C5-228
DIEU NOUS "RÊVE" LIBRE (en méditant Jean 10)
Par Pierre-Yves Zwahlen
Nous avons parfois le sentiment de nêtre quun numéro dans cet immense troupeau quest lEglise. Sil peut être vrai quaux yeux des hommes parfois nous ne comptons guère, nous devons avoir labsolue certitude que nous existons aux yeux de Dieu. " Les brebis lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom " Cette connaissance personnelle que Dieu a de nous doit être un puissant sujet de réconfort et de stimulation car, sil nous connaît aussi bien, il peut nous donner ce qui est nécessaire à notre bien-être. Cest un salut personnel que Jésus nous a acquis à la croix, cest à une sanctification personnelle quil nous appelle
Tous
des moutons...
Dans ce texte de la parabole du Bon Berger,
Jésus nous compare à des moutons. Il y a là un paradoxe
étonnant qui ne peut manquer déveiller notre attention.
Dun côté, Jésus sadresse à nous en tant
quindividus qui ne peuvent vivre leur salut que dans une relation personnelle
avec lui et, dautre part, il nous compare à des moutons, animaux
profondément grégaires qui ne vivent et ne se déplacent
quen groupes !
Cette vision paradoxale du mouton individu unique et original, et être grégaire fondu dans une masse anonyme doit nous aider à mieux trouver notre place et notre équilibre dans la vie de lEglise. Ce doit être aussi un rappel que le lien qui unit les membres du grand " troupeau du Christ ", ce nest pas une appartenance à la même communauté, ni les mêmes habitudes liturgiques, ni ladhésion à une même théologie ; ce qui unit lEglise, cest lamour, lamour que Dieu nous porte, lamour que nous lui offrons et qui nous rend capables de nous aimer les uns les autres, au-delà de nos divergences et de nos particularités.
Les brebis connaissent sa voix!
II y a, dans ce récit, un présupposé fondamental qui nous replace devant les exigences de notre responsabilité : les brebis connaissent sa voix " Il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce quelles connaissent sa voix ". (Jean 10 : 4-5)
Il ne suffit pas seulement dêtre un mouton et de faire partie du troupeau, il ne suffit pas non plus dêtre aimé du berger et connu de lui par notre nom, il nous faut encore connaître sa voix. Et cela, cest notre travail, cest notre devoir, cest notre responsabilité. Cet apprentissage, nul ne peut le faire à notre place. Cest dans les rendez-vous que nous prenons avec Dieu que nous acquérons, peu à peu, la sensibilité spirituelle qui nous permettra de discerner la voix divine au milieu de lincroyable cacophonie qui nous agresse journellement. Mais, pour acquérir une oreille aiguisée, il faut des heures dentraînement et de longs face à face avec Dieu. Comment y arriverons-nous si nous navons jamais de temps pour lui ? Ce nest pas dans une prière routinière expédiée en vitesse ou dans la lecture dun feuillet de calendrier " avalé " à la hâte avec le café du matin que nous trouverons lexercice nécessaire à nous forger une bonne oreille spirituelle !
Cest peut-être pour cela que tant de chrétiens ne sortent jamais de la bergerie. Ils font partie du troupeau, ils jouissent de ce privilège, mais quand la voix du berger appelle leur nom, ils ne la reconnaissent pas et alors, ils ne sortent pas ! Mais le Seigneur ne veut pas que nous restions toute notre vie enfermés dans la bergerie, il nous destine aux grands espaces, à la liberté, et, pour les découvrir, il faut un peu daudace !
Que représente la bergerie dans nos existences ? Comme bien des symboles, elle comporte de multiples facettes et nous allons nous attacher à en décrire les principales.
Autant de bergeries, autant de béquilles à notre foi hésitante, autant de manières de nous rassurer et de nous dire que nous sommes sur le bon chemin. Mais est-ce parce que nous avons accompli tel ou tel rite, vécu telle expérience que nous sommes sur la bonne voie ? Ne devrions-nous pas plutôt baser notre foi sur la proximité rassurante de Jésus ? Si le Seigneur est à mes côtés, lui qui est le bon berger, alors, sans nul doute, je suis sur le chemin qui mène au Père !
Prenons garde aux béquilles branlantes, aux fausses sécurités, à tout ce qui limite la liberté que Christ nous a acquise à la croix. " Cest pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de lesclavage. "(2)
La
bergerie de l'ignorance
II est parfois dangereux dapprendre !
Ce que nous ne connaissons pas ne nous dérange pas et il est plus facile
dappréhender un monde étroit et exigu quun univers
en constant développement. Cest vrai que létude peut
nous donner des vertiges. A vouloir trop savoir, ne risquons-nous pas de ne
plus rien savoir ? Le doute ne va-t-il pas remplacer la foi ?
Combien de chrétiens ont paniqué un jour ou lautre sur leur chemin détude de la Parole alors que les rivages paisibles des calmes certitudes avaient fait place aux hypothèses sans nombre, aux pistes de réflexions multiples, ouvrant sur des horizons sans point de repère. Sil faut du courage et de laudace pour étudier, pour remettre en question ce que lon a toujours cru savoir, il faut aussi un bon guide ! Si Jésus est notre berger dans cette aventure, nous en sortirons enrichis.
La peur que nous affrontons est la preuve que nous acceptons de lâcher ce que nous tenons, pour nous saisir dune certitude nouvelle. Un tel pas de foi engendre la peur, cest normal, car le risque est réel, mais comment progresser autrement ? Nous sommes un peu dans la position de lalpiniste qui, à chaque nouvelle prise, doit abandonner lancienne, risquant ainsi de rompre le fragile équilibre quil possédait.
Le propre du croyant est dêtre un voyageur qui marche à la suite de Jésus. II ny a aucune bénédiction dans larrêt. Le troupeau qui demeure trop longtemps au même endroit épuise sa pâture. II ne suffit pas de sortir de la bergerie, il faut encore marcher en comptant, non pas sur nos forces ou sur nos capacités, mais sur lamour et la tendresse prévenante de Jésus notre berger. " Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et quelles laient en abondance " (Jean 10 : 10).
La
bergerie de nos défauts
La notion positive que nous accordons à
la bergerie nous en donne une image paisible et rassurante alors que dans nos
existences elle peut revêtir des formes bien moins séduisantes
et, dans bien des cas, la parole de Jésus : " Je les ferai sortir
" sonne davantage comme un appel à la libération que comme
une invite à la promenade ! Une des " bergeries " les plus
subtiles que nous ayons à affronter est celle de nos propres faiblesses.
Souvent nos défauts sont la dernière excuse que nous brandissons
comme bonne raison pour ne pas nous engager, pour ne pas accomplir le pas de
foi que le Seigneur attend de nous. " Je ne peux pas Seigneur, je suis
timide, je suis malade, je ne sais pas parler, je ne suis pas musicien, jai
un sale caractère, je nai pas le don du contact
"
Mes défauts, mes faiblesses, mes manques de toutes sortes ne devraient jamais constituer un obstacle à lavancement du Royaume de Dieu. Dans lhistoire de son peuple, nous constatons que le Seigneur na jamais utilisé des êtres parfaits. Moïse ne savait pas parler, David avait ses lâchetés, les disciples étaient peu instruits, souvent lents à comprendre, colériques inconstants, inutilement héroïques, trop enclins à la peur ; et, pourtant, ce sont eux que Dieu a choisis pour proclamer le message de lEvangile. Sil existe un point commun à tous ces serviteurs, cest bien leurs défauts quils ont remis à leur Maître en sengageant à le suivre et à lui obéir en ne comptant pas sur eux, mais sur lui ! Cette prise de position spirituelle est souvent un véritable acte de délivrance et de renaissance.
A la base de tout acte de délivrance il y a, de notre part, un pas de foi nécessaire. A lintérieur de la " bergerie ", nous sommes dans lunivers bien connu de ce que nous pouvons faire et de ce que nous savons ne jamais pouvoir réaliser. A lextérieur, tout est différent. Ce nest plus ce que je fais qui est déterminant, mais ce que Dieu est ! Car la force qui manime nest plus ma force, mais la puissance du Saint-Esprit. En sortant de la bergerie, jaccepte de ne plus faire ce que je sais faire, mais daccomplir ce que Dieu peut faire.
La
bergerie de nos chapelles
Nous pourrions poursuivre encore très
longtemps cette énumération de nos " bergeries ". Permettez-moi
den mentionner encore une dont limportance est déterminante
pour la vie de lEglise et a agi, durant toute lhistoire de la chrétienté,
comme une force sclérosante. Je veux parler de la " bergerie de
nos chapelles ".
Je sais, " il " ne sait pas ! Jai trouvé la voie, " il " tâtonne dans lerreur ! Chez nous cest riche, " chez eux ", cest pauvre ! Ce genre de déclarations ou de réflexions fait malheureusement partie dun certain " discours ecclésiastique ". Là où il devrait y avoir unité, il y a trop souvent affrontement. Que de suspicions, que de peurs de lautre alors quil devrait y avoir entre nous cette unité de lEsprit qui sanctifie nos différences, les transformant en une sainte complémentarité, image de la glorieuse pluralité du Père.
Ne laissons pas ce qui nous divise détruire ce qui nous unit ! II est temps de sortir de la chapelle de nos orthodoxies, de nos petites révélations personnelles, pour rejoindre le troupeau dont Christ est le berger. Ne perdons jamais cette réalité de vue : Jésus est le berger. Lui seul a le pouvoir de nous conduire dans les bons pâturages. Lui seul doit être notre guide.
A lextérieur de nos chapelles nous trouverons un monde qui cherche désespérément, et souvent sans le savoir, le message libérateur de lEvangile. A lextérieur de nos chapelles, nous trouverons de nouvelles raisons de vivre dans lunité, lunion au Christ le bon berger.
Le message est lancé, peut être lavez-vous reçu ! Si cest le cas, il ne prendra vraiment son sens quà deux conditions : que vous le mettiez en pratique dans votre vie, laissant le Seigneur devenir réellement et concrètement votre berger et le garant de votre sécurité et de votre liberté ; et, secondement, que vous proclamiez ce message autour de vous, dans votre cercle damis et de fraternité. Noublions pas que notre rôle ne consiste pas seulement à recevoir les bénédictions du Père, mais encore à les répandre autour de nous.
(1) Jean 4 : 20
(2) Galates 5 : 1.
LE LIEN DES CELLULES DE PRIERE