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N° 203 Octobre 1997

L’intercession, c’est le début de l’action

Par Jean-Pierre Besse

Beaucoup de tragédies humaines se déroulent autour de nous: épidémie de SIDA, massacres sous couvert d’épuration ethnique, exploitation des pauvres par des mafias sans scrupules, mauvaises récoltes dues à la sécheresse, personnes assiégées par des angoisses, familles en détresse, etc… Que faire? Nous sommes alors tentés dans deux directions:

–d’une part, l’accablement nous envahit, augmenté par toutes les informations que nous apportent la radio et la T.V. (et c’est plus que nous n’en pouvons porter): il en résulte un fort sentiment d’impuissance.

– d’autre part, la tentation de se précipiter tête baissée pour répondre aux besoins et s’exciter dans toutes sortes d'actions les plus souvent inefficaces et sans grâce…

Alors que faire? Tournons-nous, dans le calme, vers Dieu le Très Haut: sa Parole va nous donner la solution. Prenez votre bible à l’évangile de Luc, ch.11 v. 5-13. Les disciples avaient demandé à Jésus "enseigne-nous à prier"; c’est ici une partie de sa réponse:

Les trois amis
Supposez que l’un d’entre vous ait un ami et qu’il aille le réveiller en pleine nuit pour lui dire: "mon ami, prête-moi 3 pains car un de mes amis qui est en voyage, vient d’arriver chez moi et je n’ai rien à lui offrir". Supposons que l’autre, de l’intérieur de sa maison, lui réponde: "laisse-moi tranquille, ne me dérange pas, ma porte est fermée, mes enfants et moi, nous sommes couchés et je ne peux pas me lever pour te les donner". Je vous assure que même s’il ne se lève pas pour lui donner ces pains par amitié pour lui, il se lèvera parce que l’autre le dérange et il lui donnera tout ce dont il a besoin! Ainsi moi je vous dis: demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve et à celui qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre… si donc, vous qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.


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Entre "l’ami-de-la-main-gauche" qui arrive de nuit, fatigué, affamé et sans ressources et "l’ami-de-la-main-droite" qui a tout le nécessaire chez lui, que fait "l’ami-du-milieu", dépourvu et impuissant (le chrétien, l’église)? Il fait tout naturellement le pont entre ses 2 amis, il s’entremet, il va chercher chez Celui qui a pour donner à celui qui n’a pas et qui a besoin. C'est-à-dire qu’il INTERCÈDE ! l’intercession, c’est cela et elle peut devenir un style de vie.

Il est vrai que la "pointe" de cette parabole n’est pas directement l’intercession mais plutôt la persévérance audacieuse, insistante et même "culottée" dans la demande à Dieu. Cependant, c’est bien un intercesseur ici: il obtient la solution même s’il doit y consacrer pas mal d’efforts et de temps. Magnifique! Et pourtant, trop souvent, l’intercession est le parent pauvre de nos rencontres de groupes. Trop souvent, nous négligeons ce glorieux privilège, ce service fondé sur une des plus belles promesses du Seigneur.

Oser investir
Que le Père céleste ait tout à sa disposition pour résoudre les problèmes, nous le croyons probablement volontiers… et alors ?…. Mais cela cesse d’être théorique le jour où nous obtenons la solution! Comme cet homme qui ramène du pain à son ami. "Donnez-leur vous-mêmes à manger" a dit Jésus à certaines occasions à ses disciples devant la foule qui était venue pour l’entendre (Marc 6.37). N’oublions pas que si la réponse du Père a toujours quelque chose de miraculeux (par ex. la multiplication), elle ne viendra pas sans un engagement de foi de notre part. Dans l’épisode de la multiplication des pains, Jésus a demandé aux disciples ce qu’ils avaient à disposition et ceux-ci ont donné ce qu’ils avaient. C’était peu, mais c’était leur subsistance du jour. Remise entre les mains du Seigneur, cette part est devenue une semence de foi qui a sorti d’affaire des milliers de gens. Ne l’exigeons pas des autres… mais investissons-la nous-mêmes en intercédant pour nos proches auprès de Dieu.

Une intercession passionnée et de plus en plus orientée par l’Esprit
Il est juste de porter devant Dieu beaucoup des besoins dont nous avons connaissance. Mais le Seigneur ne nous appelle pas à répondre à tout ce qui se présente. Après avoir brièvement prié pour ces nombreux besoins, prenons le temps d’écouter le Seigneur pour ne retenir que ce que le Saint-Esprit va faire subsister dans notre conscience: Il va mettre dans nos cœurs tel sujet, telle personne, tel pays peut-être, et va faire brûler un feu en nous. Il va nous pousser à plaider la cause d’un groupe opprimé, de personnes en danger de perdition, d’une communauté qui manque de semences ou de bibles ou encore qui est divisée, etc.

C’est ce qu’Abraham, le premier intercesseur, a fait pour les villes de Sodome et Gomorrhe qui allaient être jugées et détruites (Genèse 18:16-33). En quelque sorte, il marchande avec Dieu qu’il connaît, la vie des justes qui pouvaient se trouver dans ces villes. Il monte les enchères de 50 à 10 justes. Et la merveille est que Dieu est heureux de répondre à cette demande à cause de ces justes et de l’intercession d’Abraham, l’ami de Dieu. Ce n’est pas que Dieu ait besoin "de se faire tirer l’oreille" par les hommes, mais en intercédant, Abraham est conduit à mieux comprendre la pensée de son Seigneur. Ce qu’il demande, en effet, est précisément inspiré par l’Esprit:

"car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières; mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables, et Celui qui sonde les cœurs connaît quelle est l’intention de l’Esprit: c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints" (Rom.8:26-27).

Remarquez que dans le cas de Sodome et Gomorrhe, ces deux cités ont quand même été détruites à cause de l’immensité de leur péché et pour nous servir d’exemple (il n’y avait même pas 10 justes en leur sein). La prière d’Abraham n’a-t-elle donc pas été exaucée? Si, tout de même, car le Seigneur a pris soin de Lot, le neveu d’Abraham, et de sa famille, en les sauvant du feu! Dieu ne répond pas toujours selon nos désirs instinctifs. Nos pensées et nos sentiments ne sont pas toujours les siens et le Seigneur ne passe pas par-dessus la justice de sa sainteté par sentimentalisme. Mais nous savons qu’en Jésus-Christ crucifié, Dieu a accompli toute justice pour ceux qui donnent raison à sa Parole plutôt qu’à eux-mêmes et qui mettent en lui leur confiance. Donc,
"si Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais s’il l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi tout avec Lui, par grâce"? (Rom.8: 32).

Intercéder, c’est donc être solidaires de deux côtés: solidaires des intérêts de Dieu d’une part, car nous aimons Dieu plus que n’importe quoi et n’importe qui; mais solidaires aussi des intérêts des hommes, même pécheurs, parce que si Dieu les a aimés, nous les aimons aussi. Quand nous intercédons, c’est que Dieu nous a déjà mis en mouvement! Mais – plus étonnant encore – c’est aussi que nous mettons le bras de Dieu en mouvement: comme si nous permettions au Seigneur d’agir! Selon le principe: "sans Dieu, l’homme ne peut pas… mais sans l’homme, Dieu ne veut pas". Si Moïse n’avait pas intercédé pour l’armée d’Israël, avec Aaron et Hour, en Exode 17, cette armée aurait perdu la bataille; mais la prière n’a pas remplacé non plus l’action de Josué et des soldats qui se battaient sur le terrain (attention, il s’agit aujourd’hui de guerre spirituelle!).

Comme chrétiens et comme cellules de maisons, c’est notre privilège d’intercéder: pour les membres de notre famille, pour nos voisins, nos collègues de travail (même ceux que nous ne sommes pas portés à aimer… en intercédant, nous les aimerons!), pour notre église, notre pays et ses autorités, pour telle nation que l’Esprit nous mettra à cœur, etc. Par contre il peut arriver que le Seigneur lui-même nous demande de ne plus intercéder pour un sujet (Jér.7:6; 11:14; 14:11; 1Sam.16:1).

Pour bien intercéder
Concernant les fléaux sociaux d’envergure comme la famine due à l’exploitation humaine ou comme les guerres, il faut se rappeler qu’ils ne disparaîtront pas juste à la suite de quelques prières. L’exaucement dépendra en effet de la proportion de chrétiens réels qui se trouveront être véritablement le sel de la terre et donc capables d’engendrer des changements notables dans le cours des événements. Donc, prier pour la disparition de tels fléaux revient à prier d’abord pour l’évangélisation du monde et pour le plus grand nombre de conversions possible à Jésus-Christ. Et cela revient aussi à prier "que ton Règne
vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel!".

D’autre part, quand nous prions pour la conversion de quelqu’un, nous pouvons être assurés que le Père met cette personne sous l’influence de son Esprit pour la conduire à la foi et au retournement intérieur, mais nous devons aussi nous souvenir que Dieu ne violera pas une personne qui opte pour résister à tout prix à sa volonté. L’exaucement, dans ce cas est donc limité par la liberté de choix que Dieu a donné à l’être humain.

Nous pouvons compter sur la fidélité de Dieu, prouvée dans l’Histoire biblique, quant à l’exaucement de nos prières faites en accord avec sa volonté et dans la foi en Jésus (1 Jean 5:14-15; 3:22-23). C’est pourquoi assurons-nous:

– de persévérer dans la prière jusqu’à ce que nous ayons pu déposer réellement le "fardeau" dans la foi (Marc 11: 24) ou en raison d’une réponse de Dieu différente (2 Cor. 12:8)

– de toujours demander sur la seule base du don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, et non sur la base de nos mérites ou d’autres choses (Jean 14:13-14; 15.16; 16.23-24)

– de confesser les péchés conscients qui pourraient demeurer en nous comme le ressentiment, l’esprit condamnateur, le refus de pardonner, la convoitise, la jalousie, au lieu de la compassion, etc. (Esaïe 59:1-2)

– de ne pas demander "dans le but de satisfaire nos passions" au sens égoïste (Jacq. 4:3)

– de veiller, lorsque nous prions en groupe, d’être un seul cœur et une seule âme (Mat.18:19; Actes 4:24, 32)

– de résister au diable quand il le faut (1 Pierre 5:8-9).

Et puis, le Seigneur nous amène souvent à affiner notre prière en devenant plus dociles au Saint-Esprit. Souvent, le Seigneur couvre de sa grâce certains défauts de nos prières. Mais plus nous aurons reçu de lumière, plus il nous faudra apprendre, comme quand on monte la barre pour un champion de saut en hauteur.

Alors n’oublions pas les 3 amis de la parabole. Intercéder, c’est participer à l’histoire sainte, c’est prendre part à la conquête de la Terre Promise, c’est le commencement de toute action à portée d’éternité, c’est une des plus grande joies que l’on puisse vivre.


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