C4-046
Le secret perdu de lÉglise primitive
par W. H.Pethybridge
On sait quen lespace dune trentaine dannées après la mort et la résurrection de Jésus-Christ, les premiers chrétiens avaient porté lÉvangile dans tout le monde habité connu à lépoque; et quaprès deux siècles de persécutions cruelles, par lesquelles empereur après empereur avaient essayé deffacer le nom de Christ en exterminant les croyants, la moitié des habitants de lEmpire romain étaient devenus chrétiens en secret.
Tout cela sest accompli sans laide des moyens dont nous disposons aujourdhui, même sans Bibles imprimées. Cependant, de nos jours, malgré le concours de la radio, de la télévision, des disques, des moyens de transport multipliés, de léducation moderne, etc., nous sommes dépassés par lavance du paganisme. LÉglise primitive possédait-elle un secret que nous avons perdu aujourdhui? En étudiant le Nouveau Testament. on voit que les premiers chrétiens, tout en prêchant le même message, utilisaient une méthode différente qui, à première vue, semblerait beaucoup moins bonne que la nôtre, mais qui, en fait, donnait des résultats bien supérieurs. Daucuns diront: "Le réveil, voilà le secret!" et il est vrai que nous en avons besoin. Cependant, en étudiant lhistoire des réveils, on constate que même sils ont atteint et parfois dépassé lampleur de la Pentecôte, on na jamais pu conserver ni étendre la bénédiction comme la fait lÉglise primitive. Peut-être Dieu retarde-t-il lheure du réveil jusquà ce que nous ayons redécouvert ce secret et que nous le mettions en pratique.
Trois faits sont évidents:
1) Le ministère du Saint-Esprit avait priorité sur tout enseignement humain.
2) Les rassemblements des croyants se faisaient dans des maisons privées et non pas dans des édifices spéciaux.
3) On enseignait aux fidèles à se considérer comme membres du corps de Christ et non pas comme de simples croyants pris individuellement. Examinons ces trois points en détail.
1. Le ministère de lEsprit
Si lon étudie avec soin les chapitres 13 à 17 de lÉvangile de Jean, on y entend le Seigneur Jésus dire à ses disciples que, malgré tout lenseignement quIl leur avait donné, il leur manquait encore une connaissance vitale qui leur serait apportée par ce nouveau Pédagogue invisible, quIl leur enverrait, et qui prendrait sa place, le Saint-Esprit. "Quand il sera venu, lEsprit de vérité vous conduira dans toute la vérité" (Jean 16: 13). Et cela ne concernait pas seulement les apôtres, mais tous les croyants. Nous en avons la preuve dans 1 Jean 2 versets 20, 24 et 27, où lon voit que chaque croyant a reçu une onction (le Saint-Esprit) qui lui enseigne toutes choses (en dehors de toute intervention humaine). Ceci ne veut pas dire que lenseignement divin ne puisse pas nous atteindre par lintermédiaire dun canal humain, mais laccent était toujours mis sur la Source plutôt que sur le canal, ce qui est très important. Le fait est que le divin Pédagogue vient demeurer dans chaque croyant sitôt après sa conversion.
2. Le lieu de rassemblement selon la Bible
Une étude sérieuse des Actes et des Épîtres nous révèle que les premiers chrétiens navaient de réunions régulières que dans des maisons privées. Il est vrai quils utilisaient encore le temple de Jérusalem pour leur "témoignage public", mais "ils rompaient le pain dans leurs maisons" (Actes 2: 46) et plus de vingt fois nous les trouvons réunis pour le culte dans la maison dun croyant. Quatre fois nous lisons "léglise qui est dans ta maison" (Rom. 16: 5, 1 Cor. 16: 19, Col. 4: 15, Phil. 2).
À première vue, il semblerait que des réunions déglise dans des maisons privées aient une portée beaucoup plus restreinte que la méthode moderne de se réunir dans des lieux publics appelés "églises" ou "chapelles". Mais, en étudiant les choses de plus près, on découvre plusieurs avantages évidents:
a) Dans un petit groupe se réunissant dans lintimité dun foyer, il est possible de se connaître lun lautre et les rapports mutuels sont plus affectueux et moins formalistes.
b) Quand le nombre des participants est restreint, chacun peut prendre une part active à la réunion et ainsi tout le corps de Christ présent peut fonctionner harmonieusement.
c) On évite les gros frais quentraînent la construction et lentretien de lieux de culte publics et ces sommes peuvent alors être utilisées pour des croyants pauvres et pour luvre missionnaire.
d) Quand le groupe devient trop important pour une seule maison, on peut le subdiviser dans deux foyers distincts et ces deux groupes pourront à leur tour se subdiviser eux-mêmes. Ainsi lÉglise saccroît et sétend plus vite et sur une superficie plus vaste.
e) En tenant les réunions dans des maisons privées, on évite ce formalisme provenant de ce que lon se croit obligé dêtre bien habillé pour aller entendre tel prédicateur à tel endroit.
f) Exercer un ministère dans ces petits groupes évite à ceux qui en sont chargés de tomber dans le piège de lorgueil qui ruine souvent luvre de Dieu saccomplissant dans de grands édifices et au milieu de vastes congrégations.
g) Lexistence dun édifice particulier implique souvent lidée dune personne spéciale comme ministre responsable de la communauté, ce qui conduit ainsi au "ministère unique" et empêche le libre exercice du sacerdoce de tous les croyants.
h) Si une "église de maison" séteint, il ne subsiste aucun organisme mort à entretenir avec tout ce que cela comporte comme engagements dordre spirituel, financier et social.
On sait que pendant les deux premiers siècles de lère chrétienne, lÉglise na jamais possédé de bâtiments qui lui appartiennent en propre et que, lorsque cela devint le cas, lart de lexhortation a dégénéré et a été remplacé par lhabitude de donner des commandements.
Bien des groupes ayant commencé à se réunir dans des maisons privées et qui, par la suite, sont devenus des organisations importantes et connues, ont perdu de leur spiritualité lorsquils se sont installés dans des édifices spéciaux. Ceci ne sest pas produit instantanément, car un édifice spécial nest pas un péché en soi mais souvent un effort sincère pour glorifier Dieu, mais qui en définitive apporte plus dinconvénients que davantages.
3. Membres les uns des autres
On enseignait aux croyants de lÉglise primitive à ne pas se considérer simplement comme un ensemble dindividus sauvés mais comme des membres actifs du corps de Christ. Ce nétait pas seulement lensemble de tous les croyants qui formaient "le seul Corps" (universel) mais chaque groupe agissait localement comme le Corps. Dans chacun des trois textes faisant mention du corps de Christ (Rom. 12, 1 Cor. 12 et Éph. 4), il nest point parlé dun seul homme qui conduirait tout le groupe, mais chacun est présenté comme possédant un don spirituel et ayant la responsabilité de faire part de ce don au reste de léglise locale, de sorte que chaque croyant est considéré comme ayant un don ou un ministère à exercer en faveur des autres.
Des recherches récentes dans le domaine de léducation ont montré quon apprend peu en écoutant simplement, mais que lorsque nous essayons de faire part aux autres de ce que nous avons appris, nous commençons alors vraiment à maîtriser notre sujet. Ceci nous montre la sagesse de Dieu dans son plan pour lÉglise, qui nest pas vue comme une grande congrégation de gens qui écoutent, mais comme un petit corps dont les membres apportent lun à lautre ce quils apprennent du Saint-Esprit.
Le tableau que nous avons donc de lÉglise primitive est très simple mais plein de vie. Chaque fois que "deux ou trois" chrétiens se réunissaient au nom de Jésus, ils sattendaient à trouver la présence de leur Seigneur, qui une fois a été crucifié, mais qui maintenant est ressuscité. Ils sattendaient aussi à ce que le Saint-Esprit opère en chacun deux afin de partager entre eux ce qui leur avait été ainsi révélé. "Que la parole de Christ habite parmi vous abondamment; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres en toute sagesse" (Col. 3: 16). Selon que lEsprit opérait au milieu deux, lun des neuf dons de lEsprit mentionnés en 1 Cor. 12 (ou chacun de ces neuf dons) pouvait se manifester par lun ou lautre suivant la volonté de lEsprit. Chacun était édifié par son propre don particulier alors que ceux qui écoutaient étaient bénis également.
Au fur et à mesure que chaque groupe se subdivisait, formant un nombre plus ou moins élevé déglises de maisons, celles-ci maintenaient la communion entre elles. Lensemble de tous ces petits groupes dans une même ville formait "lÉglise de Dieu dÉphèse" ou de nimporte quel autre endroit.
Cependant aucun groupe ne devait simmiscer dans ladministration dun autre, le Seigneur étant la tête de chacun deux et agissant au milieu de chacun deux comme Il lui plaisait. Ils avaient liberté de sexhorter les uns les autres, mais non pas celle de se donner des commandements.
On voit que cette véritable église ne pouvait pas marcher de pair avec une religion organisée; et quand il y eut division, celle-ci a été luvre du groupe religieux organisé chassant les vrais croyants en dehors de son sein. Avant que cela narrive, on trouve en Actes 2: 46, une description très claire:
"Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, et ils rompaient le pain dans les maisons." Ils se servaient encore du lieu dadoration reconnu, mais ils avaient aussi leurs réunions plus intimes dans leurs propres maisons. Il semble quà lépoque on construisait certaines maisons avec une chambre haute spacieuse. Les propriétaires en étaient sans doute les membres les plus riches des communautés, et le Seigneur veillait à ce que, lorsquun tel lieu devenait nécessaire, le propriétaire soit converti et disposé à utiliser sa maison dans ce but. Jamais il nest spécifié quun tel lieu ait été "consacré" ou mis à part spécialement. Au contraire, le Nouveau Testament insiste avec force sur le fait que le temple de Dieu, cest le croyant lui-même, cest le groupe local, cest léglise entière et non un édifice quelconque construit par lhomme.
Application pratique pour les temps actuels
Quelle conclusion peut-on tirer de cette étude pour nous aujourdhui? La réponse est très simple, mais nous croyons quelle pourrait avoir des répercussions profondes et mondiales. Laissons les croyants conserver leurs relations actuelles avec la chrétienté organisée aussi fidèlement que possible, mais laissons-les également pratiquer et vivre la vie de lÉglise primitive. Cest-à-dire que chaque fois que deux croyants se réunissent ensemble, quils apprennent à réaliser que le Seigneur est au milieu deux et, tandis quils sentretiennent de Lui, quils fassent lexpérience du chemin dEmmaüs, comme elle nous est décrite en Luc 24. Chaque fois que deux ou trois croyants se trouvent ensemble dans le foyer de lun ou lautre dentre eux, quils se rappellent que le Seigneur est au milieu deux, quils se retrouvent pour quelques instants dadoration et de prière, partageant entre eux ce quils auront appris de Christ et de ses voies, quils lisent quelques versets suggérés par le Saint-Esprit et comptent sur Lui pour être enseignés par ce moyen.
Que le lecteur (ou la lectrice) de ces pages voie si le Seigneur ne le (ou la) conduit pas à réunir dans sa propre maison régulièrement quelques âmes attachées au Seigneur, à une heure qui nentraverait pas les activités normales de leurs dénominations respectives, puis à sattendre au Seigneur qui les conduira dans la prière, ladoration, létude de la Parole, comptant sur Dieu pour recevoir ses dons, ou la fraction du pain. Que ce soit Lui qui vous conduise dans lemploi du temps en révélant sa pensée au cur dun ou deux croyants, les autres réalisant quils sont vraiment conduits par lEsprit.
Par la suite, Dieu pourrait vous mettre à cur dinviter dautres personnes et le témoignage individuel ou collectif rendu à des inconvertis amènerait de nouveaux membres. Le Seigneur ajouterait ainsi à lassemblée ceux qui seraient sauvés; le groupe pourrait se subdiviser et sétendre selon la pensée de lEsprit. Il sagirait non pas de trouver des locaux plus vastes, mais davoir un nombre plus important de groupes.
Dangers à éviter
Dès le début, il y aurait certains dangers à éviter en étant vigilant dans la prière.
a) Certaines personnes parlent trop facilement, dautres au contraire éprouvent de la difficulté à sexprimer. Aussi chacun devrait examiner si ses paroles ou son silence sont selon la direction du Seigneur. Il est possible également de commencer par lEsprit et de continuer par la chair, en sorte que ceux qui sont conduits à parler doivent aussi accepter dêtre conduits à se taire.
b) Lorsque des différences dopinions sélèvent ou que des différences dinterprétations surgissent, les deux parties doivent montrer beaucoup damour et de support. Cela glorifie hautement la grâce de Dieu lorsque deux croyants dopinions différentes peuvent maintenir lunité de lEsprit. Il y a souvent une part de vérité et une part derreur dans chacune des deux opinions. Il faut laisser passer du temps et on doit recevoir beaucoup de lumière avant que lon puisse trouver la part de vérité dans chacune des deux opinions. Mais il y a une source abondante damour parfait qui est versée dans le cur par le Saint-Esprit et qui permettra aux deux croyants de continuer à être un seul cur et une seule âme malgré leur divergence dopinion.
c) Pour croître dans la grâce et dans la connaissance, il faut séloigner de lorgueil et de lerreur et être disposé à se laisser corriger comme à corriger les autres. Apprenons à parler avec amour et avec tact les uns aux autres de ce que nous croyons être un obstacle à cette croissance dans la grâce.
Soyons si désireux de plaire à Dieu que nous nous réjouissions lorsque nos erreurs nous sont montrées, même par un frère que nous considérons comme moins avancé que nous-mêmes.
d) Lorsque lon recherche une direction pour le groupe tout entier, deux pensées différentes peuvent surgir et lon pourrait être tenté de diviser le groupe à cause de cela. Si un tel fait se produit, cherchons avant tout à maintenir lunité de lEsprit avec un amour profond et un respect réel pour ceux qui ont une pensée différente.
e) Si nous nous réunissons de cette façon scripturaire si simple, Dieu pourra nous donner beaucoup de lumières et de bénédictions, que ne recevront pas ceux qui sen tiennent seulement aux formes de culte habituelles. Demandons alors à Dieu dêtre délivrés de tout orgueil et de tout esprit de supériorité à légard de ceux-là. Souvenons-nous de la dette de reconnaissance que nous devons avoir envers ceux qui ont gardé le témoignage de lÉvangile fidèlement au travers des siècles. Cherchons à marcher en pleine communion avec tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus et soyons des membres fidèles de nos communautés.
f) Il y a des centaines de fausses sectes et de faux cultes qui pourraient introduire leurs erreurs dans de tels groupes. On peut les reconnaître à un ou deux traits caractéristiques. Ils prétendent presque toujours être les seuls dans la vérité, et leur enseignement provient dun quartier général qui réclame une soumission complète de la part de ses membres. Ils ont tendance à tordre certains passages de lÉcriture et en ignorent dautres; ou ils prétendent avoir reçu certaines révélations en dehors de la Bible.
g) Il est possible que quelques serviteurs de Dieu veuillent sélever contre de tels groupes. Aimons-les ardemment. Dautres seront pleinement daccord et voudront sy associer. Ceci serait très désirable, car leur expérience et leur connaissance de la Parole pourraient être un grand enrichissement, sils demeurent sous la direction du Saint-Esprit.
h) Nous courons toujours le danger de préférer le ministère des membres les plus doués et les plus expérimentés du groupe. Mais rappelons-nous que le Seigneur désire toujours conférer un ministère ou des dons aux membres les moins estimés de son corps; aussi devrions-nous être prêts à encourager tout effort tenté par les vases les plus faibles à obéir aux directions de lEsprit. Cependant ceux que le Seigneur a formés et doués ont à veiller à ce que le petit troupeau soit convenablement nourri, tout en réalisant eux-mêmes quils ont beaucoup à apprendre encore et que de nouveaux enseignements peuvent leur être communiqués par les canaux auxquels on sattendait le moins. De toute façon on apprend beaucoup plus en exprimant ses pensées quen se bornant simplement à écouter.
i) Dans le monde, si un homme veut avoir du succès, il doit se rendre indispensable, mais dans lÉglise de Dieu, le vrai succès est atteint lorsque le serviteur a pu amener les autres à le remplacer en sorte quil puisse aller exercer son ministère ailleurs, dans un nouveau champ, là où le besoin sen fait sentir.
Un mot aux serviteurs de Dieu
Les pensées émises ci-dessus ont fait lobjet de conversations avec de nombreux serviteurs de Dieu appartenant à diverses dénominations, et dans la plupart des cas elles ont été considérées avec faveur. Nous avons entendu parler dun serviteur de Dieu, responsable de lune des plus grandes églises évangéliques des États-Unis, qui, le dimanche, a la direction spirituelle du culte dans lédifice habituel, mais au cours de la semaine engage les membres de sa communauté à se retrouver dans des foyers dans toute la ville pour la prière et létude de la Parole de Dieu. Ceci semble être certainement un pas dans la bonne direction.
Nous avons vu dautres serviteurs de Dieu qui ont des réunions de prière, de communion spirituelle et détude biblique dans leur presbytère, encourageant chacun à y prendre une part active, alors queux-mêmes restent à larrière-plan.
Une chose est certaine: la plupart des serviteurs de Dieu sont découragés de voir comme les membres de leur communauté absorbent peu en écoutant tout simplement les messages quils donnent. Un grand nombre dentre eux déplorent le niveau spirituel très peu élevé que nos méthodes modernes de réunions déglise peuvent produire. Toutes les améliorations que lingéniosité humaine et la science moderne nous offrent ont été essayées ici ou là, mais leffet na jamais été durable. Devons-nous donc en conclure que les méthodes très simples des temps apostoliques, dont nous parle la Bible, sont les méthodes qui conviennent aujourdhui?
Létat de choses actuel nous appelle à plus de prière et à un désir sincère dagir en accord avec la Parole de Dieu, plutôt que de nous en tenir à des traditions humaines ou à toutes sortes dexpédients.
"Celui donc qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché" (Jacques. 4: 17).
LE LIEN DES CELLULES DE PRIERE