l’espérance que lorsque la dimension biologique et de « poussière » aura disparu, nous recevrons un corps nouveau et serons pleinement unis à Dieu en Esprit. Quelle promesse ! Celui qui désire revenir à Dieu et être rempli de son Esprit doit venir à Jésus. Il est le chemin qui nous ramène à la maison du Père.


Article tiré de « Choisis la vie… » Éditions Entraid, 2010


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