LE CONTENU DU DERNIER JOURNAL

N° 253 Avril-juin 2010

Les textes disponibles sur cette page présentent les principaux articles du dernier journal.
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EDITORIAL

Chers abonné(e)s
Par la grâce de Dieu, notre informations sur la situation financière du Lien a éveillé beaucoup d'intérêt parmi vous et suscité une vague porteuse de nombreux dons, en Suisse et en France notamment. A tous, nous voulons exprimer notre reconnaissance pour cette main tendue en signe de solidarité. Nous pourrons ainsi envoyer le bulletin sans restriction en cette année 2010, tout en veillant à utiliser vos dons sans gaspillage inutile. Pour nous l’essentiel demeure : que le Seigneur puisse poursuivre ce ministère de manière toujours plus marquée, en francophonie.

Vous trouvez dans ce numéro deux articles très complémentaires : celui de Pierre Amey part d’un constat douloureux sur le manque d’influence des églises pour apporter la vie et la libération au sein des foules démunies. Il propose quelques raisons pour expliquer le dés-intérêt d’une majorité à relever ce défi. Il lance un appel à revenir à certaines bases de la Parole de Dieu qui permettraient d’incarner cette Parole de manière plus efficace. A vous de les découvrir et de réformer ce qui doit l’être dans notre manière de vivre l’église. A nous de rejoindre ainsi ceux qui ont particulièrement besoin de découvrir l’Evangile comme une bonne nouvelle pratique et réelle !.

Le second article de Jacques Daniel Rochat, est une « théologie savoureuse » qui est une autre manière de répondre au même défi. Il nous permet de mieux comprendre en quoi consiste la nature humaine, quelle est sa particularité dans le plan de Dieu. Celle-ci sera-telle gardée pour Dieu ou livrée à la convoitise de l’homme et à la séduction venant du monde lui-même ? De la réponse dépendent deux choix de vie opposés, deux sortes de cultes débouchant sur deux issues elles aussi opposées, dont l’une a des conséquences catastrophiques pour la vie humaine, sociale, écologique. A qui profite le crime, en fin de compte ? Quant à l’autre issue, glorieuse, elle ne peut être que le fruit de la grâce et de la vérité qui a pris corps en Jésus, Sauveur et vainqueur de Satan.

Jean-Pierre Besse


Combattre la pauvreté et la misère

Par Pierre Amey

1. Introduction
Après de longues études, d’abord comme ingénieur en mécanique puis en théologie, j’ai été pasteur pendant vingtcinq ans. Parallèlement, et depuis plus de vingt ans, je vais régulièrement enseigner et travailler au développement communautaire dans de nombreux pays parmi les plus pauvres de la planète. C’est donc avec les regards de l’ingénieur, du théologien, du pasteur et du praticien que je peux tirer certaines conclusions quant au rapport entre les églises et la misère..

2. Des statistiques qui devraient nous inquiéter !
En 2000 ans de christianisme, la proportion de chrétiens dans le monde n’a jamais été aussi élevée. Aujourd’hui, il y a plusieurs centaines de millions de chrétiens. Pourtant la misère augmente partout d’une manière effrayante et pas seulement dans les pays pauvres ! En France, plus de 100 000 personnes vivent dans les rues ou les parcs. Même en Suisse, une personne sur sept doit recourir aux aides gouvernementales ou sociales et les « sans domiciles fixes » (SDF) font leur apparition dans nos villes. Que dire de la majorité des pays du Sud ! Ces évidences devraient nous alarmer et nous mettre en mouvement.

3. Où sont les églises ?
Les slams de Nairobi. Invité à prêcher dans une église, je traversais le centre de Nairobi un dimanche matin, accompagné d’un évangéliste d’African Enterprise. Au coeur des immenses gratte-ciel, mon ami me disait : « Ici l’église a 2 000 membres, là plus de 5 000, là c’est une nouvelle église et ils sont déjà plus de 1 000 ». Mais nous avons dépassé le centre pour entrer dans un des plus grands bidonvilles du monde, appelé « slam », où s’entassent plus d’un million de pauvres. Après des kilomètres de routes et pistes cahoteuses, nous sommes entrés dans une « maison » partiellement en ruine où se tenaient une vingtaine de chrétiens assis sur des planches branlantes. Les questions brûlaient mon coeur. Pourquoi seuls Steven et son épouse se donnaient-ils la peine de rejoindre cette église « bidon-ville » alors qu’à quelques kilomètres des milliers chantaient des cantiques dans de très belles salles ?

Où est l’église ? Quelle est sa mission ? Où est le Seigneur ? Voilà un exemple où croissance des églises et croissance de la misère se côtoient. Je pourrais aussi parler des townships de Cape Town, des bidonvilles de Madagascar et des favelas d’Amérique du Sud où j’ai rencontré des situations semblables. Oui, c’est vrai, de nombreuses personnes travaillent dur pour aider leur prochain. Cependant, si les statistiques mondiales de la double croissance (églises et pauvres) sont sans appel, elles ne doivent pas rester sans commentaires !

4. Quelles sont les causes de cette situation ?
Parmi plusieurs, j’en retiens trois :

a. Depuis plus de 40 ans, beaucoup vivent avec la certitude du très proche retour de Jésus. Retour précédé par l’enlèvement de l’Eglise ! Après la guerre des Six Jours en 1967, entre Israël et ses voisins arabes, un grand nombre de chrétiens ont relié cette conquête de Jérusalem avec Luc 21.24 «… Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis ». Pour les adeptes de cette interprétation, les temps des nations se sont accomplis en 1967 et l’enlèvement de l’Eglise devait donc être imminent. Pour justifier le retard de l’enlèvement, le verset 32 a souvent été cité : « Cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive ». Selon le Nouveau Dictionnaire Biblique des Editions Emmaüs, le mot génération est vraiment très flexible. Parfois « genea » est traduit par « race » comme en Matthieu 17.17 race incrédule… (par ex. le peuple d'Israël). Pour de nombreux interprètes, le verset 32 signifie : La génération de ceux qui ont crucifié Jésus verra le début de l’accomplissement de ces prophéties, à commencer par la destruction de Jérusalem en l’an 70. Oui, les prophéties se réaliseront et l’enlèvement de l’Eglise est biblique, mais il est évident que ce que j’appelle : « la théologie de la guerre des Six Jours » a nettement découragé la mission et les projets à moyen et long termes. Certes, beaucoup d’évangélistes sillonnent les pays pauvres, mais je vois très peu de réalisations conséquentes au niveau du développement communautaire. Pire ! même pour des pays qui affichent plus de 70 % de chrétiens, les niveaux de vie sont très souvent à la baisse.

Lié à ce proche retour du Seigneur (imminent, pour beaucoup, depuis 1967 !) à quoi bon chercher l’amélioration des structures socio-économiques ? A quoi bon se soucier de développement communautaire et d’écologie ? L’essentiel n’est-il pas que les âmes soient sauvées (expression courante !) et remplissent nos églises (mon église comme disent la plupart des pasteurs !). Depuis des dizaines d’années, au coeur de chaque guerre, chaque catastrophe naturelle ou encore chaque pas franchi dans la dégradation morale, nous entendons le même refrain démobilisateur : « Cette fois il est minuit moins cinq ! » Que de pendules et donc de projets arrêtés !

b­ Le mépris des bonnes oeuvres. Comme conséquences de ce qui précède, trop de chrétiens considèrent le secours matériel du prochain comme très secondaire, voire inutile.

5. Que faire ?
Revenir à la Parole de Dieu. Très préoccupé par la pauvreté et la misère et profondément choqué par l’inaction de beaucoup d’églises, j’ai creusé sérieusement l’Ecriture. Au cours de ces vingt dernières années, alliant le terrain et l’étude, j’ai été de découvertes en révélations.

Aimer son prochain comme soi-même. Dans cette quête, j’ai été très bousculé par Matthieu 7.21-23 « Quiconque me dit : Seigneur, Seigneur ! n’entrera pas forcément dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Beaucoup me diront en ce jour ­ là : Seigneur, Seigneur ! N’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons chassé des démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » Et si je faisais aussi partie des frappeurs de portes fermées pour l’éternité ? J’ai relu tout le Nouveau Testament pour bien comprendre ce qu’était cette volonté du Père. La conclusion est claire : "Aime ton prochain comme toi-même". Ce deuxième commandement est semblable au premier. Cet amour agapé implique l’annonce du salut. Face à la misère, on ne peut pas se contenter de paroles. En Matthieu 25, Jésus s’adresse à ceux qui ont réellement aimé leur prochain. S’étant identifié aux souffrants, le Seigneur a dit : « vous m’avez donné à manger… et à boire… j’étais étranger, vous m’avez recueilli… nu, vous m’avez vêtu… malade, vous m’avez visité… en prison, vous êtes venus vers moi ». En mettant en évidence les passages qui nous invitent à prendre soin de notre prochain, j’ai été très interpellé ! Si l’Epître de Jacques est incontournable, c’est bien l’apôtre Jean qui nous défie le plus : « A ceci, nous avons connu l’amour, c’est qu’il a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères. Si quelqu’un possède les biens du monde, qu’il voit son frère dans le besoin et qu’il lui ferme son coeur, comment l’amour de Dieu demeurera-t-il en lui ? … N’aimons pas en parole ni avec la langue, mais en action et en vérité » (1 Jean 3.16-18). N’apprenons pas seulement Jean 3.16 par coeur, mais aussi 1 Jean 3.16 !
François d’Assise a dit : « Prêche toujours l’Evangile et si nécessaire en parole » !

6. La gloire et l’honneur des nations
Dans toute la Bible, les nations jouent un rôle majeur. Dans le royaume, loin de disparaître définitivement, elles seront en voie de guérison (Ap 22.2). C’est aussi dans le contexte de la Nouvelle Jérusalem que les rois de la terre devront y apporter la gloire et l’honneur de leur pays (Ap 21.24, 26). Trois passages parmi tant d’autres nous invitent à travailler au développement des nations : « Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre. » (Gn 18.18) « Jésus-Christ notre Seigneur. C’est par lui que nous avons reçu la grâce et l’apostolat pour amener, en son nom, à l’obéissance de la foi toutes les nations… » (Rm 1.5) Esaïe dit aussi : « Il paraîtra, le rejeton d’Isaï, Celui qui se lèvera pour commander aux nations ; les nations espéreront en lui… » (Rm 15.12) Combien de nations espèrent vraiment en Jésus ? Nous avons encore beaucoup de travail !.

7. Le sacerdoce universel des croyants 1
« Jésus a fait de nous un royaume, des sacrificateurs (littéralement "prêtres" comme justement traduit dans la version du Semeur) pour Dieu son Père… » (Ap 1.6) Dans l’Ancien Testament, si Dieu a ordonné la construction du Tabernacle, ce n’était pas d’abord pour des cérémonies cultuelles, mais bien pour communiquer ses instructions à Moïse puis aux prêtres, pour qu’un peuple d’esclaves devienne la nation d’Israël (Ex 25.22). Les premiers livres de la Bible contiennent toutes les informations qui ont permis aux Hébreux de passer, en quelques dizaines d’années, du stade de « peuple esclave » à celui de « Peuple le plus avancé de son époque » avec un plein accomplissement au temps de David et Salomon. Sans les périodes d’idolâtrie, Israël aurait pu atteindre ce haut niveau de vie beaucoup plus vite. A ce sujet, Landa Cope a écrit un livre très révélateur et formateur 2.

Aujourd’hui encore, Dieu veut communiquer ses instructions à chaque croyant, donc à chaque prêtre, pour que les nations parviennent à l’obéissance de la foi (Rm 1.6) et se préparent à monter à Jérusalem avec gloire et honneur (Ap 21.24,26). Cette mission doit commencer par notre prochain et notre voisin et c’est bien là la vocation de l’Eglise constituée de pierres vivantes (1 P 2.4). Ces pierres vivantes étant équipées et édifiées par les anciens, parmi lesquels se trouvent les apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs (Ep 4.11) sans oublier les autres services (cf. 1 Co 12.28). La vie des églises des premiers siècles se déroulait là où vivaient et travaillaient ceux que la Bible appelle des prêtres, c’est-à-dire les croyants. Ainsi les voisins pouvaient suivre en direct la vie des chrétiens et si nécessaire être aidés par ceux qui mettaient en pratique l’amour du prochain. Il n’y a pas l’ombre d’un doute, c’est le modèle général de tout le NT qui mentionne plus de trente fois l’existence de ces églises de maison.

8. Les écrits des Pères de l’Eglise
Ils ont formels : la structure de l’Eglise sous forme d’églises de maison va se prolonger tout au long des premiers siècles (pas à cause de la persécution mais de l’enseignement du Nouveau Testament). On ne peut pas en dire autant de la gestion de ces églises, car dès le début du deuxième siècle s’opère le regrettable retour au modèle de la prêtrise de l’AT. L’évêque s’est mis à dominer et, dès la conversion de Constantin le Grand, on a voulu construire de très grands édifices modelés à la fois sur le Tabernacle et la croix. Peu à peu les chrétiens se sont déplacés sur des kilomètres pour célébrer dans ces temples et les voisins ont été privés des églises de pierres vivantes. Tout le travail de l’enseignement fondamental a été centralisé et les structures sont devenues très lourdes. Actuellement, par choix théologique ou par obligation, seules les églises persécutées et certains mouvements permettent aux chrétiens de vivre une vie d’église de proximité. Le dimanche, comme dans le Nouveau Testament, si c’est possible, les petites églises de maison se regroupent à plusieurs pour célébrer le Seigneur. Pour moi, seuls un retour à l’ecclésiologie éprouvée du Nouveau Testament et l’amour concret de son prochain, nous permettront de combattre la pauvreté et la misère. Si cette vocation doit d’abord s’exercer dans nos lieux de vie et de travail, nous ne devons jamais oublier la pratique de la deuxième Epître aux Corinthiens où les pays plus riches aident les plus pauvres.

Notes:

1 Pour un développement plus complet : voir l’article « Le sacerdoce universel » sur le site : www.didaskalia.com ou sur le site : www.campuspourchrist.ch/Transvision08 ou vous trouverez cet article parmi d’autres y compris en MP3. Transvision 08 a réuni pour trois jours 280 leaders de Suisse romande.

2 Old Testament Template. Publication de Jeunesse en Mission. Une traduction est en cours dont le titre sera de l’ordre de : « Les principes bibliques du développement des nations »


Les enjeux spirituels

Le cadeau de l’Esprit
Lorsque Dieu a « lancé » la création de l’univers, il avait déjà une vision précise de l’objectif qu’il désirait atteindre. Selon son désir, la création serait l’écrin lui permettant de déposer une part de lui-même. C’est pour révéler ce projet d’implication de Dieu que la Bible précise que l’homme, tiré de la « poussière » de la Terre, reçoit une dimension spirituelle et divine. Ce privilège lui est donné par l’intervention personnelle du Créateur. La Genèse rapporte ainsi que Dieu s’investit dans l’homme en lui donnant son souffle par un « baiser » rempli d’affection.

« L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint une âme vivante. » Gn 2.7

Par ce « bouche-à-bouche » vital, l’homme reçoit la faculté d’accueillir l’Esprit de Dieu. Cette capacité spirituelle transcende sa dimension charnelle et terrestre et lui permet d’établir une communion directe et personnelle avec son Créateur.
Comme il est aisé de le comprendre, les dimensions matérielles et biologiques de l’homme (la poussière) ne sont que d’humbles supports comparés à l’extraordinaire capacité qui lui permet de vivre une dimension spirituelle. Ainsi, selon la Bible, l’homme n’est pas défini par ses dimensions physiques ou parce qu’il profite d’une intelligence supérieure aux autres espèces ; son statut repose sur le privilège unique et précieux : être une créature qui accueille en son sein une part de son Créateur.

C’est donc l’Esprit qui vient de Dieu qui donne à l’homme son sens existentiel. Cet Esprit divin est au-dessus de la création et n’est pas soumis aux lois de la physique et de la matière. Ainsi, l’Esprit n’est pas une présence que l’on peut observer avec le regard ou des appareils scientifiques, il est le fondement, hors du temps et de l’espace, qui supporte la création.

Pour nous aider à saisir la nature et l’importance de l’Esprit invisible, la Bible utilise le symbole du « souffle ». Sur un plan biologique, notre premier souffle a eu lieu lors de notre naissance et répond à un besoin essentiel de notre organisme ; quelques minutes sans respirer seraient fatales. Cette part vitale du souffle biologique permet de comprendre l’importance de l’Esprit qui vient de Dieu. Lorsque l’homme reçoit cette présence divine, il obtient une part de l’extraordinaire puissance qui a créé l’univers. Avec ce « souffle », l’homme naît et respire selon l’Esprit, et il devient un être « connecté » à la source spirituelle qui domine toutes les dimensions matérielles.

Quel mystère et quelle grandeur pour l’homme qui est, dès lors, non seulement créé selon une filiation terrestre et biologique, mais encore avec un patrimoine venu directement de Dieu. Cette vocation extraordinaire donne à l’homme l’honneur de devenir « fils de Dieu ». Cette dignité surpasse toutes les autres. Par elle, l’homme reçoit les qualifications pour gérer la création en exerçant une autorité sur les créatures physiques et spirituelles qui l’environnent.

Soulignons que, si l’homme est invité à vivre en communion avec Dieu, cette relation n’est pas forcée. L’homme n’a pas été conçu comme un robot ; il est un être libre. Son autonomie s’apparente à l’engagement librement consenti qui lie un homme et une femme dans le mariage. En accordant son esprit à l’homme, Dieu fait de lui un vis-à-vis sans chaînes. « Là où est l’Esprit, là est la liberté. » 2 Co 3.17 Dans le jardin d’Éden, cette liberté s’exprime par la possibilité de rompre la communion avec Dieu. L’homme a ainsi l’interdiction de toucher aux fruits de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Cependant il ne s’agit pas ici d’une règle alimentaire, car cet arbre représente un espace d’autonomie situé hors de la volonté de Dieu. Cela pourrait être résumé en disant que l’homme peut faire tout ce qu’il veut dans le jardin qui lui est donné (la Terre), excepté une chose : casser le lien qui le maintient dans la communion avec son Créateur. Dès lors, deux voies s’offrent à l’homme ; il peut respecter l’autorité juste et aimante exprimée par la Parole de Dieu ou alors rompre sa communion avec Dieu pour profiter, sans aucune règle, de la création.

La rupture
Or l’homme va malheureusement s’enfoncer dans le mal et choisir de se dissocier de son Créateur pour se livrer à la création. Ce terrible processus conduit l’être humain à mépriser sa royauté et son autorité spirituelle pour s’asservir à son environnement. Ainsi, ce n’est pas sans raison que la Bible représente le diable sous la forme symbolique d’un serpent. Il est l’une des créatures du jardin placées sous la gestion de l’homme. Avec son autorité, l’homme pouvait facilement rejeter toutes les tentatives visant à l’éloigner de Dieu. Mais l’homme choisit… d’aliéner sa souveraineté en cédant à l’invitation rebelle qui « monte » de son royaume. Par ce choix, il devient l’acteur d’une étonnante conspiration contre Dieu.

Satan a tout intérêt à nous éloigner de notre Créateur, car plus nous sommes éloignés de Dieu, plus nous sommes faibles et à sa merci.

L’acte qui consiste à céder à la tentation a des conséquences terribles. Ainsi, lorsque la rupture est consommée, l’Esprit de Dieu ne peut rester dans l’homme et celui-ci retombe dans une condition quasi animale. Cette mort spirituelle s’illustre dans les paroles données par Jésus lorsqu’il invite un disciple à le suivre : « Laisse les morts enterrer les morts. »

Les malédictions de l’idolâtrie
Beaucoup de personnes considèrent la tentation du jardin d’Éden comme une histoire ancienne ou imaginaire et qui n’a donc aucune implication dans la vie actuelle. Pourtant, cet épisode, qui a touché l’humanité à ses origines, n’est pas enfermé dans le passé. Ainsi, l’acte qui a conduit à casser la communion entre Dieu et les hommes est le premier maillon d’une longue chaîne d’actions similaires qui ne cessent de se reproduire dans l’humanité. C’est par ces actes que le « serpent » séducteur exerce constamment son influence dans l’Histoire.

Concrètement, cette stratégie se manifeste par les nombreuses expressions de l’idolâtrie qui conduisent les hommes à se détourner spirituellement du vrai Dieu. Par ces cultes, le lien entre l’homme et Dieu est rompu, la « Parole de Dieu » est brisée et Satan obtient un droit sur les vies. La perte de la connexion entre l’homme et son Créateur entraîne toute la création dans une errance de vanité. Ainsi, chaque fois qu’une personne rend un culte à un autre que Dieu, elle cautionne la rupture qui a été consommée lors du péché originel et crée une ouverture à des forces maléfiques.

L’emprise diabolique qui s’exerce dans le monde est proportionnelle à l’idolâtrie et à la méchanceté des hommes, c’est pourquoi le simple fait de vénérer les astres, des lieux, des objets, des animaux ou des êtres humains est un moyen d’accorder un pouvoir à Satan. Les pratiques occultes, la sorcellerie et toutes les activités qui consistent à faire le mal ou à s’opposer à la volonté de Dieu créent des ouvertures qui permettent à Satan d’agir et de contrôler nos ambitions.

Cette domination conduit progressivement les hommes à ne plus être maîtres de leurs sentiments, de leurs pensées et de leurs actes. Influencés par ces forces obscures, ils deviennent violents, font du mal, vivent dans la peur, terrorisent leur entourage et deviennent à leur tour des instruments qui séduisent les autres et les invitent à rendre des cultes au prince des ténèbres.« Veille sur ton âme, de peur que, levant tes yeux vers le ciel, et voyant le soleil, la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, tu ne sois entraîné à te prosterner en leur présence et à leur rendre un culte. » Dt 4.19

Lorsque la communauté humaine se laisse entraîner dans cette idolâtrie, la séduction contamine ses croyances et détruit les fondements qui permettent à l’homme de gérer la société et son environnement. Le monde est malheureusement rempli d’exemples dans lesquels les processus de développement sont mis en échec par des superstitions cruelles et stupides.
Une fois placé sous la domination du « Pharaon » diabolique, l’homme perd ses capacités de gérant et devient un esclave dominé et soumis. Par cette situation, Satan obtient le droit d’habiter les coeurs et de contaminer la culture sociale par le mal. Cette malédiction détruit les vies, les familles, les villages et les pays. C’est afin de contrer ce processus de destruction que la Bible dénonce fermement toutes les pratiques occultes, l’invocation des morts, les sacrifices animistes, les superstitions, l’amour de l’argent, etc. Toutes ces choses sont des portes qui s’ouvrent sur un monde de malédictions.
« Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel ; et c’est à cause de ces abominations que l’Éternel, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi. Tu seras entièrement à l’Éternel, ton Dieu. » Dt 18.10-13.

Par ces avertissements, Dieu cherche à nous mettre en garde envers les terribles mécanismes d’asservissement qui conduisent à réduire l’homme en esclavage. Car, dans ce monde, personne n’échappe à l’emprise du mal et il n’existe aucun individu à même d’accueillir par lui-même l’Esprit de Dieu. C’est pourquoi l’humanité a besoin d’un Sauveur qui vienne de Dieu : Jésus-Christ. Seul ce Rédempteur est capable de casser l’oppression du diable et d’apporter la réconciliation qui permet de recevoir la présence vivifiante de l’Esprit. Notons que cette oeuvre du Christ ne vise pas seulement à redonner l’Esprit à notre vie charnelle et biologique. Elle contient la promesse d’une création nouvelle. C’est ce que Paul annonce dans les Corinthiens en dévoilant que la réalité terrestre et biologique sera transcendée par la résurrection : « Le corps est semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel » 1 Co 15.44 (voir aussi l’ensemble du chapitre).

Selon ces paroles, en Christ, nous avons l’espérance que lorsque la dimension biologique et de « poussière » aura disparu, nous recevrons un corps nouveau et serons pleinement unis à Dieu en Esprit. Quelle promesse ! Celui qui désire revenir à Dieu et être rempli de son Esprit doit venir à Jésus. Il est le chemin qui nous ramène à la maison du Père.

Jacques-Daniel Rochat

Article tiré de « Choisis la vie… » Éditions Entraid, 2010

 


ECHOS ET NOUVELLES

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Moria — « Un tout petit mot pour vous dire combien nous apprécions le LIEN qui nous indique la vraie marche de la vie du chrétien. »

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AFRIQUE

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