Le Lien

N° 162 Juillet 1987

Les prières non exaucées

Par Jacques-Daniel Rochat

Pourquoi le silence…

Dangereux sujet que celui-ci! Après les multiples articles sur la fidélité de Dieu, les témoignages de ses exaucements, voici que sournoisement nous sous-entendrions que certaines prières… Le "Lien de prière" en viendrait-il à scier la branche sur laquelle il est assis?

Et pourtant, osons l’avouer, il existe des prières non exaucées. Parfois la main de Dieu n’agit pas. Et je ne parle ni des subtiles prières orgueilleuses ou encore de ces litanies issues des moulins à prière, ni des autres invocations païennes; mais je parle des bonnes prières, justes et sincères, qui s’élèvent vers notre Père céleste avec foi.

Il y a beaucoup d’exemples de ces requêtes où l’heureux dénouement n’arrive pas: tous ces incroyants pour lesquels une multitude intercède et qui, malgré tout, restent dans leur incrédulité; ou tel malade ayant une charge de famille et qui malgré la prière de ses enfants, l’insistance de son conjoint et sa foi pour les miracles, s’en va quand même; ou cet autre prisonnier de l’Est qui meurt prisonnier; ou ceux qui, malgré leurs demandes à Dieu restent dans une terrible pauvreté; sans parler des guerres, des injustices, du mal, des meurtres qui ont lieu malgré les prières. Et plus proche de nous, toutes nos prières, celles que nous avons adressées à Dieu et qui sont restées sans réponse, et laissent en nous une profonde interrogation ou alors, plus incisif, un doute destructeur, nous obligeant à arrêter de prier. La question est donc essentielle; elle nous conduit à un texte où Jésus, justement, nous encourage à prier.

"Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher Il dit: Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: "Fais-moi justice de ma partie adverse." Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même: "Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me casser la tête." Le Seigneur ajouta: "Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice." Mais quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?" (Luc 18:1-8)

Un étrange scénario
Jésus met en scène deux personnages: tout d’abord un fonctionnaire sans foi ni loi… juge de métier! la vraie tête à claques de l’administration, un homme sans rien dans le cœur sauf l’amour du silence que procure le confort optimalisé, en bref le vrai mécréant légalisé.

De l’autre côté, le trouble-fête: une pauvre femme sans rien; son mari? la mort le lui a pris et son droit, on le lui prend. Fragile, elle n’a que son tricot et sa requête de justice; elle n’a que son volume, ses quarante-trois kilos, que sa persévérance, et il lui faut le juge. Absolument. Alors elle lui casse les pieds, les oreilles et la tête!

Finalement le juge se lève: "Bon, eh bien allons voir ça, ma petite dame."

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Le grand contraste
Dieu serait-il comme le juge de l’histoire? Ainsi il faudrait arracher un exaucement à grand renfort de paroles ennuyeuses, tirer Dieu de son confort pour qu’il daigne enfin… Ce qui n’aurait pas pu s’obtenir avec une heure, aurait peut-être pu se décrocher avec deux, quatre, vingt, cent heures de prière?

NON! mille fois non. "Le père des orphelins et le défenseur des veuves" (Ps. 68:8), "celui qui fait droit à la veuve" (Deut. 10:18), le Dieu de justice en qui habite le frémissement de l’amour n’est pas et ne sera jamais ce juge à l’oreille sourde et notre voix ne sera jamais pour lui un agacement.

Pas un appel, pas une parole ne tomberont à terre pour ce Dieu attentif à la justice. L’exaucement de nos prières, "que ton règne vienne" (Matt. 6:10) par exemple, s’accomplira complètement lors de la venue de Jésus et chaque prière est un appel à cette venue. Toutes se retrouvent dans le "Viens Seigneur Jésus" d’Apocalypse 22 versets 17 et 20; et si le mal et la souffrance existent encore aujourd’hui, alors que nous prions pour qu’ils disparaissent, c’est uniquement parce que nous sommes dans un temps de patience, comme nous l’explique l’apôtre Pierre (2 Pierre 3:9-15). Parce que la grâce de Christ est annoncée aux hommes, le monde souffre les douleurs de l’enfantement jusqu’au retour du Seigneur. La fin de l’Apocalypse souligne l’exaucement de la volonté de Dieu pour les hommes: "Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur car les premières choses auront disparu." (Apoc. 21:4)

Donc, les prières qui ne sont pas exaucées ne sont pas tombées à l’eau comme nous pourrions le croire; au contraire, les nombreuses prières que Dieu exauce sont le signe irréfutable que toutes les prières (qui s’accordent à la volonté de Dieu) trouveront leur accomplissement.

Prier aujourd’hui, c’est appeler le Royaume de Dieu et sa justice. "Mais quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?" Croyons-nous à ce Dieu qui entend? Y a-t-il une attente dans notre cœur, dans notre groupe, de l’exaucement total?

Oui, le "Lien de prière" a encore sa raison d’exister!


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