C2-229
LES VRAIS BERGERS
Par Jacques-Daniel Rochat
Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. Et lorsque le souverain berger paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire. (1 Pierre 5. 2-4).
Jésus est mort sur la croix et ressuscité…
Mais après avoir accompli son oeuvre, Jésus ne restera pas sur
la terre car il doit quitter physiquement notre monde pour rejoindre son Père.
Après la résurrection, Jésus sait donc qu'il va partir
et qu’il n'est plus que pour quelques jours parmi les siens. Bien sûr,
l'Esprit viendra soutenir l'église… Mais lui absent, ce sont les
hommes qui auront la charge de son héritage. Que vont-ils en faire?
C'est dans ce contexte de départ, qu'il s'approche de Pierre et lui pose
trois fois la même question.
Jésus lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois: M'aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Prend soin de mes brebis.(Jean 21:17)
Pourquoi cette insistance ? Certes ces trois demande sont un
écho au triple reniement de ce disciple chancelant. Mais le projet de
Jésus n'est pas seulement de relever Pierre. Jésus sait qu'il
va partir, il sait que tout l'héritage de son ministère sera désormais
à la garde de la poignée d'hommes et de femmes qui l'on suivit.
Qui portera son onction? Qui incarnera désormais son
amour parmi les hommes?
Alors Jésus cherche où il pourra accrocher son précieux
ministère. Et pour trouver où il peut confier sa mission, il propose
cette "équation du royaume": M'aimes-tu? Alors Prend soin de
mes brebis.
Car Jésus voit déjà la foule immense des hommes et des
femmes qui peupleront la terre. Et cette humanité qui traverse le temps
et l'espace suscite la même intense compassion que celle qui l'a maintes
fois saisi .
M'aimes-tu? Alors… Cet appel est limpide,
et si tu aimes Dieu un tant soit peu, alors devient un berger, devient un serviteur
qui incarne l'amour de Dieu pour les hommes.
Car la manière dont tu prends soin des autres est le seul vrai moyen
de mesurer l'amour que tu portes réellement à Dieu.
Le
monde a besoin de berger.
Dieu cherche de vrais pasteurs qui portent les hommes dans leur
coeur et qui soient prêts à se consacrer aux autres pour leur permettre
de grandir et de s'épanouir.
Car le bon berger prend soin de ses brebis et le célèbre psaume
23 nous montre que cela concerne toutes les facettes de la vie: il me conduit
près des eaux paisibles… il restaure mon âme…
Aujourd'hui notre vision du pasteur est souvent déformée car l'église
a fait du poste de pasteur une fonction qui s'occupe essentiellement de prédication
et de gestion des cultes; ainsi, la formation que l'on donne à ces ministères
est essentiellement intellectuelle .
Certes, il est important que les pasteurs ou les responsables soient capables d'enseigner et connaissent bien la Bible. Mais le ministère pastoral du Christ va beaucoup plus loin, car le vrai pasteur doit avoir une vision des besoins spirituels, relationnels, intellectuels et matériels de son troupeau.
Tous les ministères (pasteur, docteur, évangéliste,
etc.) devraient incarner le ministère du Grand berger qui prend soin
de son troupeau avec la vision de répondre à l'ensemble des besoins
nécessaires à son développement.
Il ne s'agit donc pas seulement d'enseigner mais aussi de prier avec autorité
pour la délivrance, d'apporter les clés pour le pardon et de justes
relations, d'aider les membres à trouver de quoi manger et d'apporter
un développement et une croissance dans tous les domaines de la vie.
Car l'église doit être une source de salut et de
développement pour que les hommes vivent dignement dans leurs familles,
dans leurs quartiers et dans leurs régions. Ce développement global
de la communauté touche donc l'hygiène, la santé, la justice,
la construction sociale et les structures économiques.
Si l'évangile ne touche pas les choses concrètes de la vie, il
ne sert plus à rien et ne sera jamais un signe divin pour le monde. Les
débats théologiques subtils ou les questions sur la fin du monde
n'ont jamais amené les personnes à Christ. Par contre, quand l'évangile
apporte le pardon entre des voisins, du pain aux affamés, la guérison
ou l'assistance aux malades, une société de justice. Là
il devient une puissance qui attire le monde.
Les personnes qui aiment et servent le Seigneur sont donc appelées à
prier et à travailler à un développement durable de leur
région.
Les
mauvais pasteurs
Malheureusement, dans tous les pays du monde, il existe aussi des
mauvais pasteurs qui n'expriment pas le coeur du vrai berger. Ces pasteurs ou
ces responsables spirituels utilisent leur fonction comme un simple gagne pain
ou pour agir de manière mauvaise. Par exemple, dans de nombreuses régions
du tiers-monde, les familles gagnent moins d'un dollar par jour! Et pourtant
certains n'hésitent pas à multiplier les offrandes et à
exploiter leur assemblée pour vivre eux-mêmes dans les richesses.
Ils s'offrent des voitures de luxe et habitent de somptueuses demeures.
Ils promettent la prospérité à ceux qui leur donnent de
l'argent… et se présentent comme des exemples de ceux qui ont étés
bénis!
Est-ce que cela est juste? Est-ce que ces personnes incarnent réellement
le ministère de celui qui s'est abaissé pour venir au niveau des
hommes?
Est-ce cela, la vraie vision de la prospérité…
Non! Ces personnes ne sont pas des bergers mais des loups qui
dévorent le troupeau de Dieu. Ils appauvrissent les autres dans le dessein
de devenir riches.
Un avertissement solennel
Toutes ces choses sont des scandales et les épîtres lancent de
nombreux avertissements envers ces personnes qui détournent et corrompent
le message de l'évangile.
Elles sont:
…des fontaines sans eau, des nuées que chasse un tourbillon: l'obscurité
des ténèbres leur est réservée. … ils promettent
la liberté, quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption…
(Voir 2 Pierre 2. 1-20, voir aussi Tite 1. 10-11, 16)).
La Bible nous avertis en de nombreux endroits que ceux qui agissent
de cette manière seront jugés très sévèrement.
Car celui qui a une fonction dans l'église a une position de modèle
envers les autres. Il a donc aussi une plus grande responsabilité envers
Dieu et la colère du Grand Berger se manifestera envers ceux qui auront
utilisé leur position spirituelle (et donc le nom de Jésus) pour
faire le mal.
Ces faux bergers sont donc dans une situation très dangereuse, car un
jour, ils devront répondre devant Dieu de leurs actions. Il est donc
important qu'ils s'humilient et se détournent de cette voie avant qu'ils
ne tombent à jamais.
Ainsi, si votre pasteur ou le responsable prend vos biens essentiels pour s'enrichir
lui-même, il n'est pas digne de l'Évangile.
Une
juste gestion des richesses.
Un bon berger est une personne qui sait être juste avec les richesses.
Judas n'était pas ferme sur ce plan et son attrait pour l'argent l'a
conduit à vendre Jésus, son frère, le Fils de Dieu.
Cet exemple tragique nous montre combien il est important d'être intègre
envers les richesses car l'amour de l'argent exerce une très forte séduction
sur les hommes et peut nous conduire à devenir un instrument du diable.
La bonne gestion des biens de l'église nécessite donc de prendre
les précautions suivantes:
1.
Vivre un principe d’égalité
La première règle susceptible de nous protéger
est de considérer que le pasteur, l'évangéliste ou le responsable
doit vivre avec des richesses égales avec la condition de vie de ses
frères. Ainsi, un pasteur qui vit dans une région avec peu de
ressources doit avoir une vie correspondante avec ceux qu'il sert. Les dons
qu'il peut recevoir des autres sont un moyen de lui permettre d'être à
plein temps au service de l'église, mais cela ne doit aucunement l'amener
à vivre avec des richesses supérieures à celles des autres.
2.
Être serviteur
Le vrai ministre de Christ est un serviteur, c'est quelqu'un qui
élève les autres. Il ne donc pas dominer les autres mais les conduire
avec humilité.
Cette attitude de service est celle qui s'est manifestée en Jésus.
Il est descendu vers nous, non pour prendre des richesses mais pour nous les
donner. Il est venu en serviteur et a présenté la grandeur de
son amour en lavant les pieds de ses disciples. Cet exemple du bon berger, qui
donne sa vie pour ses brebis, est le modèle à suivre et à
mettre devant chaque candidat qui désire servir Dieu.
3.
Bien gérer les ressources
Les diverses offrandes, dîmes et collectes ne sont pas la propriété
des pasteurs mais de l'église. Elles doivent servir au fonctionnement
de la communauté et permettre d'apporter un soutien aux plus pauvres.
Pratiquement cela signifie qu'elles devraient êtres gérées
par un petit comité de personnes intègres et justes et de façon
transparente.
Certes, les responsables de l'église peuvent avoir besoin d'outils plus
coûteux pour exercer leur ministère (véhicule, téléphone,
sonorisation, etc.) mais ces moyens doivent êtres adaptés au niveau
de vie du pays et servir à l'ensemble de la communauté.
Par ailleurs et comme le montrent de nombreux textes bibliques, une part des
offrandes doit servir à soutenir les plus pauvres. La première
église de Jérusalem consacrait une part importante de ses ressources
à nourrir les veuves. Ainsi, les offrandes ne rentraient pas dans la
poche des Apôtres, mais l'argent était utilisé pour assister
les personnes démunies.
Avec de telles actions, l'église n'est plus seulement un lieu pour les
prédications, la prière et les chants, mais elle devient aussi
un lieu ou l'amour de Dieu est tangible et concret.
Car si l'évangile est une puissance pour libérer les hommes de
l'emprise des ténèbres il est aussi une force pour rétablir
la dignité et la justice. Et ce développement, c'est d'apporter
une sagesse qui permet de gérer les ressources avec intelligence dans
un principe d'assistance des uns des autres et d'intégrité.
La
vraie onction
Aujourd'hui on parle beaucoup de l'onction. Certaine personne pense
qu'elles ont une grande onction parce qu'elle font des miracles ou des choses
spectaculaires. Mais la vraie onction ne réside pas uniquement dans ces
choses. Jésus parle même de ceux qui auront chassé des démons
ou fait des miracles en son nom sans le connaître!
La vraie onction du Royaume de Dieu est limpide… c'est celle qui était
sur Jésus! Et cette onction est clairement définie par Jésus
lorsqu'il commence son ministère.
L'Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu'il m'a oint pour annoncer une
bonne nouvelle aux pauvres; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui
ont le coeur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance et
aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés,
Pour publier une année de grâce du Seigneur.(Luc 4:18-19 voir
aussi Esaie 61. 1-4).
Selon ce texte, le coeur de l'onction du Messie n'est pas de
faire des actions qui frappent le regard, mais d'aider des personnes.
Ainsi, la puissance de délivrance et les miracles sont des moyens que
Dieu utilise pour manifester son amour aux hommes. Seule cette onction "amour"
est réellement issue de Dieu. De grands miracles sans amour n'impressionnent
pas Dieu, car le Royaume de Dieu ne repose pas sur des choses spectaculaires
mais sur l'amour. Si donc nous avons des dons de révélations,
de délivrance ou de guérisons, cela est bien. Mais nous devons
garder toutes ces choses dans le cadre de l'amour et du service
car c'est là seulement qu'ils sont en Dieu et dans l'Esprit du Royaume.
Plusieurs serviteurs de Dieu ont considéré les dons spirituels
ou leur vocation comme des biens personnels et les ont utilisés, pour
dominer leurs frères ou pour obtenir des avantages matériels.
Cela a fini par corrompre les bénédictions divines et ils se sont
éloignés de Dieu.
Gardons-nous de faire la même chose et soyons donc des serviteurs humbles et aimants, conscients d'être nous aussi sous le ministère de Christ. Ce que nous avons reçu ne nous appartient pas, cela est à Dieu et nous serons jugés non en fonction de ce que nous avons reçu, mais de ce que nous aurons fait des biens que Dieu nous a confiés.
Et ce chemin, c'est de nous engager à être un serviteur:
Ce chemin n'est pas facile, mais c'est celui qui fait de nous un associé du grand berger.
Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ: lui qui était de condition divine n'a point regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et il a paru comme un vrai homme, il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. Philippiens 2:5-11.
DÉMARCHE PRATIQUE:
Voici les questions que l’on peut se poser et aussi partager dans les groupes. Attention, le but n’est pas de critiquer les autres mais de vivre un temps de partages et de prière en vue de devenir soi-même un berger à l’image de Christ.
Textes
à lire pour compléter cette étude :
Les avertissements aux mauvais bergers
Ézéchiel 34 :2-10, Matthieu 23, Luc 11, Esaie 56:11, Jérémie
50:6, Jude 1 :3-21
Christ, le bon berger et les invitations à être
un bon berger.
Ézéchiel 34:23, Zacharie 13:7, Jean 10:14, Hébreux 13:20
LE LIEN DES CELLULES DE PRIERE